Le 8 avril 2026, lors de GITEX Africa Morocco 2026 à Marrakech, Omar Seghrouchni, président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel, a livré une intervention structurante sur un triptyque devenu central : protection des données, intelligence artificielle et souveraineté.
Dès les premières minutes, le ton est posé : le digital n’est pas neutre. Il accélère le temps, simplifie l’accès aux données et transforme profondément la manière dont les informations sont collectées, traitées et exploitées.
L’exemple qu’il mobilise est concret : dans un système papier, reconstituer les déplacements d’un individu à travers différentes administrations exige un travail long et dispersé. Dans un système numérique centralisé, cette même information devient accessible en quelques secondes. Ce basculement change tout : il rend possible une traçabilité massive et instantanée des comportements.
Cette accélération est amplifiée par l’intelligence artificielle, que Seghrouchni qualifie implicitement d’« accélérateur du digital ». L’IA ne se contente plus d’assister l’analyse : elle permet d’automatiser des décisions.
Derrière l’efficacité apparente se cache un risque majeur : celui de la délégation de la décision. En s’en remettant aux systèmes algorithmiques, individus et institutions peuvent progressivement abandonner leur capacité de jugement.
Le président de la CNDP met des mots sur cette dérive : une forme de paresse cognitive, une atrophie de la pensée induite par la dépendance aux systèmes automatisés.
Les implications sont directement politiques et stratégiques.
Lorsqu’un système algorithmique influence ou détermine des décisions structurantes qu’elles soient économiques, sociales ou institutionnelles la question n’est plus technologique. Elle devient une question de souveraineté.
Perdre la maîtrise des données ou des outils d’analyse revient à céder une partie de sa capacité de décision.
Selon M. Seghrouchni, la souveraineté numérique repose sur deux exigences indissociables :
protéger les données à caractère personnel contre les accès illégitimes,
maîtriser les technologies d’analyse, en particulier l’intelligence artificielle.
Dans cette architecture, la CNDP assure le cadre juridique et éthique, tandis que la DGSSI intervient sur la sécurisation opérationnelle et la prévention des intrusions.
Deux institutions, une même logique : anticiper plutôt que subir.
Mais le point le plus saillant de l’intervention réside ailleurs.
Seghrouchni ne réduit pas la souveraineté à une question de contrôle technique. Il la relie à une exigence plus fondamentale : celle de préserver la capacité de penser et de décider.
Laisser les autres , via leurs algorithmes, analyser, interpréter et décider, c’est accepter une forme de dépendance. Une dépendance qui, à terme, altère l’autonomie stratégique.
Dans un événement comme GITEX, marqué par l’innovation et la projection technologique, cette intervention agit comme un rappel essentiel : la transformation numérique n’est pas uniquement une opportunité.
C’est un rapport de force.
Et dans ce rapport de force, le Maroc commence à structurer une réponse claire : encadrer, sécuriser et maîtriser, pour ne pas déléguer l’essentiel, la décision.










