La publication d’une vidéo, de juifs marocains faisant le rituel de la prière devant le mur de Bab Doukkala à Marrakech, a suscité une controverse inutile et stupide sur les réseaux sociaux. Surexploitée par des idéologues avides de fausses polémiques, le contenu de cette vidéo, qui relève du voyeurisme obscène, mérite une analyse plus poussée. Les explications du Rabin de Marrakech semblent pertinentes pour y voir plus clair.
Tout d’abord il faut savoir qu’Il s’agit de membres du courant ultra-orthodoxe des Haredim, de passage au Maroc. Ils ont été surpris par l’heure de la prière alors qu’ils se trouvaient dans ce quartier. En l’absence de synagogue à proximité, ils ont prié devant le mur de Bab Doukkala. C’est aussi simple que cela : des hommes de foi, tenus par une obligation religieuse stricte, ont fait ce que tout croyant sincère ferait — prier à l’heure, là où ils se trouvent.
C’est donc un acte de piété, pas une provocation, comme semblent le laisser croire certains commentateurs zélés des réseaux sociaux. Il faut savoir que les Haredim sont une branche du judaïsme orthodoxe rigoriste, connue pour son interprétation littérale des textes religieux. Pour eux, la prière à heure fixe n’est pas une option : c’est une prescription absolue. Tous les musulmans pratiquants ne peuvent que comprendre instinctivement cette logique — combien de fois un croyant a-t-il prié dans la rue, dans un couloir, dans un aéroport, parce que l’heure était venue ? Reprocher à un juif orthodoxe de prier en public, c’est appliquer à autrui une exigence qu’on ne s’applique pas à soi-même.
Ceux qui cherchent à instrumentaliser ce pseudo événement vont à l’encontre de ce que le Maroc a toujours été, une terre de coexistence millénaire. Un statut que cherche à retrouver, en déployant d’énormes moyens, nos amis algériens avec la réception somptueuse réservée au Pape Léon XIV. L’image positive qu’ils cherchent à obtenir, en recevant le représentant des catholiques, les opposants populistes, en manque d’arguments politiques, veulent la détruire en instrumentalisant un pseudo-événement.
Le Maroc n’est pas un pays qui découvre le judaïsme. Les Juifs marocains sont une composante authentique et ancienne de l’identité nationale. Des synagogues, des mellahs, des saints juifs — dont certains sont également vénérés par des musulmans — font partie de la réalité marocaine depuis des siècles. La Constitution marocaine elle-même reconnaît les apports hébraïques à l’identité nationale. Ces marocains d’ailleurs sont venus au Maroc pour des pèlerinages religieux et des visites de sites historiques — et n’ont aucun lien avec la normalisation récente avec Israël. Ils sont chez eux. Ils venaient en pèlerinages bien avant que ces visites soient devenues plus simples avec la normalisation humaine que chaque pays arabe serait inspiré d’adopter. Dans un monde idyllique le droit au retour des juifs dans les pays arabes devrait être inscrit au même niveau que le droit au retour des palestiniens en Israël.
Ceux qui crient à la « provocation » devraient s’interroger sur leur propre cohérence. Si l’on défend le droit des musulmans à prier partout dans le monde — dans les rues de Paris, de New York, de Londres — on ne peut pas, sans se contredire, refuser à des juifs le droit de prier devant un mur à Marrakech. L’universalité de la liberté religieuse ne se divise pas.
Par ailleurs, le discours qui transforme cet incident en « acte sioniste » est une manipulation grossière. Les Haredim sont précisément connus pour leur opposition au sionisme politique : ce sont des juifs profondément religieux, dont beaucoup rejettent l’idéologie nationaliste. Les assimiler à une menace géopolitique est non seulement faux, c’est une instrumentalisation de la peur.
Parce qu’en réalité, le vrai danger qui menace nos contrées c’est la haine, pas la prière. En effet cette haine permet à ceux qui l’exploitent de redéfinir ce qu’est le Maroc — un pays qui a su, pendant des siècles, être un modèle de pluralisme religieux dans le monde arabo-musulman. Laisser l’hystérie des réseaux sociaux dicter les valeurs nationales, c’est brader un héritage précieux. On peut être contre la normalisation avec Israël.
La politique et les massacres ordonnés par le gouvernement Netanyahou et les racistes qui l’entourent, y ont beaucoup contribué, mais rester lucide. Les Juifs d’origine marocaine qui reviennent au pays de leurs ancêtres, en grand nombre, pour prier sur les tombes de leurs saints, pour retrouver leurs racines sont les bienvenus.
C’est une chance, pas une menace. Les accueillir avec dignité, c’est être fidèle à ce que le Maroc a toujours été et à celui que l’on veut laisser à nos enfants. S’attaquer aux neurones des plus fragiles d’entre nous et instrumentaliser un pseudo événement ne servira en aucun cas la cause palestinienne qu’ils prétendent défendre et qui est en réalité utilisée depuis 80 ans pour servir leurs ambitions rétrogrades pour le pays.
























