À Marrakech, lors de l’ouverture de la quatrième édition du GITEX Africa, le Chef du gouvernement a livré un discours structurant, à la fois bilan politique, projection stratégique et message adressé aux investisseurs internationaux. Plus qu’une intervention protocolaire, il s’agit d’un véritable cadrage doctrinal de la transformation numérique marocaine, pensée comme levier de souveraineté, de compétitivité et de rayonnement continental.
Dès l’entame, le ton est donné : la digitalisation n’est plus un simple chantier sectoriel, mais une politique publique centrale, portée au plus haut niveau de l’État depuis 2021. La création d’un département ministériel dédié marque une rupture dans la gouvernance publique, traduite par une montée en puissance budgétaire significative, passant de 11 millions à plus de 1,7 milliard de dirhams en quelques années . Ce saut quantitatif incarne un basculement qualitatif : celui d’une approche fragmentée vers une stratégie intégrée.
Le cœur du discours repose sur la structuration de la stratégie « Maroc Digital 2030 », présentée comme un socle à deux piliers. Le premier, celui de « l’État numérique », vise à refonder la relation entre administration et citoyen à travers des plateformes intégrées, la rationalisation des données et la digitalisation des services publics. Le second pilier, économique, érige le numérique en moteur de création de valeur et d’emplois, avec des objectifs chiffrés ambitieux : atteindre 270 000 emplois et près de 40 milliards de dirhams d’exportations à l’horizon 2030 .
Cette articulation entre modernisation administrative et dynamique économique traduit une vision systémique du numérique. Elle est renforcée par la mise en place d’un écosystème de financement des startups, mobilisant des instruments variés – amorçage, capital-risque, accompagnement – et impliquant des acteurs institutionnels majeurs comme le Fonds Mohammed VI pour l’investissement. L’objectif est clair : faire émerger des champions nationaux capables de s’inscrire dans la compétition globale.
Mais le discours ne se limite pas à l’économie. Il introduit explicitement la notion de souveraineté technologique, en particulier dans le champ de l’intelligence artificielle. Le Maroc revendique une posture proactive : non pas subir les transformations, mais les maîtriser. Cette ambition se traduit par des initiatives concrètes, notamment la création de l’institut AI Movement (Le Morocco AI initiative) et du projet ROOT JAZARI, symboles d’un passage de la vision à l’exécution. Le positionnement est assumé : inscrire le Royaume dans une logique de puissance technologique émergente.
Sur le plan des infrastructures, le discours confirme une accélération notable. Le déploiement de la 5G, avec un objectif de couverture de 85 % de la population d’ici 2030, l’extension de la fibre optique et la réduction des zones blanches traduisent une volonté d’équité territoriale et de préparation aux usages futurs . À cela s’ajoute l’accueil de grands acteurs internationaux du cloud, avec l’installation de centres de données et de R&D, consolidant le positionnement du Maroc comme hub technologique régional.
Au-delà des annonces, le message politique est limpide : le Maroc se présente comme un environnement stable, crédible et prêt à capter les investissements numériques. Cette attractivité repose sur un triptyque assumé : stabilité institutionnelle, capital humain qualifié et infrastructures en mutation rapide.
Enfin, la dimension africaine du discours mérite une attention particulière. Le Chef du gouvernement inscrit clairement le Maroc dans une logique de leadership continental, en positionnant le GITEX Africa comme une plateforme d’expression et de projection pour le continent. L’Afrique est décrite non comme un marché passif, mais comme un espace d’innovation porté par sa jeunesse, à condition de lever les contraintes liées au financement, à la formation et à l’intégration des marchés.
Ce discours, dense et structuré, dépasse le cadre événementiel. Il s’apparente à une feuille de route politique, où le numérique devient un instrument de souveraineté, un levier économique et un vecteur d’influence. En filigrane, une conviction forte : la technologie n’a de valeur que si elle transforme concrètement la vie des citoyens – en créant de l’emploi, en facilitant l’accès aux services et en ouvrant de nouvelles perspectives de développement.
Dans cette lecture, le Maroc ne se contente plus d’accompagner la transition numérique mondiale. Il ambitionne désormais d’en être un acteur structurant, à l’échelle africaine et au-delà.







