NAJIBA JALAL/
Savez-vous ce qui s’est réellement joué pendant la CAN 2025?
Pas seulement sur les pelouses. Mais dans cet espace décisif où se fabriquent les perceptions : le récit.
Le Maroc a livré une performance nette.
Organisation maîtrisée, logistique fluide, infrastructures calibrées, capacité d’accueil assumée héberger, nourrir, transporter, sécuriser. Une mécanique d’État efficace, presque invisible tant elle a fonctionné.
Au-delà du jeu, une réussite économique. Une compétition valorisée, monétisée, structurée, qui a permis à la Confédération africaine de football d’atteindre un niveau de revenus inédit. Le Maroc a gagné sur plusieurs terrains à la fois : celui de l’exécution, celui de la crédibilité, celui de la création de valeur.
Mais il ne l’a pas raconté.
Ou pas suffisamment. Ou pas stratégiquement.
Et d’autres parlaient. D’autres choisissaient les images, les angles, les mots. Ils ont pris les marges, les incidents, les dérapages, les comportements médiocres et les ont érigées en récit dominant.
Et au fond, il faut le dire clairement : nous avons laissé les autres raconter notre récit.
C’est toujours ainsi lorsque vous laissez un vide.
Le récit ne disparaît pas. Il change simplement de main.
Le problème du Maroc n’est pas un problème de capacité.
C’est un problème de mise en récit.
Nous savons faire. Nous savons organiser. Nous savons produire de la valeur.
Mais nous peinons encore à transformer l’action en narration, la performance en influence, l’événement en démonstration.
Or, les événements ne manquent pas.
Ils s’accumulent, se succèdent, parfois même se superposent. Diplomatie sécuritaire, grands rendez-vous économiques, chantiers structurants, mutations institutionnelles… Le pays bouge, agit, construit. Mais trop souvent, il ne capitalise pas sur ce qu’il produit en termes de récit.
Et dans un monde saturé d’images et de discours, ne pas raconter revient à s’effacer. À laisser d’autres définir qui vous êtes, ce que vous faites, et pourquoi vous le faites.
Il ne s’agit pas de propagande.
Il s’agit de cohérence.
Un récit national n’est pas un slogan. C’est une architecture. Une capacité à donner du sens à des actions dispersées, à relier des événements en une trajectoire lisible, à installer une image stable dans le temps.
Le Maroc a des faits. Des résultats. Des réalisations.
Il lui manque encore, trop souvent, la capacité à les agréger, à les structurer, à les imposer.
Car au fond, une nation qui agit sans raconter laisse ses victoires à l’état brut.
Et des victoires brutes, dans l’économie contemporaine de l’attention, sont des victoires fragiles.






















