Pendant des années, Hicham Jerando et Abdelmjid Tounarti, deux Marocains résidant au Canada, ont construit leur notoriété sur une succession de campagnes de diffamation visant des responsables publics, des journalistes, des chefs d’entreprise et de simples citoyens marocains.
La justice canadienne a déjà reconnu leur responsabilité dans plusieurs affaires de diffamation. Ces condamnations ont confirmé que certaines de leurs publications dépassaient les limites de la liberté d’expression.
Mais une question demeure : la justice canadienne ne devrait-elle pas désormais regarder au-delà de la diffamation et s’intéresser au modèle économique qui semble avoir prospéré derrière ces campagnes numériques ?
Au fil des années, de nombreuses victimes ont décrit un mode opératoire récurrent. Une campagne de dénigrement est lancée sur les réseaux sociaux. Des accusations graves sont relayées, souvent sans fondement. La réputation de la cible est publiquement détruite. Puis viennent, selon plusieurs témoignages, des prises de contact directes ou indirectes laissant entendre qu’un paiement pourrait mettre un terme aux attaques.
Si ces faits étaient établis par les autorités compétentes, ils pourraient relever d’infractions pénales autrement plus graves que la seule diffamation civile, notamment l’extorsion, le chantage ou d’autres infractions prévues par le Code criminel canadien.
Plus préoccupant encore, plusieurs victimes dénoncent une escalade consistant à annoncer la diffusion prétendue de vidéos pornographiques faussement attribuées à des journalistes ou à d’autres personnes ciblées. Ce procédé aurait permis d’attirer une audience importante, alimentée par le sensationnalisme, tout en renforçant la pression exercée sur les personnes visées.
Dès lors, la question n’est plus seulement celle de la liberté d’expression. Elle est celle de savoir si certaines campagnes de diffamation n’ont pas servi de levier pour obtenir un avantage financier auprès des victimes.
Les autorités canadiennes disposent de tous les instruments nécessaires pour faire la lumière sur ces allégations. Une telle démarche pourrait notamment passer par la collecte des preuves numériques, l’analyse des échanges électroniques et des conversations, le retraçage d’éventuels flux financiers, l’identification des intermédiaires, l’obtention d’ordonnances judiciaires auprès des plateformes numériques et, si nécessaire, la coopération avec les autorités étrangères.
Il appartiendrait ensuite aux enquêteurs et, le cas échéant, au ministère public de déterminer si les éléments recueillis justifient des poursuites dépassant le seul contentieux de la diffamation.
Les nombreuses condamnations déjà prononcées en matière de diffamation constituent un précédent important. Elles invitent désormais à examiner si ces affaires ne révèlent pas un système plus vaste dont la finalité aurait été l’obtention d’avantages financiers par la peur, la pression et la destruction de la réputation.
Au-delà des personnes mises en cause, c’est une question de principe qui est posée. Si un modèle fondé sur la diffamation répétée, la menace de révélations fabriquées et la recherche d’un bénéfice financier devait être établi par la justice, il ne s’agirait plus d’un simple abus de la liberté d’expression, mais d’un phénomène criminel appelant une réponse pénale à la hauteur des faits.
Les victimes, nombreuses des deux côtés de l’Atlantique, attendent désormais que toute la lumière soit faite. Il appartient aux autorités canadiennes de dire si l’affaire relève uniquement de la diffamation… ou si elle révèle un système beaucoup plus vaste.
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