Un char de combat moderne de plusieurs millions de dollars, doté des plus récentes technologies, mais péniblement protégé par une cage métallique de fabrication rustique, ne valant pas plus que quelques milliers de dollars, l’image est saisissante.
La menace que la cage métallique est censée stopper ? Un drone kamikaze qui coûte, au mieux, quelque 200 000 dollars.
Les drones ont révolutionné le champ de bataille, permettant à des armées ou des groupes de combattants disposant de peu de moyens d’affronter, à faible coût, des adversaires autrement plus puissants sur le plan militaire.
Il eut d’abord la révolution hoplitique, qui a vu les Grecs se battre les premiers en ligne soudée. Ensuite l’arrivée d’Asie centrale du cheval sellé, permettant l’apparition de la cavalerie lourde. Puis l’invention de la poudre à canon, qui a enterré les armées médiévales et renforcé le rôle de l’Etat central. Et enfin, la révolution industrielle, qui a déplacé le centre de gravité de la guerre vers les usines pour une production militaire de masse. C’est maintenant dans les laboratoires de recherche scientifique et technologique que se décide le sort des batailles.
Les Forces Armées Royales prennent le sujet très au sérieux, développant au pas de course une industrie locale pour la fabrication de drones, la dernière actualité à ce sujet étant la signature d’un accord pour la production locale de systèmes de défense autonomes français Harmattan IA.
Les nouvelles en provenance des différents champs de batailles soulignent l’importance de cette révolution dans les affaires militaires.
Les drones iraniens ont porté de sévères coups aux infrastructures militaires américaines dans les pays du Golfe, même si ces dernières sont équipées de systèmes de défense aérienne très sophistiqués.
En application de la tactique de l’attaque en essaim, même si les défenses aériennes parviennent à abattre une bonne part des drones assaillants, ceux qui parviennent à passer à travers les mailles du filet sont suffisants pour porter des frappes destructrices.
Des drones kamikazes iraniens Shahed-136, dont la fabrication ne coûte pas plus de 50.000 dollars, ont détruit des radars américains AN/TPY-2 dont le prix unitaire va de 500 millions à un milliard de dollars.
Le conflit entre la Russie et l’Ukraine est également très instructif à ce sujet. Les drones tactiques et micro-drones sont montés, à partir d’intrants peu onéreux et facilement disponibles dans le commerce, dans des ateliers mobiles non éloignés de la ligne de front, et c’est là même que sont continuellement apportées des innovations.
Les contre-mesures électroniques contre les drones évoluent également à un rythme cadencé, mais le drone FPV guidé par fibre optique, que les combattants du Hezbollah utilisent massivement contre les soldats israéliens au Sud Liban, vient rappeler qu’il s’agit là d’une course technologique qui ne finit pas de générer de nouveaux gadgets mortels.
Et comme le furent, jadis, les arbalétriers, ensuite les tireurs d’élite, haïs par les chevaliers, puis par les officiers, pour leur terrible efficacité et leur manière de se battre considérée comme sans honneur, les pilotes de drones sont systématiquement tués quand ils sont repérés.
La guerre évolue dans la dimension 3D depuis que les avions militaires ont fait des airs un nouveau champ de bataille, avec la terre et la mer, avant d’aller plus loin dans l’espace avec les satellites d’observation et d’investir le cyberespace.
La nouveauté apportée par le drone est, jusqu’à présent, plus d’ordre tactique que stratégique, même si son usage lors de la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, en 2021, a été déterminant.
La révolution en cours dans les affaires militaires que représente le drone – capable de rôder dans les airs comme en mer – remet en question l’investissement dans de lourds et coûteux systèmes d’armement, rendus obsolètes par des sauts technologiques qui accélèrent de manière exponentielle.
Elle rappelle que le laboratoire de recherche est aussi important qu’une usine d’armement.
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