Najiba jalal/
Pendant plusieurs semaines, Mehdi Hijaouy n’a opposé aucun démenti public détaillé aux révélations diffusées par le collectif Atlas Hacks. Jour après jour, des enregistrements audio et des conversations d’échanges entre lui et Hicham Jerando ont été publiés, alimentant un débat qui denonce des activites louches.
Puis, soudainement, le silence a pris fin.
Le 16 juillet, ses avocats français, William Bourdon et Vincent Brengarth, ont publié un communiqué contestant l’authenticité des documents diffusés, dénonçant une campagne de déstabilisation et annonçant des initiatives judiciaires.
Pourquoi maintenant ?
C’est précisément cette question qui mérite d’être posée.Car le communiqué n’intervient pas au début de la séquence médiatique. Il arrive après une succession de publications qui ont progressivement fragilisé l’image publique et le récit de Mehdi Hijaouy.
Les fuites attribuées à Atlas Hacks ont alimenté un récit dans lequel sont évoqués des échanges sur des opérations d’influence, des campagnes numériques, des mécanismes d’extorsion présumés et des propos concernant des dossiers particulièrement sensibles.
Pendant plusieurs mois, des médias français et espagnols ont présenté Mehdi Hijaouy comme un ancien haut responsable des services marocains, voire comme un officier disposant d’un accès privilégié aux cercles du pouvoir. Cette image a largement contribué à asseoir sa crédibilité auprès de certains journalistes et observateurs.
Or les publications d’Atlas Hacks viennent précisément ébranler cette construction. Plusieurs enregistrements attribués à Mehdi Hijaouy semblent contredire certains éléments de cette légende personnelle, notamment sur les fonctions qu’il revendiquait et les informations qu’il affirmait détenir.
C’est dans ce contexte que survient le communiqué de ses avocats.
Son objectif paraît moins être de répondre, point par point, aux révélations que de déplacer le débat vers un autre terrain.
Le choix du calendrier est, à cet égard, particulièrement significatif. Alors que plusieurs médias européens remettent Pegasus au cœur de l’actualité à la faveur de nouvelles publications, la défense de Mehdi Hijaouy inscrit son client dans cette séquence médiatique. Le récit change : il n’est plus seulement question des fuites d’Atlas Hacks, mais aussi d’allégations de surveillance et d’atteintes à ses droits.
En bref, le communiqué des avocats ressemble bimel et bien à une tentative de reprendre l’initiative en se plaçant dans une posture de victime, au moment où les révélations continuent de susciter des interrogations.
Une autre lecture est également possible.
Les contenus diffusés par Atlas Hacks mettent en cause un ensemble d’agissements potentiellement graves. Si des personnes estimant avoir été victimes, ou d’autres acteurs habilités à agir, décidaient de saisir les juridictions compétentes, la bataille quitterait définitivement les réseaux sociaux pour entrer dans le champ judiciaire.
Dans cette perspective, le communiqué apparaît aussi comme une manière de préparer cette nouvelle phase.
En communication de crise, lorsqu’un récit devient difficile à contenir, la priorité consiste souvent à en modifier le cadre de lecture. C’est précisément ce que semble rechercher ce communiqué: déplacer l’attention des révélations vers la dénonciation de leur mode de diffusion et vers la défense des droits de Mehdi Hijaouy.
Reste une question essentielle : cette stratégie suffira-t-elle à inverser une dynamique médiatique bien installée et surtout bien documentée?
La réponse ne dépendra plus uniquement de la communication. Elle dépendra désormais des éléments qui pourront être produits, vérifiés et, le cas échéant, examinés par les autorités judiciaires compétentes.
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