Par Ahmed Naji
Nouvelle génération de grandes stratégies, incitation du secteur privé à remplir son rôle dans le développement et régionalisation avancée sont les maîtres-mots du discours de SM le Roi Mohammed VI du 9 novembre, à l’occasion de l’ouverture de la 12e législature.
« Pour un Maroc soucieux de poursuivre son ambition de puissance économique émergente et fiable. » Ce passage du discours de SM le Roi Mohammed VI devant les deux chambres du Parlement, à l’occasion de l’ouverture de la 1re session de la 1re année législative de la 12e législature, résume l’esprit de la nouvelle étape du changement d’échelle voulu par le Souverain.
La Chambre des représentants renouvelée et le Gouvernement issus des récentes élections législatives sont donc appelés à s’inscrire dans cette logique de montée en puissance. Le Souverain a souligné à ce propos qu’il existe actuellement « une conjoncture exceptionnelle, riche en opportunités qui pourraient ne pas se renouveler et qu’il convient de saisir pour poursuivre la dynamique de réalisations dans les différents domaines ».
Pour ce faire, SM le Roi a indiqué les dispositions à prendre pour mener à bien cette phase de l’émergence économique du Royaume. Partant du constat des défis à relever, le Souverain a énuméré une nouvelle génération de stratégies sectorielles, quatre au total, à mettre en œuvre pour amorcer le changement d’échelle.
Les leviers de la montée en puissance
Face au stress hydrique structurel dû à la succession d’années de sécheresse, qui se traduit par une dotation en eau de moins de 600 m³ par habitant et par an, la sécurité hydrique a été le premier des domaines cités par le Souverain, avec la sécurité énergétique et alimentaire. L’économie étant, pour l’essentiel, de l’énergie transformée, le dynamisme des activités productives dépend fondamentalement de la disponibilité et du coût des ressources énergétiques. Quant à la sécurité alimentaire, elle constitue indéniablement une question vitale de stabilité sociopolitique et de souveraineté.
En matière d’industrie, deuxième pilier de la nouvelle génération de stratégies sectorielles énoncées dans le discours royal, le Maroc est passé d’une politique de sous-traitance, fondée sur l’avantage comparatif que constitue la proximité géographique du continent européen, à un modèle de création de valeur basé sur l’acquisition de savoir-faire et l’adoption de technologies avancées. Le dernier numéro du magazine Lex Mag, récemment publié, a d’ailleurs été consacré à ce sujet et est disponible en kiosque.
L’investissement dans l’économie numérique et l’intelligence artificielle, troisième et quatrième domaines stratégiques désignés par le Souverain, est un sujet d’actualité à l’échelle mondiale. Tout autant la numérisation que l’IA sont considérées comme déterminantes pour toute nation désireuse de ne pas manquer le train de la quatrième révolution industrielle.
Réserves stratégiques de sécurité
L’accent mis par le Souverain sur « le développement des capacités du Royaume en matière de constitution des réserves stratégiques et de sécurisation de l’approvisionnement en produits de première nécessité » est parfaitement illustré par l’actualité.
La crise de l’énergie aurait été bien plus grave et les cours du pétrole brut bien plus élevés si les États-Unis et les pays d’Europe n’avaient pas puisé dans leurs réserves stratégiques de pétrole pour atténuer les effets de la fermeture du détroit d’Ormuz, consécutive à la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. La Chine vient, d’ailleurs, d’annoncer l’augmentation du volume de ses exportations de diesel en puisant dans ses réserves stratégiques, afin de contenir quelque peu la hausse des prix des carburants.
Disposer de réserves stratégiques suffisantes en matières premières indispensables au fonctionnement de l’économie, comme en produits de première nécessité, relève de la sécurité nationale. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement se sont révélées fragiles face aux crises géopolitiques, la constitution de stocks est une nécessité vitale. L’effondrement des empires de l’âge du bronze s’explique, en partie, par la rupture de leur approvisionnement en étain en provenance de Bretagne et d’Asie centrale.
Le secteur privé appelé à assumer son rôle
Avec la poursuite des grands chantiers d’infrastructure, l’implémentation de la nouvelle génération de stratégies sectorielles préconisées par SM le Roi insufflera au Maroc une nouvelle dynamique pour stimuler sa montée en puissance. Reste alors au secteur privé à assumer sa part de responsabilité et à s’engager davantage dans l’essor économique du Royaume.
« Nous exhortons le secteur privé à renforcer son rôle en tant qu’acteur stratégique de la transformation qui s’opère dans notre pays à la faveur de son développement », a formellement déclaré le Souverain.
On attend du secteur privé marocain davantage d’investissement productif et un esprit plus vif d’entreprenariat et d’innovation. Ses efforts seront mesurables en termes de création d’emplois et de chiffre d’affaires à l’export.
Le prochain volet de la lecture du discours du Souverain portera sur le développement territorial.
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