Avec la publication de son neuvième rapport consacré au suivi du marché des carburants, le Conseil de la concurrence franchit une nouvelle étape dans l’analyse économique d’un secteur stratégique pour l’économie nationale. Au-delà du reporting trimestriel prévu par les accords transactionnels conclus avec les principaux distributeurs, cette édition introduit une approche plus approfondie de la rentabilité des opérateurs et de l’évolution de la dynamique concurrentielle.
Loin de se limiter à un relevé statistique, le document offre une lecture structurée des transformations du marché marocain des carburants à travers l’analyse des importations, des capacités de stockage, des volumes distribués, des investissements, de la rentabilité financière et de l’évolution des prix.
.Une évolution méthodologique significative
La principale innovation du rapport réside dans l’élargissement des indicateurs analysés.
Alors que les précédents exercices portaient essentiellement sur les marges commerciales brutes, le Conseil intègre désormais la notion de marge nette, qui prend en considération l’ensemble des charges supportées par les entreprises : coûts logistiques, charges financières, amortissements, dépenses de personnel et investissements.
Cette évolution permet d’appréhender avec davantage de précision la performance économique réelle des opérateurs et d’offrir une lecture plus complète de leur rentabilité.
Elle traduit également la volonté du Conseil d’enrichir progressivement ses outils d’analyse afin d’accompagner la maturation d’un marché désormais totalement libéralisé.
Un marché qui poursuit sa recomposition
L’année 2025 confirme la dynamique observée depuis plusieurs exercices.
Le nombre d’importateurs agréés progresse de 31 à 35, tandis que quatre nouveaux distributeurs rejoignent le marché national. Parallèlement, les opérateurs historiques voient progressivement leur part dans les importations diminuer au profit de nouveaux acteurs.
Cette évolution s’accompagne d’un renforcement du réseau national avec plus de deux cents nouvelles stations-service ouvertes au cours de l’année.
Sans bouleverser les équilibres existants, ces indicateurs traduisent une intensification progressive de la concurrence, conformément aux objectifs poursuivis par les réformes engagées ces dernières années.
Une rentabilité globalement stable
Les données consolidées montrent que les neuf sociétés concernées ont réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 70,4 milliards de dirhams contre 77,3 milliards une année auparavant, principalement sous l’effet de la baisse des cours internationaux.
Le résultat net cumulé s’établit à 2,156 milliards de dirhams contre 2,295 milliards en 2024.
Malgré cette évolution, le taux moyen de marge nette demeure pratiquement stable, passant de 2,9 % à 3 %.
Pour le Conseil de la concurrence, cette stabilité traduit une rentabilité relativement constante de l’activité « carburants », malgré un environnement marqué par la volatilité des marchés internationaux.
Une lecture plus fine de la formation des prix
Le rapport consacre une analyse détaillée à l’évolution des cotations internationales, des coûts d’approvisionnement et des prix pratiqués sur le marché national.
L’exercice met en évidence que la transmission des variations des marchés internationaux vers les prix nationaux ne répond pas à un mécanisme automatique.
Les évolutions observées diffèrent selon les produits et tiennent compte de plusieurs paramètres, notamment les modalités d’approvisionnement, la gestion des stocks, les coûts logistiques, les fluctuations du taux de change ainsi que les politiques commerciales des différents opérateurs.
Cette approche confirme la complexité du processus de formation des prix dans un marché désormais libéralisé.
Investissement et création de valeur
Le rapport met également en évidence la poursuite des efforts d’investissement des opérateurs.
Les investissements consacrés à l’activité carburants progressent de près de 25 % entre 2024 et 2025, atteignant environ 1,6 milliard de dirhams.
Parallèlement, les sociétés concernées ont renforcé la rémunération de leurs actionnaires à travers une hausse significative des dividendes distribués.
Ces deux indicateurs illustrent la capacité des entreprises à poursuivre simultanément leurs programmes d’investissement tout en maintenant une politique de distribution soutenue.
Un instrument de régulation et de transparence
Au-delà des chiffres, ce neuvième rapport témoigne de la montée en puissance du dispositif de suivi mis en place par le Conseil de la concurrence depuis les accords transactionnels conclus avec les principaux opérateurs.
Sa vocation n’est pas de se substituer au décideur public ni d’apprécier les choix de politique énergétique. Elle consiste à observer le fonctionnement du marché, mesurer l’évolution de ses principaux indicateurs économiques et veiller au respect des engagements souscrits par les entreprises concernées.
En enrichissant progressivement son cadre d’analyse, le Conseil contribue ainsi à renforcer la transparence d’un secteur particulièrement sensible, tout en mettant à la disposition des pouvoirs publics, des opérateurs économiques et de l’opinion des éléments objectifs permettant d’apprécier les évolutions du marché.
Une photographie de l’évolution du secteur
Au final, ce rapport confirme que le marché marocain des carburants poursuit sa transformation. L’ouverture progressive à de nouveaux acteurs, la stabilité globale des indicateurs de rentabilité, la progression des investissements et le renforcement des outils d’observation témoignent d’un secteur en constante évolution.
Plus qu’un simple état des lieux, ce document s’inscrit dans une démarche de suivi continu visant à accompagner l’évolution d’un marché stratégique, dans un souci de transparence, de concurrence loyale et d’amélioration permanente de la connaissance économique.
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