Le Nord et le Sud. Une dichotomie vieille comme le monde : un Nord qui gagne, un Sud qui espère. Le premier qui écrit l’Histoire. Le second qui l’apprend par cœur.
Autant en emporte le vent racontait déjà ce clivage.
Mais le Sud de Scarlett est un Sud qui regarde en arrière vers un âge d’or perdu, un ordre ancien qu’on préfère aujourd’hui ne plus nommer… Le Sud dont je parle regarde en avant, vers une place qu’il n’a jamais eue.
Ce Sud-là joue sa Coupe du monde 2026 sur la terre même de Scarlett O’Hara.
Cette ligne Nord/Sud n’a jamais été qu’une géographie. C’est un filtre. Un déterminisme silencieux, installé dans les esprits bien avant d’être installé dans les livres.
Développé, sous-développé. Fort, faible. Premier monde, tiers-monde.
Et puis, un ballon rond… un rêve… une certitude… un renversement de perspective… pas celui des inégalités, elles tiennent encore… mais celui du regard.
Le regard que les Marocains se portent.
Le regard que les pays Arabes et la grande Afrique portent sur eux-mêmes. Un effet miroir du Maroc.
Le regard que le reste du monde porte, encore une fois, sur un Sud qui ne demande plus d’être accepté, mais reconnu comme un égal.
Trois regards, un seul mouvement. En direct. En crescendo.
Frantz Fanon (1961) parlait de désaliénation (ce moment précis où le dominé cesse de se penser comme tel). Ce n’est pas une revanche. C’est une affirmation.
Sur le terrain, il n’y a plus de Nord et de Sud. Il y a onze joueurs, un entraîneur, un pays (roi et peuple). Face à face. Fort avec fort.
Mais le terrain déborde. Un maillot qu’on achète. Un drapeau qu’on sort à la fenêtre. Une couleur qu’on porte sans y penser.
C’est ce que Michael Billig (1995) appelait le nationalisme banal : une identité qui se rejoue chaque jour, dans le geste le plus ordinaire, bien plus que dans le discours.
Ce n’est pas le fruit du hasard.
Le Brésil (1950), l’Argentine (1978), l’Uruguay (1930) et le Ghana (2010) l’ont appris avant le Maroc (2022, U17 2025, U20 2025, 2026) : un peuple ne se contente pas de gagner des matchs, il se redéfinit lui-même à travers eux. La Seleção, l’Albiceleste, la Celeste, les Black Stars, ce ne sont pas des histoires de sport. Ce sont des histoires d’identité.
Le Maroc rejoint cette catégorie. Match après match. La conscientisation d’exister et d’avoir droit à une place s’installe petit à petit.
Une place dans le monde. Dans l’Histoire. Dans les imaginaires. Dans la possibilité de réussir.
Et puis il y a la joie.
Pas l’euphorie d’un instant. Mais cette émotion innée en nous. Cette flamme qui n’attend qu’à être allumée.
Elle passe comme un flambeau que l’on court pour déposer à sa place, des joueurs aux supporters, des supporters aux familles, des familles aux enfants, aux personnes âgées, à ceux qui, avant, ne s’intéressaient pas au football.
La joie ne discute pas. Elle ne négocie aucune idéologie. Elle se réactive, tout simplement.
La victoire cesse d’être un miracle :
Avant, on espérait.
Aujourd’hui, on prépare.
Avant, on rêvait.
Aujourd’hui, on construit.
Cette énergie ne demande qu’à devenir une culture.
Multiplier les défis (scolaires, universitaires, scientifiques, artistiques, entrepreneuriaux) comme on multiplie les championnats.
Parce qu’un peuple qui voit l’impossible reculer sur un terrain de football sait, désormais, qu’il peut le faire reculer ailleurs.
Le Maroc ne gagne pas seulement des matchs.
Il déplace le champ du possible.
Dr Sabria KORICHI
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