La création de richesse est le fruit de politiques économiques ciblées et efficaces. Elle résulte de prises de risques et d’investissements, à la fois publics et privés. Cette création de richesse génère des inégalités : le capital se sert avant de penser à redistribuer. Le gouvernement a pour obligation de résorber ces écarts afin de maintenir l’équilibre social.
La politique du gouvernement sortant a généré beaucoup de richesse, comme en témoigne l’évolution du PIB malgré la crise mondiale, mais elle a, parallèlement, creusé l’écart entre les différentes classes sociales. Il n’est pas question de nier les efforts accomplis dans ce domaine. Des réformes importantes ont été menées dans le secteur de l’école, avec le lancement — et la prochaine généralisation — des écoles pionnières ; dans celui de la santé, avec l’ouverture de CHU dans toutes les régions, la régulation des prix des médicaments et la généralisation de l’AMO ; ainsi qu’avec l’augmentation des salaires et les baisses de l’IR sur les retraites, etc.
La société marocaine évolue à vitesse grand V sur plusieurs plans. Un exemple frappant se déroule sous nos yeux : les épiceries de quartier, au cœur du commerce local, ferment et sont remplacées par des commerces de proximité appartenant à de grandes enseignes structurées sur le plan social. Les transactions en espèces se réduisent au profit des paiements par carte, ce qui assure une plus grande transparence et réduit les effets désastreux du marché noir et du travail non déclaré.
C’est bien, mais cela reste très loin des ambitions de nos jeunes, confrontés à un manque flagrant de perspectives. La GenZ 212 a parlé, mais elle n’est pas écoutée, si l’on se réfère au contenu des campagnes électorales, toutes tendances confondues. Il est vrai que cette génération ne se sent pas du tout concernée par les élections : seuls 4% des jeunes de 18 à 24 ans sont inscrits sur les listes électorales. Pourtant, c’est l’avenir du pays qui est en jeu. S’ils ne votent pas, cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas intéressants. Ils maintiennent le pays en alerte et, sans eux, aucun des projets ambitieux que nous avons tous ne verra le jour.
À tous ceux qui pensent que nous avons déjà franchi le Rubicon, il convient de rappeler que 72 000 jeunes ont choisi, il y a à peine quelques semaines, de quitter leur poste de travail et leur famille pour un eldorado fantasmé. À ceux qui, dans le confort de leurs convictions, inscrivent le Maroc soit dans l’Internationale socialiste, soit dans l’Oumma, il convient de rappeler qu’en 2023, le SMIG au Maroc était de 275 euros, contre 480 euros en Cisjordanie, 135 euros en Algérie et 142 euros en Tunisie. Il est aujourd’hui de 300 euros au Maroc, toujours de 135 euros en Algérie et de 142 euros en Tunisie. Il s’est effondré en Palestine en raison du génocide en cours.
Au niveau du nombre de lits d’hôpital pour 1 000 habitants, en 2023, il était de 1,0 au Maroc, de 1,3 en Palestine, y compris à Gaza, de 1,8 en Algérie et de 2,2 en Tunisie. Il n’y a quasiment plus de système de santé en Palestine, et seul le chiffre du Maroc a évolué, avec 1,2 lit pour 1 000 habitants.
Au niveau du taux d’alphabétisation, la Palestine est très largement en tête en 2023, avec 97,7% en Cisjordanie et 98,1% à Gaza, un chiffre qui va connaître une très forte régression en raison de la fermeture de la plupart des écoles. En 2023, le taux d’alphabétisation au Maroc était de 77,3% ; il est passé à 79,5%. En Algérie, l’évolution entre 2023 et 2025 est passée de 81,4% à 82,5%, tandis qu’en Tunisie elle est passée de 82,7% à 83,5%.
Les chiffres n’indiquent pas, loin s’en faut, la qualité de vie des uns et des autres. La situation des Marocains, des Algériens ou des Tunisiens ne peut en aucun cas être comparée à celle des Palestiniens, qui sont passés de la prison à ciel ouvert au génocide le plus abject et le plus violent depuis l’Holocauste. Mais ces chiffres montrent qu’il reste un chemin social à parcourir et que ce nouveau gouvernement doit l’emprunter sous le regard attentif de l’opposition, qui doit apprendre à hiérarchiser ses priorités, à commencer par les jeunes et les NEET (ils n’ont ni emploi, ni éducation, ni formation). Ils représentent 3 millions de personnes au Maroc ; ne l’oublions pas.
![]()













