Najiba Jalal
En une décennie, le Maroc a profondément repensé sa manière de concevoir et de gérer les finances publiques. Désormais, le budget de l’État ne se limite plus à répartir les ressources et à maîtriser les dépenses : il s’impose progressivement comme un instrument stratégique de transformation économique et sociale, au service des grandes orientations du Royaume.
Mais au-delà de cette évolution, une question fondamentale se pose : comment passer d’une logique de moyens à une véritable culture des résultats, où l’efficacité de la dépense publique se mesure à son impact concret sur le citoyen ?
LEX PRESS a interrogé Fouzi Lekjaa sur cette exigence d’efficacité, les transformations engagées depuis la réforme budgétaire de 2015 et les ambitions d’une gouvernance publique.
Question de Lex presse
En une décennie, la Loi de finances marocaine a profondément changé de nature : elle n’est plus seulement un exercice annuel de recettes et de dépenses, mais un instrument de réforme, de protection sociale, d’investissement et de transformation économique. Comment analysez- vous cette évolution, et qu’elles en ont été les principales étapes depuis la mise en œuvre de la Loi organique relative aux lois de finances ?
Réponse de Fouzi.Lekjaa
Votre question renvoie, à mon sens, à l’une des transformations les plus profondes de nos finances publiques au cours de la dernière décennie : le Budget de l’État n’est plus seulement un acte annuel d’autorisation des recettes et des dépenses. Il est devenu un véritable instrument de pilotage de l’action publique, au service des priorités stratégiques du Royaume et de la transformation économique et sociale. Cette évolution est indissociable de l’adoption, en 2015, de la Loi organique relative à la loi de finances. La LOF n’a pas simplement modernisé les règles budgétaires ; elle a introduit une nouvelle philosophie de gestion publique. Elle a consacré le passage d’une logique centrée sur les moyens mobilisés à une logique davantage orientée vers les résultats obtenus, la performance des politiques publiques et, in fine, la valeur créée pour le citoyen. Concrètement, cette transformation s’est traduite par une budgétisation par programmes alignés sur les politiques publiques, une programmation budgétaire pluriannuelle, la définition d’objectifs et d’indicateurs de performance, ainsi que par une responsabilisation accrue des gestionnaires. Elle a également renforcé la transparence, la sincérité budgétaire et comptable, la reddition des comptes et le rôle du Parlement dans le débat et le contrôle budgétaires. Les progrès accomplis sont aujourd’hui tangibles et reconnus, notamment par les évaluations internationales telles que le PEFA. Mais une réforme budgétaire n’est jamais figée. Près de dix ans après l’entrée en vigueur de la LOF, nous abordons une nouvelle phase de maturité. L’enjeu est désormais de disposer d’un cadre budgétaire encore plus agile, plus transversal et davantage orienté vers l’impact. C’est le sens des évolutions proposées : étendre le champ d’application de la LOF aux établissements publics, mieux prendre en compte la transversalité des politiques publiques et placer davantage les résultats au cœur du débat budgétaire parlementaire. Au fond, nous voulons franchir une nouvelle étape : passer progressivement d’une culture de la performance budgétaire à une véritable gouvernance par la performance. Le Budget doit être le trait d’union entre la vision stratégique de l’État, les ressources mobilisées, les résultats effectivement obtenus et les attentes des citoyens.
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