Double véto au Conseil de sécurité des Nations Unies, le 30 octobre, concernant l’affaire du Sahara. La Russie s’est opposée à l’autonomie, et les États-Unis se sont opposés à la prolongation du mandat de la Minurso. La résolution politique du conflit demeure en suspens, tandis que la réalité sur le terrain demeure celle de la marocanité du Sahara.
C’est une bataille diplomatique historique qui s’est déroulée le 30 octobre au Conseil de sécurité des Nations Unies à propos du dossier du Sahara. À la surprise générale, la Russie a opposé son veto au projet de résolution présenté par les États-Unis, lequel arrimait la résolution politique du conflit à la proposition marocaine d’autonomie pour les provinces du Sud.
Onze des quinze pays membres du Conseil de sécurité — à savoir les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Corée du Sud, le Danemark, la Slovénie, la Grèce, le Guyana, la Sierra Leone, le Panama et l’Équateur — ont voté en faveur de cette résolution, contre laquelle la Russie a fait valoir son veto.
Le projet de résolution déposé ensuite par la Russie, qui ne mentionne pas une seule fois la proposition marocaine d’autonomie, n’a quant à lui été soutenu que par deux autres pays : la
Chine et la Somalie. Les États-Unis y ont opposé leur veto en retour. Le plus paradoxal est que ces trois nations ayant fait obstacle au projet de résolution sur le Sahara ont été ou sont toujours confrontées à des mouvements sécessionnistes sur leurs propres territoires : la Russie a affronté militairement le séparatisme tchétchène dans les années 1990 et 2000, la Chine réprime sévèrement les velléités séparatistes des Ouïghours dans le Xinjiang, et la Somalie déplore la scission de fait du Somaliland.
Conséquence immédiate de ce double veto au Conseil de sécurité : le mandat de la Minurso s’est achevé le 31 octobre sans être renouvelé, plongeant le processus politique dans un blocage total.
Un pas significatif vers la clôture définitive du dossier
Le communiqué du Cabinet royal salue à juste titre la fin du mandat de la Minurso comme « une évolution importante et un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies ». Pour Rabat, qui ne cache pas sa satisfaction, « la non-reconduction de la Minurso devrait marquer la fin de la saisine du Conseil de sécurité et le retrait de cette question de son ordre du jour. Dès lors, les réunions statutaires périodiques du Conseil consacrées au Sahara marocain, les rapports du Secrétaire général des Nations Unies y afférents et les briefings de son envoyé personnel n’auraient plus lieu d’être ». En bref, « c’est une page de 35 ans qui est désormais tournée ».
Les plus grands perdants de ce véto russe sont incontestablement les habitants des camps de Lahmada à Tindouf, du moins ceux qui sont véritablement originaires des provinces du Sud. Ils se trouvent ainsi privés du droit de s’extirper de cet enfer et de rentrer enfin dans leur mère-patrie.
Il n’est pas certain non plus que ce véto apporte le moindre bénéfice à l’Algérie, qui a dû consentir d’importantes concessions dans sa stratégie au Sahel pour convaincre Moscou de se ranger à ses côtés. Cette décision vient surtout envenimer les relations avec Rabat, pourtant fondées sur une neutralité bienveillante et profitable aux deux parties. Le Maroc ne s’était en effet pas joint aux sanctions contre la Russie à l’ONU après l’invasion de l’Ukraine début 2022, tandis que Moscou s’abstenait jusqu’alors de s’opposer aux résolutions onusiennes relatives au Sahara.
Le gâchis de calculs géopolitiques à courte vue
Lors du troisième sommet Russie-Afrique, qui s’est déroulé les 28 et 29 octobre à Moscou en l’absence du Polisario, le président Vladimir Poutine avait solennellement reçu la cheffe du gouvernement marocain, Fatim-Zahra Mansouri, et tout semblait aller pour le mieux entre les deux pays. Le Royaume compte en effet parmi les meilleurs partenaires commerciaux de la Russie sur le continent, et des chalutiers russes opèrent dans les eaux des provinces du Sud — une forme de reconnaissance de facto de la souveraineté marocaine.
Pourtant, le fait est là : la Russie a entravé la résolution définitive d’un conflit vieux d’un demi-siècle en usant de son privilège de membre permanent du Conseil de sécurité. La prolongation de cet abcès de fixation ne sert les intérêts ni du Maroc, ni de l’Algérie, et encore moins des populations des camps de Tindouf. L’unité maghrébine, quant à elle, demeure plus que jamais du domaine de l’utopie.
Sur le terrain, la réalité demeure inchangée : le Maroc exerce pleinement sa souveraineté sur ses provinces sahariennes. Chaque jour qui passe prolonge le calvaire des Sahraouis instrumentalisés par Alger. Incapable de reconnaître l’échec de sa stratégie visant à affaiblir le Maroc pour imposer son hégémonie régionale, le pouvoir algérien poursuit sa fuite en avant, au détriment du bien-être des populations des camps comme du sien propre.
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