Larbi Bargach/
AS FAR – Raja, le classico s’est terminé sur un score inédit : 136 arrestations dont 2 mineurs.
Ce chiffre a fait l’objet de recherches assidues toute la matinée. C’est du football mais avec des acteurs différents. Quoiqu’habillés aux couleurs des deux équipes ils ne jouent pas sur le stade mais dans les tribunes où aux alentours. Leur objectif c’est la bagarre et la destruction des infrastructures. Ils ont mis le feu au Complexe Moulay Abdellah et, détruit ses magnifiques infrastructures. Ce n’est pas nouveau, les supporters de l’ASFAR et du Raja nous ont habitué au spectacle de leur violence. Ils ont même fait des émules, pour l’instant encore timides et limités. Les organisateurs, dont la responsabilité est également pointée du doigt, si l’on se réfère au communiqué des Ultra du Raja, ont pourtant accumulé de l’expérience et savaient à qui ils avaient affaire. Ils ont échoué. Ils ne sont pas seuls, les médias ont échoué. La tribune de presse a été saccagée. Est-ce un hasard ? La question mérite d’être posée. On n’a pas vu venir malgré les signes avant-coureurs de ces dernières semaines avec une tension de plus en plus palpable. Une colère sourde se propage dans la rue autour des conséquences de la Guerre contre l’Iran. Il y a forcément un lien même si la rivalité sportive historique entre les deux clubs n’est pas négligeable. Les hooligans ne sont pas une exclusivité marocaine, c’est un mouvement qui a pris ses sources ailleurs. Il a, à son palmarès, des conséquences beaucoup plus dramatiques avec des pertes humaines. Dieu merci, on a évité le pire, jeudi soir. Faut-il pour autant croiser ses bras et attendre le prochain passage à l’acte ? Certainement pas.
Lutter contre le « mouvement Hooligan » est un défi complexe qui nécessite une approche multidimensionnelle, alliant fermeté répressive, prévention sociale et collaboration étroite entre tous les acteurs du sport. Il faut le dire. Pour cela il faut en comprendre les ressorts. À cet effet on devrait se baser sur les travaux universitaires de sociologues éminents qui se sont penchés sur la gestion des foules et les adapter au contexte marocain.
Plusieurs facteurs ont été identifiés. Elles sont de nature :
• Sociologiques : Le sentiment d’exclusion sociale, le besoin d’appartenance à un groupe identitaire fort (effet de tribu), et la recherche de valorisation personnelle au sein d’une structure hiérarchisée.
• Psychologiques : L’effet de foule diminue la responsabilité individuelle et favorise le passage à l’acte par mimétisme ou par recherche d’adrénaline.
• La rivalité historique entre clubs
• L’instrumentalisation politique ou idéologique des groupes de supporters. Sur ce registre un travail sérieux doit être entrepris pour éviter des dérives sécuritaires qui risquent de dépasser le domaine du football.
La réponse ne peut, bien entendu, pas être exclusivement sécuritaire. Ce serait une régression terrible pour le pays et en contradiction avec la dynamique — Droits de l’Homme— dans laquelle le pays s’est inscrit.
Dès que les coupables avérés seront sanctionnés il faudra s’occuper des autres.
• Instaurer le dialogue entre le club, les fans et les autorités dans un rapport équitable. Il faut à tout prix éviter de décrédibiliser les responsables d’associations de supporters pour ne pas les couper de la base et veiller à leur renouvellement démocratique régulier. Ces responsables doivent être écoutés et associés aux décisions sécuritaires.
• Sensibiliser les jeunes supporters de clubs sur les valeurs du sport, le respect de l’adversaire et les conséquences juridiques des violences. Un travail de formation s’impose et doit être pris en charge.
• Valoriser le supportérisme positif. Les supporters participent activement à l’ambiance des matchs, il ne faut pas l’oublier.
• Interdire, dans un premier temps, tous les déplacements des supporters, y compris lors des derbys (seuls les supporters de l’équipe qui reçoit auront droit à des billets d’entrée au stade). Plus tard envisager des zones tampons quand la procédure des déplacements sera verrouillée.
Les séances de formation pourront s’inspirer des principes édictés par « Football Supporters Europe » un réseau de supporter européen, créé en 2008, et qui a favorablement diminué les violences dans les stades en Europe.
Parce qu’à l’avenir ce qui doit faire l’objet de recherches c’est le score du match, un score que des voyous ont fait passer au second rang
Bargach Larbi
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