Najiba Jalal
La vidéo diffusée ces derniers jours par Aziz Akhannouch sur le bilan de l’action gouvernementale n’a rien d’un simple exercice de communication institutionnelle. Elle intervient dans un moment politique particulièrement révélateur, où plusieurs lectures médiatiques et partisanes tentaient progressivement d’installer deux idées : celle d’un affaiblissement du cycle gouvernemental ouvert en 2021, mais aussi celle d’un retrait progressif d’Akhannouch de la scène politique nationale.
Inflation persistante, tensions autour du pouvoir d’achat, critiques répétées contre la majorité, fatigue classique des fins de mandat : tous les ingrédients semblaient réunis pour transformer le chef du gouvernement en cible centrale de la bataille électorale prématurée qui s’installe déjà en arrière-plan de 2026.
Depuis des mois, certains partis ont d’ailleurs fait d’Akhannouch lui-même une stratégie politique à part entière. Non plus seulement un adversaire institutionnel, mais le cœur même de leur discours de mobilisation. Comme si la réduction du débat public à une personnalisation extrême de la responsabilité politique pouvait suffire à construire une alternative.
C’est précisément dans ce climat que cette vidéo a été lancée.
Et c’est ce qui lui donne une portée bien plus profonde qu’un simple bilan gouvernemental. Car au-delà des chiffres et des réformes présentées, Akhannouch y envoie surtout un message politique extrêmement structuré : il refuse d’entrer dans la logique du petit combat politicien et choisit au contraire de se repositionner dans une posture d’homme d’État.
La nuance est essentielle.
Car tout au long de cette prise de parole, le chef du gouvernement évite soigneusement le registre de la confrontation partisane. Très peu de réponses directes aux attaques, aucune logique de règlement de comptes, encore moins de discours de victimisation politique. Le ton adopté est institutionnel, presque souverain dans sa construction, avec un objectif clair. Certainement pas celui de défendre une majorité mais de rappeler la cohérence d’un cap stratégique porté par l’État marocain dans sa continuité.
Et c’est précisément là que cette communication devient intéressante.
Akhannouch semble avoir compris qu’après avoir neutralisé une grande partie des campagnes politiques construites contre sa personne par son départ de la présidence du parti, là il répond également à une autre bataille qui s’est également ouverte : celle des analystes et commentateurs qui annonçaient déjà sa sortie progressive de la scène nationale.
Cette vidéo explique les choses autrement, et très intelligemment d’ailleurs,
Elle montre un responsable politique qui ne parle ni comme un homme en retrait ni comme un chef de parti préoccupé par son avenir personnel, mais comme un acteur pleinement inscrit dans une continuité institutionnelle fondée sur la loyauté envers l’État et envers la vision portée par Mohammed VI.
Tout au long du message, les réformes sociales sont systématiquement rattachées aux grandes orientations royales. Cette centralité donnée à la continuité monarchique n’est évidemment pas anodine. Elle traduit une volonté claire : sortir la séquence actuelle du simple affrontement partisan pour l’inscrire dans le temps long des transformations structurelles du Maroc.
Autrement dit, Akhannouch explique qu’il n’est pas “l’inventeur” d’un projet politique personnel. Il est tout simplement le responsable ayant piloté une phase de mise en œuvre d’un chantier souverain plus large : celui du Maroc social.
Et c’est probablement ce qui distingue ici la posture de l’homme d’État de celle du politicien classique.
Le politicien cherche généralement la victoire immédiate, la polarisation ou le bénéfice électoral direct.
L’homme d’État, lui, cherche à inscrire son action dans une continuité nationale dépassant sa propre personne.
La protection sociale généralisée, l’extension de l’Assurance Maladie Obligatoire, le soutien social direct ou encore l’intégration progressive des populations vulnérables dans les mécanismes publics ne sont pas présentés comme des “promesses tenues” au sens électoral du terme. Ils sont mis en scène comme les fondations d’un nouveau contrat entre l’État et les citoyens.
Ainsi, il faut le dire, la légitimité publique ne se réduit plus à la gestion économique ou à la réalisation d’infrastructures ; elle repose aussi sur la capacité de l’État à protéger socialement sa population.
Et c’est précisément là que cette vidéo dépasse le simple exercice de communication gouvernementale.
Elle participe à une tentative beaucoup plus large : installer durablement dans l’opinion l’idée que les années récentes auront été celles de la construction progressive d’un État social marocain. Dans cette logique, Akhannouch ne cherche pas uniquement à défendre un mandat. Il cherche surtout à inscrire une séquence politique dans la mémoire institutionnelle du pays.
Car dans les États contemporains, les grandes réalisations ne suffisent plus. Elles doivent être racontées, expliquées, scénarisées et intégrées dans un récit collectif capable de produire de l’adhésion et de la stabilité.
Les États les plus solides ne sont pas seulement ceux qui construisent.
Ce sont aussi ceux qui maîtrisent leur propre narration nationale.
Et c’est probablement ce que cette vidéo révèle au fond :
Au-delà du chef de gouvernement, Akhannouch est désormais l’un des narrateurs institutionnels de la transformation du Maroc contemporain.
![]()
















