Par Najiba Jalal
Le Barreau de Casablanca avance sur une ligne de crête. À quelques jours de l’arrêt national des prestations professionnelles annoncé par l’Association des Barreaux du Maroc du 15 au 21 juin, le plus grand Ordre des avocat du Royaume semble refuser de s’engager aveuglément dans une logique de paralysie totale.
En coulisses, le débat est intense. Non pas sur le fond des tensions qui opposent une partie de la profession au ministère de la Justice, mais sur les conséquences concrètes d’un arrêt général des missions de défense.
Car à Casablanca, où transitent chaque jour des milliers de dossiers civils, pénaux et commerciaux, plusieurs avocats redoutent une équation dangereuse : transformer une bataille institutionnelle en risque direct pour les justiciables.
Le sujet est d’autant plus sensible que certains précédents ont laissé des traces dans la profession. Lors de précédents mouvements, des avocats avaient été convoqués ou poursuivis après des appels considérés comme des incitations à la suspension des services judiciaires. Une réalité que beaucoup refusent aujourd’hui d’ignorer.
Dans les discussions internes, une idée revient avec insistance : la défense des intérêts de la profession ne peut se faire au détriment du droit à la défense lui-même.
Le Barreau de Casablanca, qui représente à lui seul plus du tiers des avocats marocains, mesure aussi le poids symbolique et pratique d’une telle décision. Une grève totale dans la capitale économique aurait des répercussions immédiates sur le fonctionnement quotidien des tribunaux, mais aussi sur les citoyens engagés dans des procédures urgentes ou sensibles.
Face à cette situation, plusieurs voix plaident pour des formes de mobilisation alternatives, jugées plus efficaces politiquement et moins risquées juridiquement. Une manière de marquer une opposition sans franchir une ligne rouge susceptible de fragiliser davantage une profession déjà traversée par de profondes divisions.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement la question d’une simple semaine de boycott. Derrière cette séquence se dessine un affrontement plus profond autour de la gouvernance de la profession, de ses modes de représentation et de sa capacité à parler d’une seule voix.
Et dans cette bataille feutrée, Casablanca semble vouloir rappeler une chose : dans un État de droit, la défense ne peut devenir une variable d’ajustement des conflits institutionnels.
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