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accueil, Saïd Bou-Ayach
lundi 7 septembre 2026 - 16:22

Sebta occupée : La question à un million de dollars qui fait bégayer Madrid

Sebta occupée : La question à un million de dollars qui fait bégayer Madrid
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Saïd Bou-Ayach

1-Pour bien piger le niveau de surréalisme qui a retourné Sebta occupée les 30 et 31 juillet derniers, il faut d’abord poser les yeux sur les statistiques brutes de cette vague humaine. On est très loin des approximations habituelles ou des paniques imaginaires : la réalité comptable et indiscutable du terrain, c’est que la foule présente à la frontière était composée à 60 % d’Algériens. Ce chiffre précis et net montre à quel point le flux principal venait en ligne directe de chez le voisin de l’est, n’en déplaise à la mauvaise foi des observateurs européens qui prennent un malin plaisir de tout mélanger… et baaaaah pour éviter de voir ce qui se passe sous leurs yeux.

2-Pour comprendre la structure exacte de ce rassemblement, les relevés factuels montrent que le reste de la troupe se découpait avec une précision d’horloger : on comptait précisément 30 % de Marocains venus se masser face aux barbelés coloniaux, tandis que les 5 % d’Africains subsahariens et les 5 % restants de Tunisiens, Libyens et Égyptiens bouclaient la boucle de ces deux journées complètement folles.

3-Au beau milieu de cette marée humaine, un profil de clandestin d’un genre totalement inédit est apparu, un truc jamais vu dans les manuels de gestion des frontières qui a foutu un bug monumental dans la matrice sécuritaire espagnole : le migrant en mode VIP. Les mecs s’attendaient à voir débarquer la misère du monde en détresse absolue, mais ils se sont retrouvés face à des profils venus squatter la zone douanière avec le calme et la décontraction de gens qui attendent l’ouverture d’un concert ou le début des vacances d’été.

4-Les colons de la ville marocaine occupée ont carrément frôlé la démence en réalisant qu’un bon quart de la troupe, soit exactement 25 % de ces Marocains, n’étaient absolument pas là pour fuir quoi que ce soit, mais étaient tout simplement des vacanciers venus taper l’incruste en touristes. D’après ma Ayacha-cummunity la preuve sautait aux yeux et crevait le cœur des gardes-frontières. « Les mecs arboraient fièrement le dernier smartphone à la mode pour faire des selfies, portaient des fringues de marque bien chères achetées pour la saison et affichaient des portefeuilles blindés d’argent de poche pour assurer leurs dépenses quotidiennes sans l’aide de personne ». Ce n’est pas ce que j’appelle fuir la misère, comme relayé dans les médias de la préside occupé de Sebta !

5-Ces estivants d’un genre nouveau ont magistralement retourné le cerveau des autorités espagnoles en s’installant tranquillement sur place pendant deux jours, squattant le paysage colonial avant de faire demi-tour tout aussi sereinement pour rentrer chez eux, non sans avoir pris le temps d’ambiancer la frontière en scandant des « Vive le Roi, vive le Maroc ! » bien sonores et bien rythmés sous le nez de policiers espagnols complètement dépassés par les événements qui ne savaient plus s’ils devaient les accompagner à la « frontière » ou appeler l’office du tourisme.

6-Cette petite visite surprise a tellement foutu les jetons aux colons terrés dans Sebta qu’ils ont immédiatement dégainé leur plus grande stratégie humanitaire de pointe, qui a consisté à baisser en urgence absolue tous les rideaux de fer des supermarchés et des épiceries du coin dans l’espoir complètement barjo de faire mourir de faim les nouveaux venus. C’est leur grand classique : dès qu’un grain de sable vient gripper leur petite routine coloniale, leur premier réflexe de survie est de verrouiller les rayons de bouffe, pensant sans doute que la faim allait dissoudre une foule venue leur rappeler la réalité de la carte.

7-On atteint ici le toit du monde de la schizophrénie pure et dure avec ces gens-là, une hypocrisie majuscule de la part de colons et d’autorités qui passent le plus clair de leur temps à chialer sur les droits de l’homme, à donner des leçons de morale à la terre entière sur les plateaux télé et à signer des chartes humanitaires à tour de bras, mais qui n’hésitent pas une seule seconde à organiser le blocus de la nourriture et à couper les vivres dès que la situation leur échappe d’un millimètre. Les grands discours s’arrêtent pile là où commencent les portes de leurs magasins fermés à double tour.

8-Au-delà du ridicule des magasins verrouillés, cette réaction hystérique met en lumière une vérité psychologique profonde sur la fragilité de leur présence. Si des milliers de personnes débarquaient d’un coup en plein cœur de Madrid ou de Barcelone, les autorités espagnoles géreraient ça comme un simple problème d’ordre public ou de logistique urbaine, sans trembler sur leurs bases ni faire de vagues constitutionnelles. Par contre, dès que ça bouge d’un millimètre à Sebta et Melilla, c’est l’affolement général, le branle-bas de combat et la panique existentielle immédiate ; et franchement, ce niveau de flip systémique, ça veut dire ce que ça veut dire : au fond d’eux-mêmes, ils savent très bien que leur sol n’est pas le leur.

9-Le plus comique dans leur éternel complexe de supériorité hérité d’un autre siècle, c’est que le vent a totalement tourné et que la réalité économique moderne fait super mal à leur ego ibérique, vu que c’est bien l’Espagne aujourd’hui qui a un besoin viscéral et quotidien du Maroc pour sa pêche, pour son agriculture et pour alimenter ses propres marchés en flux tendu, et absolument pas le contraire. Sans les bras marocains, sans les poissons marocains et sans les légumes et fruits marocains, leur Espagne moderne se retrouverait fissa avec des assiettes vides et des cales sèches, ce qui rend leur arrogance frontalière encore plus ridicule à observer.

10-Toute cette comédie géopolitique et cette amnésie sélective nous renvoient d’ailleurs en ligne directe à l’année 1987, l’époque mémorable où le Roi Hassan II avait officiellement et très sérieusement déposé la candidature du Maroc pour intégrer l’Union Européenne. À ce moment-là, les technocrates de Bruxelles et les dirigeants européens avaient sorti leur plus beau sourire condescendant pour rejeter la demande, en expliquant avec une assurance incroyable que c’était techniquement et géographiquement impossible parce que le Maroc n’avait absolument aucune frontière commune avec le continent européen. C’est donc exactement ici, après le cirque de juillet, qu’on est en droit de leur balancer en pleine face la fameuse question à un million de dollars qui démonte toute leur rhétorique coloniale en carton : si le Maroc n’a soi-disant aucune frontière avec l’Europe, par quel miracle de la magie cartographique Sebta, Melilla et Badis se retrouvent-elles occupées par vos troupes ? Il va falloir que Madrid choisisse sa logique et arrête de bégayer avec sa géographie à géométrie variable, parce que soit on intègre l’UE direct en passant par ces frontières qu’ils
squattent illégalement, soit les colons bouclent définitivement leurs valises, rendent les clés et dégagent pour libérer nos villes une bonne fois pour toutes.

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Tags: Sebta occupée : La question à un million de dollars qui fait bégayer Madrid

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