Najiba Jalal /
Il faut le reconnaître : Fawzi Lekjaa a sorti le grand jeu. Le membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM) et ministre délégué chargé du Budget a placé le programme électoral de son parti au cœur de la bataille du 23 septembre, en le présentant comme un véritable contrat politique conclu avec les Marocains.
Lors du podcast « Bi Woudouh avec Fawzi Lekjaa », il a exposé une démarche reposant sur quatre éléments : l’identification des préoccupations des citoyens, des solutions précises, un calendrier de réalisation et le coût financier de chaque mesure prévue entre 2026 et 2031.
Selon lui, le programme du PAM ne doit pas être considéré comme une simple compilation de promesses électorales. Si le parti arrive en tête du scrutin du 23 septembre, cette feuille de route devra devenir le document de référence à partir duquel les citoyens pourront évaluer et juger son action.
Fawzi Lekjaa a expliqué que l’élaboration du programme avait nécessité un travail de longue haleine, fondé sur de larges consultations menées auprès des citoyens dans les différentes régions du Royaume. Le parti s’est également appuyé sur l’expérience acquise durant sa première participation gouvernementale, qui lui a permis de mieux mesurer les possibilités de l’État, mais aussi les contraintes liées à la mise en œuvre des politiques publiques.
Le dirigeant du PAM a revendiqué le bilan de cette participation, évoquant les mesures sociales ainsi que les investissements réalisés dans les routes, les ports, les aéroports et les grandes infrastructures. Il a toutefois reconnu la persistance de lacunes dans les services sociaux, qui nécessiteront une mobilisation plus forte au cours des prochaines années.
À ses yeux, le Maroc a accumulé, durant les deux dernières décennies, d’importants acquis dans les infrastructures, l’industrie et plusieurs secteurs économiques, grâce à une vision stratégique déployée sur plus de vingt ans. Le prochain défi consiste désormais à améliorer la qualité des services sociaux et à rendre l’impact de l’État social plus concret dans la vie quotidienne des citoyens.
La conception de l’État social défendue par le PAM ne se limite donc pas à l’assurance maladie obligatoire ou aux aides directes. Elle englobe également la qualité des soins et de l’enseignement, l’accompagnement des jeunes ainsi que l’amélioration des conditions de vie dans l’ensemble des territoires.
Le pouvoir d’achat comme première urgence
Fawzi Lekjaa a placé le pouvoir d’achat au premier rang des priorités du programme. D’après les chiffres qu’il a avancés, le gouvernement a mobilisé près de 208 milliards de dirhams en faveur des salaires, des aides directes, du logement et d’autres dispositifs sociaux.
Cependant, la hausse des prix des produits de première nécessité, de la viande et des légumes a considérablement réduit l’effet de ces interventions sur le budget des ménages. Le coût de l’alimentation est ainsi devenu une pression quotidienne, notamment pour les catégories vulnérables, les retraités, les salariés et les classes moyennes.
Pour les retraités, le PAM propose de fixer le montant minimum de la pension à 3 000 dirhams. Lekjaa affirme qu’un mécanisme de financement étalé sur cinq ans a été préparé afin de couvrir le coût de cette mesure, alors que certains retraités perçoivent actuellement, selon les chiffres qu’il a cités, entre 800 et 1 200 dirhams par mois.
Pour les salariés des secteurs public et privé, le parti prévoit un allégement de l’impôt sur le revenu, à travers une révision des différents taux et un élargissement du nombre de bénéficiaires. L’objectif affiché est de dégager un revenu mensuel supplémentaire au profit des ménages et de soutenir leur pouvoir d’achat.
Électricité gratuite et réforme de la distribution
Fawzi Lekjaa a également révélé une proposition concernant les factures d’électricité. Le PAM souhaite rendre gratuit l’abonnement des ménages dont la consommation mensuelle est inférieure à 100 dirhams.
Le coût de cette mesure serait compensé par une augmentation de 12 % appliquée aux tranches de consommation les plus élevées. Le dispositif repose ainsi sur un principe de solidarité entre les ménages disposant des capacités contributives les plus importantes et ceux dont la consommation reste limitée.
Face à la hausse des prix des produits alimentaires, le programme prévoit également la création d’établissements régionaux de distribution. Leur mission serait de réduire le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur, considérés comme l’une des principales causes de l’envolée des prix.
Selon Lekjaa, ces structures permettraient d’acheminer les produits essentiels vers les consommateurs à des tarifs plus proches de leur coût réel de production. Cette organisation devrait à la fois protéger l’agriculteur ou le producteur et alléger la facture supportée par les familles.
L’ambition affichée consiste ainsi à réduire les écarts parfois considérables entre le prix d’un produit à la sortie de l’exploitation et celui auquel il est finalement vendu sur les marchés.
Une promesse désormais mesurable
Le message de Fawzi Lekjaa est clair : les cinq axes du programme ont été élaborés à partir des problèmes que le PAM considère comme prioritaires pour les Marocains. Chaque engagement a été associé à un coût financier et à un délai d’exécution précis.
Par cette présentation, Lekjaa fait sortir le programme du PAM du registre habituel des promesses générales pour le placer sur le terrain de l’engagement mesurable. Le parti ne demande donc pas uniquement aux Marocains de lui accorder leurs voix : il leur fournit également les chiffres, les objectifs et les échéances sur lesquels il pourra être jugé.
C’est probablement le pari politique majeur dévoilé par Fawzi Lekjaa : si le PAM arrive en tête des élections du 23 septembre, son programme ne sera pas seulement un instrument de conquête du pouvoir. Il deviendra une pièce à conviction entre les mains des citoyens et le principal document de sa reddition des comptes jusqu’en 2031.
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