Najiba jalal
Tout commence par une enquête qui n’avait, en apparence, aucun rapport avec Hicham Aboud.
À la fin de l’année 2024, les enquêteurs français travaillent sur une affaire de braquage visant un musée. L’un des suspects interpellés dans ce dossier est placé en détention provisoire et son téléphone portable est saisi dans le cadre des investigations.
Personne n’imagine alors que l’exploitation de cet appareil va conduire les enquêteurs vers un dossier autrement plus sensible.
Au fil des investigations, les policiers découvrent des échanges intrigants avec un profil utilisant le pseudonyme « LAPEGRE.69 ». Les conversations évoquent l’élimination d’une personne contre une importante somme d’argent. Les enquêteurs mettent également au jour plusieurs captures d’écran, des itinéraires de navigation et différents éléments de repérage convergeant vers une même adresse située à Roubaix.
Un nom apparaît rapidement : celui d’Hicham Aboud.
À partir de cet instant, l’enquête change de dimension.
Les investigations techniques révèlent qu’au début du mois de février 2025, plusieurs lignes téléphoniques quittent la région lyonnaise pour prendre la direction du nord de la France. Les analyses réalisées par les enquêteurs permettent de situer certains protagonistes dans le secteur du domicile de l’opposant algérien avant leur retour vers leur région d’origine.
Mais ce n’est pas tout.
L’exploitation des données numériques fait apparaître plusieurs vidéos enregistrées durant cette période. Certaines montrent des repérages effectués dans la rue où réside Hicham Aboud. D’autres séquences mettent en scène des individus se présentant comme des policiers et tentant d’obtenir l’ouverture d’une porte avant de quitter les lieux.
Pour les enquêteurs, ces éléments dépassent largement le cadre de simples échanges virtuels. Ils semblent s’inscrire dans une opération préparée et coordonnée.
Peu à peu, plusieurs protagonistes émergent de l’enquête.
Le premier, identifié dans la procédure sous les initiales A.B., est un jeune homme originaire de la région lyonnaise déjà connu de la justice. Les investigations le placent au cœur des premiers développements du dossier.
Un second homme, désigné sous les initiales W.B., apparaît également dans les analyses téléphoniques. Étudiant au moment des faits, il aurait effectué des déplacements similaires à ceux observés pour A.B. durant la période visée par l’enquête.
Un troisième protagoniste, J.B., figure lui aussi parmi les personnes poursuivies dans le cadre de cette affaire. Les magistrats s’intéressent à son rôle présumé dans ce qui est présenté comme une organisation structurée.
Mais l’attention des enquêteurs se concentre surtout sur l’identification du mystérieux profil « LAPEGRE.69 ».
Les recoupements réalisés entre les données téléphoniques, les communications chiffrées et les différents éléments recueillis au cours de l’enquête conduisent progressivement vers un homme désigné par les initiales M.N.. Son nom revient de manière récurrente dans les investigations menées par les services spécialisés.
Au fil de l’instruction, les magistrats commencent à dessiner les contours d’un dispositif beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait initialement. Une cible clairement identifiée. Des repérages sur le terrain. Des déplacements coordonnés entre plusieurs villes. Des échanges réguliers entre différents protagonistes.
Autant d’éléments qui vont progressivement transformer une enquête de droit commun en une affaire suivie au plus haut niveau judiciaire.
Le 28 juillet 2025, les faits sont signalés au Parquet national antiterroriste. Dès lors, le dossier bascule dans une nouvelle phase.
Les qualifications retenues sont particulièrement lourdes. Les personnes mises en cause sont notamment poursuivies pour association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un crime d’atteinte aux personnes ainsi que pour tentative de meurtre aggravée en relation avec une entreprise terroriste.
Selon l’analyse retenue par les magistrats instructeurs, l’opération visant Hicham Aboud n’aurait pas abouti en raison d’une circonstance déterminante : l’absence de la cible à son domicile au moment où les auteurs présumés se seraient présentés sur les lieux.
Aujourd’hui, l’information judiciaire se poursuit sous l’autorité du pôle antiterroriste de Paris. Les personnes mises en examen bénéficient de la présomption d’innocence. Mais les investigations déjà menées dessinent les contours d’une affaire qui, partie d’un simple dossier criminel, s’est progressivement transformée en enquête sur un projet présumé d’assassinat visant l’une des figures les plus connues de l’opposition algérienne en exil.
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