SAMY ADAM
Flambée des prix des carburants, pression sur les réserves de sécurité, subvention étatique pour atténuer la hausse sur les consommateurs : les Marocains paient le prix d’une crise géopolitique qui se déroule à quelque cinq mille kilomètres du royaume. Radioscopie.
Le conflit entre les Etats-Unis et Israël, d’une part, et l’Iran, d’autre part, a dépassé le cap des cent jours et ne semble pas prêt à prendre fin, tant que les protagonistes s’agrippent chacun à leur position.
L’intensité des affrontements varie en fonction de l’évolution des négociationssous arbitrage pakistanais, avec un risque réel d’échange de frappes à grande échelle visant les infrastructures énergétiques en Iran comme dans les pays du Golfe, une situation qui nourrit les inquiétudes sur les marchés des produits pétroliers.
La production cumulée d’hydrocarbures (pétrole et gaz) des pays du golfe et de l’Iran représentait, avant le 28 février, 30% de la production mondiale, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Depuis lors, nombre de pays du Golfe ont réduit, en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz,leurs exportations d’hydrocarbures.
Par ce seul détroit d’Ormuz, bloqué depuis le début du conflit, transitaiten effet, d’après la même source, 20% du trafic mondial du pétrole et du gaz naturel liquéfié.
L’effet « des plumes et des fusées »
Pour les Marocains, cette crise géopolitique, qui souffle le chaud et le froid sur l’économie mondiale, s’est déjà traduite par une hausse de 12 à 13% du prix du diesel et de 30% de celui de l’essence.
De 10,8 Dhs le litre de diesel et 12,5 Dhs le litre d’essence avant la guerre, les prix à la pompe, fixés par les distributeurs le 1er et le 16 de chaque mois, affichent actuellement 13,97 Dhs et 14,9Dhs.
Il va sans dire que toute hausse des prix des hydrocarbures se répercute automatiquement sur le coût du transport, et par effet d’entraînement, sur le coût de la vie.
D’après les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP), l’indice des prix à la consommation a grimpé de 1,7 % au mois d’avril, en hausse de 0,4% en un seul mois. Cette progression était déjà de 1,2% au mois de mars.
Même si la crise du détroit d’Ormuz devait prendre fin aujourd’hui, il faudrait plusieurs semaines pour que l’effet sur les prix à la pompe se fasse ressentir.
Comme le savent maintenant tous les Marocains, la hausse des cours du pétrole sur les marchés internationaux est répercutée plus rapidement que la baisse.
Les économistes appellent ce phénomène, par euphémisme,l’effet « des plumes et des fusées ».
Les contribuables à la rescousse
Soucieux de ne pas voir les prix des carburants s’envoler au-delà de 18 Dhs le litre, voire 20 Dhs, les pouvoirs publics subventionnent à hauteur de 3 milliards de Dhs par mois le secteur de l’énergie et des transports, selon le ministre du budget Faouzi Lakjaa.
Pour que les coûts du transport n’explosent pas, 650 millions de Dhs de fonds publics sont ainsi absorbés, outre les 600 millions de Dhspour que la bouteille de gaz butane reste abordable et les 300 millions de Dhs pour éviter une surtension des factures d’électricité.
Inutile de souligner que ces aides publiques sont l’argent des contribuables. Les Marocains le savent, tout comme ils n’ignorent pasqu’une hausse de l’inflation moins forte ne veut nullement dire une baisse des prix, seulement que le renchérissement a décéléré.
Une crise géopolitique qui se déroule à des milliers de kilomètres du royaume est, de toute évidence, une situation difficile à gérer. Cela n’enlève rien au fait que ce conflit Etats-Unis/Israël vs l’Iran a mis en évidence le peu de cas que les distributeurs font des mesures de prudence.
Au lieu des 60 jours prévus dans les cahiers de charge, les réserves de sécurité variententre48 et 53 jours de diesel, 43 et 55 jours pour l’essence et 38 et 40 jours pour le gaz butane.
Il n’y a pas de risque de rupture des stocks (1,57 millions de tonnes) à court terme, mais les pouvoirs publics se sont toutefois engagés à apporter leur soutien aux opérateurs du secteur afin d’augmenter les capacités de stockage de 550.000 tonnes, soit 13 jours de consommation additionnels.
Quelqu’un peut-il demander aux mollahs, rabbins et autres néoconservateurs américains : « pourquoi devons-nous supporter le fardeau de votre guerre ? »
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