NAJIBA JALAL/
La victoire du Maroc face au Canada n’a pas seulement marqué une étape sportive importante. Elle a aussi rappelé, par la force symbolique du football, que les relations entre les États ne se jouent plus uniquement dans les enceintes diplomatiques classiques. Elles se prolongent désormais sur d’autres terrains : économiques, sécuritaires, numériques et judiciaires.
Le Canada, pays hôte de la Coupe du monde 2026 avec les États-Unis et le Mexique, vient de croiser la route du Maroc dans un moment de grande visibilité internationale. Mais au-delà du résultat sportif, une question plus profonde mérite d’être posée avec sérénité : Ottawa mesure-t-il pleinement les attentes suscitées par certaines activités numériques menées depuis son territoire et visant le Maroc, ses citoyens, ses responsables et ses institutions ?
Depuis plusieurs années, des acteurs installés au Canada utilisent les réseaux sociaux pour mener des campagnes répétées de dénigrement, de harcèlement, d’intimidation ou de chantage numérique. Lorsqu’elles relèvent de la liberté d’opinion, ces prises de parole appartiennent au débat démocratique. Mais lorsqu’elles basculent dans la diffamation organisée, l’atteinte à la vie privée, l’extorsion ou la menace, elles changent de nature. Elles deviennent un sujet de droit, de sécurité et de coopération internationale.
Le Maroc n’attend pas du Canada qu’il limite la liberté d’expression. Il attend que cette liberté ne serve pas de paravent à des pratiques susceptibles de relever de la cybercriminalité organisée.
Dans un monde où les frontières numériques sont devenues poreuses, aucun État démocratique ne peut accepter que son territoire soit perçu comme une base arrière pour des opérations de nuisance visant un pays partenaire. La crédibilité d’un État de droit se mesure aussi à sa capacité à distinguer l’activisme légitime de l’abus numérique, la critique politique de l’entreprise de destruction, l’opinion de l’intimidation.
Le Maroc, de son côté, a renforcé ses capacités institutionnelles en matière de lutte contre la cybercriminalité, de coopération sécuritaire et de protection de la souveraineté numérique. Cette évolution s’inscrit dans une logique claire : défendre l’espace public, protéger les citoyens et préserver les institutions sans renoncer aux principes de droit.
C’est dans cet esprit qu’une coopération plus ferme, plus lisible et plus opérationnelle entre Rabat et Ottawa serait aujourd’hui attendue. Non dans une logique de tension, mais dans une logique de responsabilité partagée.
Le football a offert au Maroc une victoire nette. La diplomatie numérique, elle, impose un autre calendrier : celui de la confiance, de la justice et de la responsabilité.
Car au XXIe siècle, les relations entre États ne se jugent plus seulement à la qualité des discours officiels. Elles se mesurent aussi à la capacité de chacun à empêcher que le numérique ne devienne un refuge pour l’impunité.
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