1-Il fallait bien qu’un match du Maroc finisse par donner des sueurs froides à Ignacio Cembrero et son compagnon de fortune Fransico Carriòn… Non pas à cause d’un but, d’un exploit ou d’une prestation de haut niveau…non ! Ce qui a retenu l’attention de la rédaction, c’est… et baaah un supporter. Oui, un simple supporter. Et encore, pas n’importe lequel : un homme coiffé d’un tarbouche, vêtu d’une Darâa traditionnelle de sa Nation et arborant une carte du Maroc. Rien de plus normal d’après ma Ayacha-community, mais pour El Independiente ( journal marocophobe notoire), c’est l’image de trop ! Cela a même déclenché en l’apprentie journaliste Lucia Serrano, le besoin de briser la page blanche… Mais hélas sans surprise, tant de mal pour nous pondre un PQ de mauvaise qualité…
2-Pendant que les amateurs de football comptaient les passes et les occasions, El Independiente comptait les symboles. Un fez et une tunique sahraoui? À analyser. Une carte ? À disséquer. Un geste dans les tribunes ? À replacer dans une fresque géopolitique couvrant le Sahara marocain, Sebta, Melilia, les relations hispano-marocaines et, tant qu’on y est, le Mondial 2030. On se demande presque comment le journal a résisté à la tentation d’y ajouter la Reconquista et le traité de Tordesillas…
3-Chez Cembrero et ses disciples, le football ressemble de moins en moins à un sport et de plus en plus à une discipline annexe des relations internationales. Le ballon circule, mais leur regard, lui, reste obstinément fixé sur les tribunes, à la recherche du moindre indice pouvant confirmer une théorie déjà prête à être publiée !
4-Le plus fascinant n’est pas qu’une rédaction s’intéresse aux symboles. C’est qu’il semble persuadée que les supporters marocains se rendent au stade avec un plan de communication élaboré dans quelque mystérieuse cellule diplomatique. À lire le torchon de doña Lucia Pilar Serrano Redondo, on imagine presque le briefing d’avant-match : « Toi, tu prends le tambour. Toi, le drapeau. Et toi, surtout, n’oublie pas la gandoura et le tarbouche, c’est l’élément clé de notre soft power. »
5-Il faut reconnaître une qualité à El Independiente : sa remarquable capacité à transformer une scène banale en thriller géopolitique. D’autres voient un supporter qui célèbre son équipe. Le journal, lui, voit un message codé, une déclaration implicite et une démonstration de force symbolique. Avec un tel sens de l’interprétation, même une ola pourrait finir classée comme un acte de diplomatie parallèle.
6-Et puis vient ce moment savoureux où l’on quitte les tribunes pour embarquer dans un voyage express : Sebta, Melilia, le Sahara marocain, le stade Hassan II, la finale du Mondial 2030… Tout y passe. Le lecteur était venu pour un match de football ; il repart avec un séminaire accéléré gratis sur les contentieux hispano-marocains que la rédac s’imagine. Le pire, c’est que pour le journal et son auteure, le pseudo-article est d’une cohérence jusque-là inégalée !
7-Ce qui frappe surtout, c’est cette étrange obsession qui consiste à voir le Maroc partout, même lorsqu’il s’agit simplement… du Maroc. Un supporter marocain porte des habits traditionnels marocains ? Conclusion : il y a forcément une arrière-pensée. Comme si l’identité nationale devenait suspecte dès lors qu’elle s’affiche en rouge et vert.
8-À force de chercher un sous-texte dans chaque image venue des tribunes, El Independiente finit par écrire davantage sur ses propres inquiétudes que sur le comportement des supporters. Car enfin, qui politise vraiment cette séquence ? L’homme qui encourage son équipe ou celle qui consacre plusieurs centaines de mots à lui prêter une intention diplomatique ?
9-Au fond, cette histoire raconte peut-être moins le Mondial que le regard de certains commentateurs espagnols sur le Maroc. Un regard qui semble prisonnier des mêmes réflexes, où le moindre symbole devient un sujet d’inquiétude et où une simple derâa mérite davantage d’attention qu’une belle action sur le terrain.
10-Rassurons toutefois I.Cembrero, F. Carrión, L. Serrano et les autres… Aux dernières nouvelles, le fez et la derâa n’ont toujours pas été inscrits sur la liste des équipements interdits par la FIFA. Quant aux supporters marocains, ils continueront probablement à faire ce que font tous les supporters du monde : chanter, célébrer et porter les couleurs de leur pays. Libre ensuite à certains éditorialistes d’y voir un complot. Après tout, chacun vit son Mondial à sa manière !
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