Attaques iraniennes contre des navires traversant le détroit d’Ormuz le long de la côte omanaise, frappes américaines en Iran, réplique des Iraniens contre des cibles américaines dans des pays du Golfe et en Jordanie : la guerre au Moyen-Orient reprend de plus belle. Les cours du pétrole ont aussitôt réagi à la hausse.
La fin de la trêve entre les États-Unis et l’Iran a été signifiée avec des propos cinglants par le président américain Donald Trump, lors du sommet de l’OTAN le 8 juillet à Ankara (Turquie).
Elle fait suite aux attaques iraniennes contre trois navires qui tentaient de traverser le 6 juillet le détroit d’Ormuz en longeant la côte omanaise, ce que Téhéran a considéré comme une remise en cause de l’article 5 du protocole d’accord conclu avec Washington le 17 juin.
Pour rappel, cet article stipule que l’Iran devait tout mettre en œuvre « pour assurer le passage gratuit et sécurisé des navires de commerce, pendant 60 jours seulement, entre le golfe Persique et la mer d’Oman ».
Il est dit dans le même article, dont le Centre arabe de Washington DC a publié le texte intégral, que « la République islamique d’Iran engagera un dialogue avec le Sultanat d’Oman afin de définir la future administration et les services maritimes dans le détroit d’Ormuz, en concertation avec les autres États riverains du golfe Persique ».
Le centre de gravité Ormuz
La différence d’interprétation des clauses dudit article 5 du mémorandum d’accord entre Téhéran et Washington est déterminante pour l’issue du conflit et ses conséquences géopolitiques au Moyen-Orient.
Le régime iranien s’attache à percevoir des droits de passage dans le détroit d’Ormuz auprès des navires marchands pour financer sa reconstruction d’après-guerre et conforter de la sorte son hégémonie sur la région, plutôt que de dépendre des promesses américaines de dégel des avoirs iraniens détenus dans des banques étrangères.
Le contrôle du détroit d’Ormuz est la véritable bombe atomique dont dispose déjà l’Iran, avec laquelle il tient en otage l’ensemble de l’économie mondiale, et n’est donc pas prêt à y renoncer.
Afin d’éviter de parler ouvertement de péage, les autorités iraniennes indiquent, dans un langage plus diplomatique, qu’il s’agit de « frais de service » pour la sécurisation du transit à travers le détroit, et invoquent d’autres prétextes environnementaux.
L’administration Trump, pour sa part, se voit mal laisser l’Iran s’assurer une telle source de financement – quelque 40 milliards de dollars par an selon un article The Wall Street Journal publié le 25 juin– ce qui reviendrait à reconnaître son échec dans cette guerre, et ce à quatre mois des élections de mi-mandat.
La menace pèse sur Trump
Les frappes aériennes américaines ont repris depuis le 7 juillet contre l’Iran, visant plus de 90 installations militaires et portuaires. Une cible située à proximité de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr a également été bombardée, ce qui constitue une dangereuse escalade.
Les funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei, mort lors d’une frappe aérienne américano-israélienne le 28 février, qui ont attiré des millions de partisans, n’ont pas été non plus sans effet sur la détermination du président Trump à frapper durement l’Iran.
Il y avait non seulement de la consternation – ces images contredisant de manière flagrante les rapports de renseignement d’avant-guerre sur la fragilité du régime des mollahs et son rejet par la population – mais aussi une crainte certaine.
Les participants aux funérailles ont brandi des pancartes affichant en anglais « Kill Trump » (« Tuez Trump »), après que le fils d’Ali Khamenei et nouveau guide suprême iranien, Mojtaba, a appelé à châtier les assassins de son père. Un journal iranien, Hamshahri, a même publié le 30 juin une photo de Trump dans le collimateur d’un fusil de précision, avec pour légende : « La vengeance est certaine. »
Les services de renseignement américains, qui ont déclenché les alertes de sécurité, estiment la menace réelle et hautement prioritaire.
Les marchés pétroliers de nouveau en ébullition
Le gouvernement israélien, qui n’a pas du tout apprécié l’accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran et a tout fait pour le saboter au Liban, s’est empressé d’annoncer sa disponibilité à reprendre également ses frappes contre l’Iran.
« L’armée israélienne est prête à attaquer l’Iran une troisième fois si nécessaire, et plus durement encore », a déclaré le 9 juillet Israël Katz, le ministre israélien de la défense.
Dès la reprise des affrontements entre les États-Unis et l’Iran, les cours du pétrole ont connu une montée en flèche de plus de 5 %, le prix du baril de Brent passant à nouveau la barre des 80 dollars.
Il s’agit de la conjonction de deux facteurs. D’abord, la chute constatée, en une semaine, de 90 % du transit des pétroliers à travers le détroit d’Ormuz, d’après le site de suivi du trafic maritime mondial, MarineTraffic
Ensuite, la réactivation des sanctions américaines contre les ventes iraniennes de brut, qui bénéficiaient d’une autorisation de 60 jours.
D’autre part, les quelques semaines qu’a duré la trêve n’ont pas été suffisantes pour reconstituer de manière significative les stocks mondiaux de pétrole.
Selon le Fonds monétaire international, l’inflation devrait, du fait de ce choc énergétique, augmenter de 4,7 % à l’échelle mondiale. Des milliards de personnes à travers la planète, sans le moindre lien avec la guerre entre les États-Unis et l’Iran, devront quand même en subir les conséquences.
Comme le dit le proverbe africain : quand les éléphants se battent, ce sont les herbes qui souffrent.
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