Amal filali/
Alors que plusieurs milliers de migrants ont tenté de rejoindre Sebta (Ceuta) ces derniers jours, le gouvernement espagnol a adopté une position sans ambiguïté : le Maroc n’est pas à l’origine de cette pression migratoire. Au contraire, Madrid salue publiquement la coopération des autorités marocaines et attribue cette nouvelle vague à l’action des réseaux de passeurs, aggravée par les conséquences d’une récente décision de la justice espagnole.
Le communiqué publié ce 30 juillet par le ministère espagnol de l’Intérieur marque une rupture nette avec les interprétations qui cherchent à politiser cette crise. Le département dirigé par Fernando Grande-Marlaska évoque une « coopération exemplaire » entre l’Espagne et le Maroc dans tous les domaines, notamment en matière de gestion migratoire, et remercie explicitement les autorités marocaines pour les efforts déployés ces derniers jours afin de contenir les départs clandestins. (El País)
Selon Madrid, les forces de sécurité marocaines ont empêché des milliers de tentatives de migration irrégulière, démontrant une nouvelle fois le rôle central du Royaume dans la sécurisation de la frontière sud de l’Europe. Cette reconnaissance officielle intervient dans un contexte particulièrement sensible où certains observateurs tentaient déjà d’établir un parallèle avec la crise de 2021.
Les passeurs exploitent une décision de justice
L’élément le plus significatif du communiqué réside toutefois dans l’identification de la cause principale de cette poussée migratoire.
Le ministère espagnol estime que les réseaux de trafic d’êtres humains instrumentalisent une récente décision du Tribunal suprême espagnol afin d’encourager les candidats à l’émigration clandestine à tenter leur chance vers Sebta.
Début juillet, le Tribunal suprême a en effet considéré que les « refoulements à chaud » ne pouvaient plus être appliqués aux migrants interceptés en mer alors qu’ils tentaient de rejoindre Ceuta ou Melilla à la nage. Selon cette jurisprudence, ces personnes doivent désormais bénéficier de la procédure ordinaire de retour, avec les garanties prévues par la loi, et non d’un rejet immédiat à la frontière. (EFE Noticias)
Pour les autorités espagnoles, cette évolution juridique est aujourd’hui exploitée par les filières criminelles qui diffusent l’idée qu’il serait désormais plus facile d’entrer sur le territoire espagnol.
El Mundo confirme le changement de narration
Le quotidien espagnol El Mundo, pourtant réputé pour sa ligne éditoriale critique à l’égard du gouvernement, souligne lui aussi que Madriddisculpe le Marocde cette situation.
Le journal relève que le ministère de l’Intérieur met en avant la coopération bilatérale avec Rabatet désigne les réseaux de passeurs, ainsi que les conséquences de l’arrêt du Tribunal suprême, comme principaux facteurs expliquant l’afflux actuel.Le quotidien révèle également que Fernando Grande-Marlaska est resté en contact permanent avec son homologue marocain, Abdelouafi Laftit, tandis que le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez s’est entretenu avec le président de la ville autonome de Sebtaafin de suivre l’évolution de la situation. (El País)
Une coordination renforcée entre Rabat et Madrid
Au-delà des déclarations, les deux gouvernements ont convenu de renforcer leur coordination opérationnelle.
L’objectif est double : poursuivre les actions de prévention contre les départs clandestins et accélérer le retour des personnes ayant pénétré illégalement sur le territoire de Sebta, conformément aux mécanismes de coopération existants.Cette séquence confirme que, malgré la pression migratoire actuelle, la relation maroco-espagnoledemeure fondée sur une logique de partenariat stratégique plutôt que de confrontation.
Une reconnaissance politique importante
Cette prise de position revêt une portée politique particulière.
Elle intervient à un moment où certains discours tentaient d’imputer au Marocune responsabilité dans cette crise migratoire. Or, c’est précisément le gouvernement espagnol qui affirme publiquement que Rabatagit comme un partenaire essentiel dans la lutte contre l’immigration irrégulière.En désignant les réseaux criminels comme principaux bénéficiaires de la nouvelle jurisprudence du Tribunalsuprême, Madridrecentre le débat sur les véritables défis : la lutte contre les filières de trafic d’êtres humains, l’adaptation du cadre juridique espagnol et le maintien d’une coopération étroite avec le Maroc pour préserver la sécurité de la frontière extérieure de l’Union européenne.
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