M.BAKKALI/
Trente-huit noms, autant de portefeuilles ministériels, une même mission inachevée : redresser l’école publique marocaine.
Sept décennies après l’indépendance, proclamée le 2 mars 1956, ce chiffre, qui circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, résume à lui seul le sentiment d’un chantier qui n’en finit pas. Chaque nouveau titulaire du portefeuille a porté sa vision, sa feuille de route, son vocabulaire de rupture, sans que le niveau scolaire, lui, ne parvienne à s’en trouver durablement transformé. Un constat que les évaluations internationales viennent aujourd’hui confirmer, chiffres à l’appui.
Un recul documenté par les chiffres
Lors de l’édition 2022 du Programme PISA (OCDE), le Maroc s’est classé 71ᵉ sur 81 pays en mathématiques, 79ᵉ en compréhension de l’écrit et 76ᵉ en culture scientifique, un recul de neuf rangs dans les deux derniers domaines par rapport à l’édition précédente. Seuls 18 % des élèves marocains ont atteint le niveau minimal en mathématiques, contre 69 % en moyenne dans les pays de l’OCDE.
L’enquête TIMSS 2023 dresse un constat tout aussi préoccupant au collège : le score moyen en sciences a chuté de 395 à 327 points en quatre ans (-68 points), celui en mathématiques a reculé de 10 points. Le primaire, à l’inverse, affiche une légère amélioration (+9 à +15 points selon les matières), jugée toutefois insuffisante pour rattraper le niveau international.
Selon la Banque mondiale, un élève marocain perdrait en moyenne 4,4 années d’apprentissage effectif sur l’ensemble de sa scolarité. Le décrochage scolaire touche par ailleurs près de 276 000 élèves chaque année.
L’arabisation, un tournant toujours débattu
Ce recul est régulièrement mis en relation avec la politique d’arabisation de l’enseignement, amorcée dès 1977 sous Azzedine Laraki, alors ministre de l’Éducation nationale, et généralisée progressivement au cours des années 1980. Dès 1994, Hassan II, que Dieu l’ai en sa sainte miséricorde, exprimait déjà publiquement son inquiétude face aux insuffisances de l’enseignement arabisé.
Une contradiction qui interroge
Ce diagnostic sévère se heurte pourtant à une réalité tangible : plusieurs générations de médecins, d’ingénieurs et de cadres formés exclusivement dans les écoles et universités publiques marocaines ont construit, et continuent de construire, des carrières solides. Tous n’ont pas eu accès à la Mission française ou à des universités étrangères. Cette réalité ne contredit pas le diagnostic officiel, les deux constats coexistent, mais elle invite à nuancer un discours parfois trop uniforme sur l’état du système éducatif national.
Reste une question de fond : au-delà des 38 ministres qui se sont succédé, qu’est-ce qui continue structurellement de faire obstacle à un redressement durable du niveau scolaire au Maroc ?
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