Par : Najiba Jalal
L’intelligence artificielle n’est plus un outil du futur. Elle est déjà là, bouleversant la manière dont l’information circule et s’invite dans les campagnes électorales. Ciblage automatisé des électeurs, contenus fabriqués par des algorithmes, deepfakes… Au Maroc, le défi est immense : comment protéger le vote et la confiance des citoyens face à cette révolution numérique
Europe : l’IA sous haute surveillance
De l’autre côté de la Méditerranée, l’Europe prend le taureau par les cornes. Le futur règlement sur l’IA classe les systèmes selon leur niveau de risque et impose des obligations strictes pour ceux qui peuvent influencer des décisions politiques. Transparence, traçabilité, protection des données personnelles : tout est pensé pour que l’électeur sache quand il est confronté à un contenu généré par une machine
États-Unis : la liberté avec prudence
Aux États-Unis, la régulation reste plus souple, presque expérimentale. Les campagnes doivent déclarer l’origine de leurs publicités politiques, mais les deepfakes et autres manipulations numériques ne sont sanctionnés qu’après coup. Une véritable course entre innovation et législation, où les algorithmes ont souvent une longueur d’avance
France et Royaume-Uni : informer sans tromper
En France et au Royaume-Uni, la règle est simple : la transparence prime. Financement des campagnes et contenus numériques doivent être déclarés. Toute manipulation destinée à tromper l’électeur peut entraîner des sanctions. L’IA doit servir à informer, pas à duper
Maroc : le vide légal qui inquiète
Au Maroc, le constat est clair : aucune loi spécifique n’encadre l’usage de l’IA dans les campagnes électorales. La loi régule le financement et la publicité, mais le ciblage algorithmique et les contenus générés automatiquement restent hors contrôle. Les risques sont réels : désinformation, manipulation de l’opinion et perte de confiance des électeurs
Prévenir avant qu’il ne soit trop tard
Il est urgent d’agir. Plusieurs pistes se dessinent :
Transparence absolue : tout contenu généré ou amplifié par l’IA doit être signalé
Protection des données : encadrer strictement l’usage des informations personnelles des électeurs
Interdiction des manipulations trompeuses : deepfakes et contenus mensongers doivent être sanctionnés
Responsabilité claire : le parti ou le candidat est juridiquement responsable du contenu diffusé
Sensibilisation : former acteurs politiques et citoyens à l’usage et aux limites de l’IA
Alors que les prochaines élections approchent, le Maroc doit choisir : laisser les algorithmes dicter le vote ou encadrer l’IA pour que la technologie serve la démocratie et renforce la confiance des citoyens. La décision sera un test majeur pour la maturité numérique du pays

