Organisée par l’Association des Ḥaḍdarates Souiriyates, la dixième édition du Festival de la Ḥaḍra féminine et de la musique de transe s’est distinguée par la richesse de sa programmation, la qualité de son organisation et une forte affluence du public.
La diversité du programme artistique a mis en lumière la richesse des expressions régionales de la ḥaḍra féminine, entre variations rythmiques, gestuelles et symboliques.
Au-delà des performances artistiques, le festival a renforcé sa dimension intellectuelle à travers une table ronde organisée à Bayt Dakira, consacrée aux enjeux spirituels, culturels et esthétiques de la présence féminine dans les pratiques soufies. Elle a été marquée par les interventions de Noureddine Danyaji autour de « La femme dans l’expérience soufie » et de Brahim El Haissen sur « La ḥaḍra féminine dans la culture hassanie : la danse de la Guedra comme modèle », avec une introduction du critique et artiste Chafik Ezzouguari.
Mysticité et plasticité, tel un couple qui se rejoint
Moment central de cette édition, la présentation et la signature de l’ouvrage Mysticité et Plasticité de la poétesse et artiste plasticienne LoubabaLaalej, accompagnées d’une lecture en langue arabe par le traducteur et critique Abdellah Cheikh, ont offert au public un instant de forte densité symbolique. La rencontre s’est déroulée en présence de mélomanes, de chercheurs et d’amateurs de culture soufie venus de différentes régions du Maroc et de l’étranger. Le dialogue instauré entre poésie, arts plastiques et expérience soufie a profondément résonné auprès de l’auditoire, confirmant la vitalité des croisements entre création contemporaine et spiritualité.
Cette présentation lyrique et polyphonique a constitué un moment culturel et intellectuel d’une intensité singulière, marqué par une forte présence du sensible et par une réception attentive du public.
Dans les passages de son recueil évoqués au cours de la rencontre, LoubabaLaalej a affirmé que la poésie procédait d’un mouvement intérieur profond, proche de l’expérience spirituelle, où le langage cesse d’être un simple outil d’expression pour devenir un espace de révélation. Elle y concevait l’écriture comme un acte de traversée, dans lequel le poème ne décrit pas le mystère, mais s’en approche par le souffle, l’image et le silence.
Cette conception, longuement développée dans le recueil, a été relevée par les préfaciers Noureddine Danyaji et Mohamed Alout, chercheurs éminents, comme l’un des fondements majeurs de Mysticité et Plasticité, qu’ils ont présenté comme une œuvre située à la frontière du poétique et du méditatif.
Les textes de préface, tels qu’ils ont été évoqués lors de la présentation, insistent sur le fait que l’auteure ne propose pas une poésie de l’illustration mystique, mais une écriture de l’expérience. Selon les préfaciers, la poéticité chez LoubabaLaalej réside précisément dans cette capacité à faire du poème un lieu d’écoute intérieure, où l’émotion ne se livre jamais de manière spectaculaire, mais se construit dans la retenue, la densité du verbe et l’économie du langage. Ils soulignent également que le recueil engage une réflexion implicite sur la condition humaine, le rapport au temps et la quête de l’absolu :
« Cet opus est unique en tant que première thèse esthétique fondamentale sur la relation entre la mysticité et la plasticité. C’est un ouvrage de référence et une valeur ajoutée qualitative dans la publication artistique et esthétique. Plus important, l’ouvrage de LoubabaLaalej sert de référence incontournable dans les recherches sur l’imaginaire créatif. Il comporte une cartographie intense des formes de lecture de la structuration mystique symbolique du signe plastique. Cette introduction ne pourrait en aucun cas la cerner dans l’ensemble. Mais le lecteur s’enrichira de cet ouvrage en possédant une conscience esthétique des formes de fonctionnement de notre imaginaire visuel arabo-islamique à travers le miroir de l’âme et sa dimension esthétique afférente aux voyages nocturnes qui unissent cet imaginaire à celui qui est humain et universel », a souligné le critique littéraire Mohamed Alout.
De son côté, NoureddineDanyaji a indiqué dans sa préface : « Nous sommes devant une représentation spirituelle quine se contente pas de la prononciation, de la révélationmystique et les indications spirituelles mais qui l’atranscendée en une représentation philosophiquerarissime au sein du temple de la plasticité; ceci dit quel’auteure LoubabaLaalej estime que « la mysticitécomme la plasticité de l’artiste s’ouvrent sur le plusgrand que soi ». Nous trouvons ainsi des textes créatifsen présence du mysticisme et de la plasticité quidépassent les domaines de la fatigue ou le mutismemystique et ses danses imaginaires. Ici, l’artiste peintrecréatrice, poussée par le vent de sa passion éternelle,se penche sur la reformation de l’univers découvert etimaginé dans plusieurs stations et expériencesmystiques universelles qui ignorent la géographie,l’appartenance et le temps, parce que « l’expériencemystique n’a pas de religion et n’appartient àpersonne !», comme le souligne l’auteure ».
Le moment le plus marquant de cette rencontre a été, sans conteste, la lecture poétique assurée par LoubabaLaalej elle-même. En lisant plusieurs passages de son recueil en langue française (Le pur et le simple, Un appel intérieur profond, Dans l’union divine, L’amour de l’aimé, Émerveillement illuminé, Deux vécus différents dans une même conscience, Plasticité et la mysticité convergentes, Mysticité plasticité tel un couple qui se rejoint, Femmes derviches, Rabéa el Adawia, Lalla Fatima-Zahraa, Reine des Kotbs…), l’auteure a donné à entendre une voix habitée, sereine et profondément émouvante, où le rythme, l’intonation et les silences participaient pleinement du sens. Cette lecture a suscité une vive émotion au sein de l’audience, impressionnée par la justesse de l’interprétation et par la capacité de la voix à prolonger le texte au-delà de l’écrit.
Intervenant lors de cette conférence, la poétesse et plasticienne LoubabaLaalej, auteure de l’ouvrage Mysticité et Plasticité, a souligné le lien profond entre poésie et mysticisme. Elle a approfondi l’essence de cette relation, soutenant que le mysticisme trouve son expression la plus pure dans la poésie, notamment à travers l’usage de métaphores et de symboles empreints de spiritualité. Pour elle, le concept de l’amour divin dans la poésie mystique constitue un moyen d’atteindre un état de transcendance et de communion avec l’univers. Elle a écrit : « Mysticité et plasticité sont hors espace et hors temps dans la satisfaction totale.
Portées par un souffle nommé extase, toutes deux ont le même état de grâce qui rayonne dans l’éclat du soleil.
Dynamique fabuleuse de ces réalités si proches, elles brillent des sentiments étoilés, créateurs de Renaissance.
Emergence du plus, ce plus grand que soi qui est connaissance !
Mysticité plasticité tel un couple qui se rejoint radieux des points communs.
Silence, solitude, temps figé, contemplation et grâce.
Cette puissance de sentiment transforme, lave, bouleverse le passé dans ses péchés.
Message de lumière de l’acte créateur sans déception face à la toile.
Sans halluciner l’artiste a la certitude de son ressenti, de sa transe en forme colorée.
Ce phénomène est connu, conscientisé de l’art absorbant par celui qui le vit.
La mysticité est habitée par dieu lorsque l’artiste est habité par l’idée de créer le jamais vu !
Le mystique aime les nuits qui lui sont plus propices que les jours, dont les bruits le déconcentrent.
Si ses humeurs changent son intimité avec l’unique est une constante.
Faire de l’invisible présence la présence est son but le plus cher.
Sa solitude est jouissance qui fuie au lever du jour pour revenir la nuit toujours disposée à l’amour ! »
Bio express
Native de Fès, LoubabaLaalej est une artiste peintre et écrivaine prolifique. Membre de la Ligue des écrivaines du Maroc et du Bureau permanent de la Ligue des Écrivaines d’Afrique, elle a obtenu en 2019 un doctorat honorifique délivré par le Forum International des Beaux-arts (Fine Arts Forum International), en reconnaissance de son parcours artistique et intellectuel. Son œuvre, à la croisée de la poésie et des arts plastiques, comprend de nombreuses publications consacrées à l’expérience créative et à la relation entre art, spiritualité et imaginaire. Plusieurs ouvrages sont actuellement en cours de publication.«Émergence fantastique», «Mes univers», «Matière aux sons multiples», «Abstraction et suggestion», «Dames du monde : entre l’ombre et la lumière».Parmi ses recueils de poésies (écrits et oeuvres) :«Fragments», «Pensées vagabondes», «Mysticité et plasticité», «Melhoun et peinture», «Poésie et peinture», «Icônes de la plasticité au féminin», «Chuchotement du silence», «Musique et plasticité» (Tome I et Tome II), «Vivre avec soi», «Vivre ensemble», «Danse et plasticité» (Tome I et Tome II), «L’Amour et l’Art», «La Mort et l’Art», «La Beauté et l’art», «La Route de lumière », «Voix intérieure», «La Vérité et l’Art», «La Liberté et l’Art », «L’Imagination et l’Art», «Le Rêve et l’Art», «L’Afrique et l’Art», «La Mémoire et l’Art», «La Nature et l’Art», «La Folie et l’Art», «La Vie et l’Art», «Le Voyage et l’Art», «Le Génie et l’Art», «L’Âme et l’Art», «Le Sacré et l’Art», «L’Homme et l’Art», «Le Miroir et l’Art», «L’Avenir et l’Art», «La Société et l’Art».Livres en cours de publication (écrits et oeuvres): «Manifeste lyrique», «Conversation avec mon âme», «La Solitude et l’Art», «L’Illusion et l’Art »…
