Permettez-moi d’ouvrir cette tribune avec un constat simple mais rarement formulé avec sérénité : l’agressivité de certains Algériens envers le Maroc n’est pas un caprice politique, ni le fruit d’une hostilité spontanée ; elle est le reflet d’un héritage historique, pesant et persistant. Et oui, en tant que Marocaine, je peux dire que nous comprenons ce poids sans jamais l’accepter comme justification.
Une mémoire lourde de violences
L’Algérie moderne a été façonnée par une colonisation brutale et prolongée. Dépossessions, violences quotidiennes, destruction des structures sociales et culturelles : ces décennies ont laissé des cicatrices profondes dans l’inconscient collectif. La guerre de libération a renforcé cette empreinte, transformant la lutte en valeur centrale et l’ennemi en élément constitutif de l’identité. J’ai souvent observé comment cette mémoire continue de modeler les perceptions, et je peux l’affirmer : comprendre cela est essentiel pour analyser les relations de voisinage.
L’État-mémoire et la projection du passé
Depuis l’indépendance, l’Algérie a construit un État où la légitimité politique découle du passé plus que du présent. Dans ce contexte, le Maroc, stable, enraciné et capable d’avancer sans rompre avec son histoire, apparaît souvent comme l’Autre sur lequel se projettent frustrations et blocages internes. Je l’observe depuis des années : ce qui devrait être un voisin naturel devient un miroir inconfortable et parfois un bouc émissaire pratique.
La militarisation du politique
La centralité de l’armée dans le système politique a façonné une culture où compromis rime avec faiblesse et dialogue avec risque. Le Maroc, qui avance avec constance et vision stratégique, devient dès lors une anomalie dérangeante : un pays qui se transforme, progresse et s’affirme sans haine, sans jamais avoir besoin de l’hostilité des autres pour légitimer son action. Je peux témoigner que cette constance et cette force tranquille sont souvent incomprises par ceux qui confondent autorité et légitimité.
Comprendre sans céder
Comprendre cette agressivité n’équivaut pas à la justifier. Nous, Marocains, n’avons pas à porter le poids des traumatismes algériens. Mais comprendre nous permet de répondre avec intelligence, fermeté et dignité. Là où certains s’enferment dans le passé, nous investissons dans l’avenir. Là où l’hostilité devient doctrine, nous opposons légitimité et constance.
Force tranquille et souveraine
En tant que Marocaine, je sais que nous ne sommes ni naïfs ni amnésiques. Nous savons que les peuples ne sont pas responsables des enfermements historiques de leurs voisins. Mais nous savons aussi que la patience stratégique n’est jamais soumission. Oui, nous comprenons la genèse de cette colère. Non, nous n’en sommes pas la cause. Et surtout, nous ne laisserons jamais l’histoire des autres peser sur notre avenir.
Le Maroc avance avec calme, avec dignité et avec la certitude que la souveraineté se mesure dans l’équilibre, la légitimité et la constance, et non dans la rancune.

