L’article de l’hebdomadaire français Le Point, qui affirme que des magasins appartenant à des migrants d’Afrique subsaharienne au Maroc ont été victimes d’attaques et d’incendies criminels à l’occasion de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, ne constitue pas simplement une erreur éditoriale passagère. Il remet en lumière un mode de fonctionnement médiatique familier, basé sur la construction de récits préétablis chaque fois que le Maroc émerge comme un acteur organisé et capable d’accueillir d’importantes manifestations continentales.
Les données disponibles sur le plan sécuritaire confirment, sans ambiguïté, qu’aucun incident de ce type n’a été enregistré sur l’ensemble du territoire national, ni durant les compétitions ni après. Ces informations reposent sur une surveillance de terrain et un suivi quotidien de la situation générale, et contredisent totalement le récit véhiculé sans vérification ni enquête préalable.
Cela ne concerne pas uniquement la véracité d’une information, mais aussi la manière dont certaines plateformes produisent des narrations spécifiques, mobilisant des thèmes de violence, de racisme et de chaos, et les appliquent mécaniquement à des pays particuliers. À un moment où le débat aurait dû porter sur la capacité d’organisation, l’efficacité de la sécurité et la bonne gestion d’un événement continental complexe, on a glissé vers des récits sensationnels chargés d’une symbolique négative, sans aucun fondement réel.
Durant la période de la Coupe d’Afrique, de nombreuses informations mensongères ont circulé sur les plateformes numériques concernant des agressions présumées, traitées alors par des corrections et des démentis. Toutefois, la gravité de ce que certaines presses étrangères ont diffusé réside dans le fait de donner à ces fausses informations une couverture médiatique qui suggère une crédibilité, malgré l’absence de tout élément documenté ou de contact avec les autorités compétentes.
Dans ce contexte, un questionnement fondamental se pose : comment un média qui se prétend professionnel peut-il publier des accusations atteignant la sécurité publique et l’image d’un pays entier sans se référer aux sources officielles disponibles ? La réponse s’inscrit dans une logique plus vaste, où certains pays deviennent une matière narrative préfabriquée, plutôt qu’un sujet d’enquête journalistique équilibrée.
La sécurité, dans ce type de combats, n’est plus simplement une fonction de terrain, mais un élément central dans la lutte pour l’image et les représentations. Lorsqu’un pays réussit à sécuriser un événement d’une envergure telle que la Coupe d’Afrique, sans grandes dérives, ce succès même devient sujet à suspicion, à travers la création de récits alternatifs qui cherchent des failles imaginaires.
Ce qui s’est passé remet en question la nécessité de passer d’une logique de réaction à la construction d’un discours narratif proactif, capable de contrer la désinformation par les faits, et de dévoiler les mécanismes d’un travail médiatique biaisé. La guerre des récits ne se mène pas dans le silence, ni par de simples démentis, mais en imposant les faits dans l’espace public international.
En fin de compte, il ne s’agit pas de défendre une image idéale ou de nier des problèmes existants, mais de refuser de transformer le Maroc en sujet d’attaque médiatique chaque fois que les faits contredisent des récits préconçus. Entre un récit qui cherche le sensationnalisme et une réalité de terrain inébranlable, le défi réside dans un journalisme responsable, et un éveil collectif, car la bataille aujourd’hui est autant une bataille de récits qu’une bataille d’accomplissements.

