La décision de la Cour constitutionnelle a agi comme un révélateur sans équivoque. Elle n’a pas seulement réaffirmé la primauté des principes de légalité et de constitutionnalité, elle a surtout mis en lumière une dérive politique préoccupante consistant à instrumentaliser le cadre juridique de la presse à des fins de calculs conjoncturels, au mépris de la stabilité institutionnelle et de l’intérêt général.
En saluant cette décision, l’Association nationale des médias et des éditeurs ne se contente pas d’un positionnement juridique. Elle acte une réalité politique. Certains acteurs ont fait le choix délibéré de prendre en otage un secteur stratégique, celui de la presse, pour régler des équations politiques qui lui sont étrangères. La saisine sélective de la Cour constitutionnelle, limitée au seul texte régissant le Conseil national de la presse, relève moins d’un souci de conformité constitutionnelle que d’une manœuvre assumée de blocage.
Ce choix n’est ni neutre ni anodin. Il traduit une volonté claire de suspendre le fonctionnement normal de l’autorégulation, de figer le temps professionnel du secteur et d’imposer, par l’incertitude juridique, une pression permanente sur les journalistes et les entreprises médiatiques. Il s’agit d’un usage politique du droit dont la finalité n’est pas la réforme mais le contrôle indirect.
Les conséquences de cette stratégie sont désormais établies. La paralysie du Conseil national de la presse a entraîné l’arrêt injustifié de la délivrance des cartes professionnelles et des titres de transport, la précarisation administrative et financière de salariés privés de leurs salaires pendant plusieurs mois, ainsi que le blocage total des négociations collectives destinées à améliorer les conditions sociales dans un secteur déjà fragilisé économiquement.
Face à cette accumulation de dysfonctionnements, le silence aurait constitué une faute grave. L’Association, en tant que cadre le plus représentatif du secteur et dépositaire d’une responsabilité collective, a donc pris une décision politique au sens le plus élevé du terme, celle de ne plus subir. L’annonce de la convocation d’une réunion générale de ses membres s’inscrit dans une démarche assumée de défense active de l’indépendance de la presse.
Il faut le dire clairement. La presse n’est pas un espace neutre où peuvent s’exercer sans conséquences des stratégies de pression institutionnelle. La fragiliser revient à affaiblir un pilier de l’équilibre constitutionnel. La désorganiser porte atteinte au droit du citoyen à une information libre, professionnelle et responsable. L’instrumentaliser constitue une ligne rouge que l’Association refuse désormais de voir franchie.
La démarche engagée vise à rétablir des frontières nettes entre le champ politique et le champ médiatique. Au politique revient la décision publique dans le respect strict de la Constitution. À la presse reviennent l’autonomie, l’autorégulation et le respect de son temps professionnel, à l’abri des manœuvres tactiques et des agendas dissimulés.
Le message est désormais explicite et assumé. La presse n’est ni une variable d’ajustement ni une carte de négociation. Elle n’est pas un terrain d’expérimentation pour stratégies politiciennes. Ceux qui persistent à la traiter comme telle devront assumer pleinement leur responsabilité devant l’opinion publique et devant l’Histoire.

