Révélation de l’énergie poétique de la mémoire comme outil de réinterprétation dans « La tablette de la mémoire » du poète Mbaraki

Révélation de l’énergie poétique de la mémoire comme outil de réinterprétation dans « La tablette de la mémoire » du poète Mbaraki

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Le recueil « Le Tableau de la Mémoire » du poète Mohamed Lembarki se présente comme une œuvre évoluant à la croisée de l’autobiographie et de la poésie, sans céder à l’une ou l’autre. Dès les premières pages, le poète déclare qu’il ne cherche pas à écrire une biographie achevée ni une métaphysique de la poésie pure, mais plutôt à tenter de fixer l’ombre, d’enregistrer l’éphémère et de noter l’écho du silence, comme il le précise dans l’introduction : « Ces pages ne renvoient ni à un requiem des fins, ni à un hommage aux commencements… Ce sont des tentatives de fixer l’ombre, d’enregistrer le passage de l’éphémère, de noter l’écho du silence. »

Cette définition dépasse la dimension esthétique pour devenir la clé de la stratégie d’écriture, où les poèmes ouvrent la mémoire aux possibilités hésitantes et aux scènes éparpillées, la subjectivité n’étant pas un sujet central, mais une surface traversée par les temps, les lieux et les voix.

Dès le premier poème, le recueil se construit sur un double mouvement : vers l’extérieur (le soleil, le vent, la rue, la guerre, les villes) et vers l’intérieur (la nostalgie, la solitude, les premières questions, la mémoire d’enfance). Ce mouvement confère aux textes un caractère cinématographique évident, la poésie se déplaçant par images et visions plutôt que par un discours intellectuel, comme dans le poème « Vers le soleil », où le poète évoque son enfance, ses peurs et sa première conscience du monde à travers un langage sensoriel basé sur la lumière, l’ombre, le vent et le son.

Une des caractéristiques marquantes de cette œuvre est la dialectique du présent et du passé, le poète écrivant d’un espace intermédiaire : entre l’enfance et la vieillesse, entre le village et la ville, entre le souvenir et la nostalgie. Dans le texte « Dans ma maison éloignée », par exemple, il confronte le lecteur à des images précises du froid, de la neige, du café, de la fenêtre, lesquelles ne font pas appel au passé mais établissent le présent même de la nostalgie : « Dans ma maison éloignée… Je suis assiégé la nuit du côté de mon visage, et je vois dans mon café noir sans blé… Je suis la vapeur vers la fenêtre. »

Ce sens de l’imaginaire dépasse la simple description du quotidien pour révéler la force poétique de la mémoire, non pas en tant qu’entrepôt d’objets, mais comme un appareil de réinterprétation de ce qui s’est passé et de ce qui aurait pu arriver.

Le recueil ne se limite pas à une mémoire intime, mais s’ouvre à la mémoire collective et à la tragédie humaine, comme dans le poème « Hade », qui rappelle la guerre et la désolation du point de vue d’une femme se tenant sur les décombres de la ville : « Sur les décombres de la ville, je me tenais… pour sourire à la naissance de la vie en son ventre… et engendrer à nouveau ceux qui construiront ses murs. »

Cette faveur pour « la vie contre la désolation » est une des tonalités distinctives du recueil, où l’image féminine émerge comme une force de sauvetage, de création et de soin, et non comme un simple symbole ornemental ou une embellie linguistique.

Sur le plan linguistique, Lembarki navigue entre une narration transparente, proche du récit, et une concentration poétique qui restructure la langue à travers le rythme interne, la métaphore et l’image. Il comprend que le poème ne se contente pas de la rhétorique, mais recherche une vérité existentielle face aux grandes questions : qui sommes-nous ? Que faisons-nous de notre mémoire ? Comment survivre au temps ?

« Le Tableau de la Mémoire » n’est ni un recueil biographique ni un simple chant de nostalgie, mais une œuvre sur l’homme lorsqu’il retrouve son essence à travers le langage. C’est une invitation à lire la vie à travers les détails oubliés et un rappel que ce qui demeure en fin de compte, c’est ce qui est écrit contre l’oubli.

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