Récemment publié en Irak, le livre « Où nous sommes : choix poétiques 2000 – 2025 », traduit en arabe par l’auteur Hussein Nahaba, propose une vaste sélection des œuvres du poète espagnol José Sarria. Ce recueil représente vingt-cinq années d’écriture et offre plus qu’un simple parcours littéraire ; il constitue une véritable carte morale de l’existence humaine. Ces choix ont été publiés par l’institution Abjād pour la traduction, l’édition et la distribution, et comprennent des poèmes inédits ainsi que des textes essentiels extraits de ses ouvrages tels que : « Le Temps de l’attente », « Le Livre des eaux », « La Source de la vie », « Le Registre des défaites », « Le Traité de l’amour impossible » et « Sefard ». Ce volume permet de suivre la cohérence d’une voix poétique éloignée des cris ou des expérimentations superficielles, une voix qui considère la poésie comme un moyen de conscience et de responsabilité. Les écrits de Sarria évoluent dans un registre particulier, où la mémoire, les paysages et l’identité se rencontrent sans limites. L’Andalousie, le Maroc, la Méditerranée et les traditions séfarades ne se présentent pas simplement comme des arrière-plans culturels, mais comme des espaces intérieurs, des lieux où le soi découvre l’autre. Dans ses vers, le Sud émerge comme une patrie intérieure et, en même temps, un pont, une géographie spirituelle où se croisent différentes religions, langues et lignées. Toutefois, ces choix ne doivent pas être perçus uniquement comme un réservoir de souvenirs, mais aussi comme une proposition. Face à un monde tendu par le bruit et l’exclusion, Sarria défend la parole comme un acte de réconciliation. Ses poèmes insistent sur la nécessité de nommer pour sauver, de regarder pour comprendre, et de célébrer la fragilité partagée. La joie, qui est le thème central de ses derniers écrits, n’est pas proposée comme une échappatoire, mais comme une résistance morale et comme un moyen de préserver la dignité de la vie même dans des conditions difficiles. Son livre déborde d’une conviction claire : l’autre n’est pas une menace, mais une partie intégrante de nous-mêmes. C’est ainsi que sa poésie s’inscrit dans la tradition soufie et humaniste à l’Est comme à l’Ouest, et que ses textes résonnent avec les enseignements de Rumi :
« Je ne suis ni chrétien, ni juif, ni perse, ni musulman. Je ne suis ni de l’Est, ni de l’Ouest, ni de la terre, ni de la mer. Je n’ai ni corps, ni âme, car j’appartiens à l’âme de l’ami. Mes deux mondes se sont évaporés de ma vie, et il ne me reste que la danse et la célébration… Au-delà de cette condition, d’un côté ou de l’autre de ce qui est considéré comme juste ou faux, il y a un champ. C’est là que nous nous retrouverons. »
Ainsi, le livre « Où nous sommes » affirme la position de José Sarria en tant que poète qui voit dans l’écriture un moyen de se soucier du monde. Ses œuvres ne recherchent pas l’éclat immédiat, mais une lumière plus profonde et durable, une lumière qui transforme le langage en une maison ouverte, une hospitalité, un foyer commun. En ces temps de murs, ces choix offrent quelque chose de simple et essentiel : une étreinte de la poésie comme lieu de rencontre.



