بلاغ القاهرة… عندما تتحول الكلمة إلى مسألة سيادة
Najiba Jalal/
Tous les communiqués ne se lisent pas comme des nouvelles ; certains se lisent comme des feuilles de route. Un communiqué officiel commun, lorsqu’il émane d’institutions étatiques réunies, n’est pas seulement un texte administratif, mais une expression d’une volonté politique qui a décidé de structurer l’espace et d’en établir les limites.
Tel est le communiqué qui a été publié au Caire par le ministère d’État à l’Information égyptien, le Conseil suprême de la régulation des médias, l’Autorité nationale de la presse, et l’Autorité nationale de l’information : une voix unique affirmant que la parole n’est plus une affaire individuelle quand elle touche aux relations entre les États.
À première vue, c’est un appel à la tempérance. En profondeur, cela redéfinit la place des médias au sein de l’État. En intégrant les relations avec les pays du Golfe, la Jordanie et l’Irak dans le cadre de la sécurité nationale, l’État déclare que ce qui est dit sur les plateaux n’est pas simplement un avis, mais peut devenir une position qui lui est attribuée, ou qui lui est défavorable. Ainsi, la parole passe d’un espace d’expression à un espace d’influence, de la liberté de dire à la responsabilité de l’État.
Ce n’est pas une première dans l’histoire des États, mais dans notre moment arabe, cela prend un sens particulier. La région évolue au rythme de tensions subtiles, les alliances sont redéfinies, et l’image, avant la décision, est devenue une composante de l’équation du pouvoir. Dans ce contexte, il ne peut être question de laisser le domaine médiatique ouvert à tous les aléas, car ce qui est dit dans un studio ou écrit dans un article peut être perçu dans une autre capitale comme un signal politique, et non comme un simple exercice d’individualisme.
Cependant, ce communiqué, en traçant des limites, soulève une question plus vaste : où se situe la liberté d’expression lorsque commencent les frontières de l’État ? La question n’est pas théorique, mais constitue le cœur du dilemme. Plus le champ de la sécurité nationale s’étend, plus l’espace de la parole se réduit. Et plus cet espace se restreint, plus le besoin d’une distinction précise entre la critique légitime et le débordement nuisible aux intérêts suprêmes s’accroît.
Si tel est le contexte au Caire, son écho à Rabat soulève une autre question : que se passerait-il si un communiqué similaire était émis au Maroc ?
Le Maroc, aujourd’hui, n’est pas un pays ordinaire au sein de son environnement. C’est un État qui mène des batailles calmes mais décisives, en diplomatie, en économie, et dans la lutte pour l’image. Il a choisi, dans de nombreux dossiers, de se référer aux institutions et de défendre ses intérêts selon le principe du droit, et non de l’émotion. Cependant, cet élan institutionnel ne se reflète pas toujours dans le paysage médiatique. Il existe parfois un fossé entre un État qui agit avec une conscience stratégique et des médias qui se laissent entraîner vers le sensationnalisme ou la polarisation.
C’est ici que réside le problème : lorsque le discours médiatique n’est pas à la hauteur de l’État, il se transforme d’un atout en point faible. Si un communiqué marocain devait être émis, il serait destiné en premier lieu aux institutions d’encadrement, pour poser à nouveau la question ancienne sous une nouvelle forme : quelle est la fonction des médias dans un État qui sait ce qu’il veut ?
Est-ce une autorité qui exerce une critique sans tenir compte du contexte ? Est-ce un acteur qui équilibre liberté et responsabilité ? Ou est-ce simplement un écho du bruit ambiant ?
Les expériences montrent que les États ne craignent pas la critique, mais craignent le chaos. Et que les médias, lorsqu’ils perdent leur boussole professionnelle, perturbent non seulement l’opinion publique, mais peuvent aussi troubler le positionnement de l’État lui-même. Ainsi, le communiqué, qu’il provienne du Caire ou de toute autre capitale, n’est pas un annonce de restriction mais un signal de la nécessité pour l’État de disposer d’un discours qui l’accompagne et ne la devance pas, sans l’entraîner dans des batailles secondaires.
En fin de compte, la conclusion qui ne se rédige pas dans les communiqués, mais qui se comprend entre les lignes : l’État qui régule sa langue régule sa position, et les médias qui ne connaissent pas leurs limites peuvent dépasser leur rôle, affaiblissant ce qui aurait dû être renforcé.






