Najiba jalal
Pendant longtemps, les affaires impliquant des opposants algériens installés en Europe étaient présentées comme de simples querelles politiques importées, des affrontements numériques violents ou des conflits communautaires sans véritable portée stratégique.
Mais depuis plusieurs mois, plusieurs procédures ouvertes en France et en Espagne commencent progressivement à révéler une réalité beaucoup plus préoccupante : celle de méthodes transnationales mêlant intimidation numérique, campagnes de haine, instrumentalisation religieuse, réseaux parallèles et, désormais, dossiers criminels suivis par les appareils antiterroristes européens.
Le dossier Hicham Aboud est en train de devenir l’un des symboles les plus lourds de cette évolution.
Car l’affaire dépasse désormais largement le cadre des réseaux sociaux.
Quelques jours après le dépôt d’une nouvelle plainte du journaliste algérien à Roubaix pour appel public à son assassinat, une autre procédure judiciaire française est venue brutalement changer la nature même du dossier.
Selon des éléments relayés par l’AFP, quatre jeunes hommes ont été écroués à Paris dans le cadre d’une enquête ouverte par le Parquet national antiterroriste français pour “tentative de meurtre en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste” visant précisément Hicham Aboud.
Les enquêteurs évoquent même l’existence d’un véritable “contrat sur la tête” de l’opposant algérien installé dans le nord de la France. Les investigations auraient permis de remonter, via la messagerie cryptée Signal, jusqu’à une équipe chargée d’exécuter l’opération contre une somme de 10.000 euros.
Selon les éléments du dossier, une équipe se serait déplacée à Roubaix avec “une consigne de tuer et une adresse”. L’opération aurait échoué uniquement parce que la cible ne se trouvait pas sur place au moment prévu.
Pris isolément, ces éléments seraient déjà extrêmement graves.
Mais replacés dans la continuité des événements évoqués depuis plusieurs années autour de Hicham Aboud — tentative d’assassinat présumée en 2021, enlèvement en Espagne en 2024 selon ses déclarations, puis appels publics au meurtre en 2026 — ils commencent à dessiner une mécanique beaucoup plus large.
Une mécanique où le numérique ne sert plus uniquement à salir, intimider ou harceler.
Il sert aussi à préparer psychologiquement des opérations beaucoup plus lourdes.
Car ce qui frappe dans plusieurs dossiers touchant des opposants algériens établis en Europe, c’est précisément cette combinaison entre :
campagnes numériques coordonnées, accusations de trahison, mobilisation religieuse, désignation publique de cibles, harcèlement communautaire puis apparition d’intermédiaires beaucoup plus opérationnels.
Le schéma rappelle les méthodes hybrides désormais observées dans certains régimes autoritaires contemporains : l’État ne frappe pas toujours directement. Il laisse évoluer autour de lui des réseaux informels capables de produire pression, intimidation et parfois violence tout en maintenant une zone grise de dénégation politique.
Dans cette architecture, les influenceurs radicaux, relais numériques, réseaux communautaires ou profils ultra-violents deviennent des extensions périphériques d’un climat politique entretenu de manière diffuse.
L’objectif dépasse souvent la seule neutralisation d’un opposant.
Il s’agit aussi d’envoyer un signal global à toute une diaspora : personne n’est totalement hors de portée.
C’est précisément ce qui commence aujourd’hui à inquiéter plusieurs institutions européennes.
Car lorsque des enquêtes antiterroristes françaises évoquent des équipes envoyées avec une mission de tuer sur le territoire européen, le sujet cesse d’être un simple conflit politique importé.
Il devient une question de sécurité nationale.
L’autre élément particulièrement inquiétant dans le dossier Aboud réside dans l’usage de la religion comme outil de légitimation de la violence.
Dans la plainte déposée récemment à Roubaix, Hicham Aboud décrit un individu l’ayant publiquement qualifié “d’apostat” avant d’appeler explicitement à son assassinat au nom de l’islam.
Ce type de rhétorique produit un basculement extrêmement dangereux : l’opposant politique n’est plus seulement présenté comme un adversaire, mais comme une cible moralement et religieusement “légitime”.
Autrement dit, le numérique devient ici un accélérateur de violence transnationale.
L’Europe découvre ainsi progressivement une nouvelle génération de méthodes hybrides où propagande, réseaux sociaux, intimidation communautaire, instrumentalisation religieuse et opérations clandestines s’entremêlent dans un même continuum.
Et derrière le cas Hicham Aboud, c’est toute la question des pratiques extraterritoriales du pouvoir algérien qui commence désormais à émerger au cœur même des préoccupations sécuritaires européennes.
![]()
















