N.J
L’illustre Ignacio Cembrero, qui s’est longtemps présenté comme un connaisseur des arcanes du Royaume, allant jusqu’à suggérer qu’il maîtrisait les « friandises » et les supposés secrets des services marocains, semblait incarner la figure de l’initié, presque de l’homme des coulisses.
Aujourd’hui, le décor a changé.
Dans les colonnes de El Mundo, l’analyste autoproclamé semble avoir troqué la géopolitique contre une exploration insistante de la vie privée des Marocains. Le voilà reconverti—ou rétrogradé—en chroniqueur des mœurs intimes, disséquant relations extraconjugales, statistiques judiciaires et évolution des comportements comme si l’avenir stratégique d’un pays se jouait désormais dans ce registre.
Le contraste est brutal.
D’un côté, celui qui prétendait décrypter les logiques profondes de l’État, les équilibres régionaux et les rapports de force entre Rabat, Madrid et Bruxelles.
De l’autre, un observateur qui réduit une société complexe à une lecture sommaire de ses tensions sociales, en juxtaposant chiffres et clichés pour produire une « radiographie » qui tient davantage du regard extérieur que de l’analyse.
L’angle se veut rigoureux. Il est surtout réducteur.
Car enfin, à quel moment l’analyse d’un pays bascule-t-elle dans l’inventaire de ses supposées pratiques intimes ? À quel moment une société millénaire se résume-t-elle à une équation simpliste entre lois conservatrices et désirs modernes ? Cette mécanique, presque paresseuse, ignore l’essentiel : le droit n’est pas la société, et la société ne se réduit jamais à ses marges.
Ce glissement n’est pas anodin. Il dit quelque chose de plus profond.
Il dit l’essoufflement d’un discours qui n’arrive plus à suivre les transformations réelles du Maroc : ses avancées économiques, ses repositionnements stratégiques, sa montée en puissance diplomatique et sécuritaire. Faute de prise sur ces dynamiques lourdes, certains se replient sur des angles plus faciles, plus sensationnels, mais infiniment moins pertinents.
Ce qui frappe surtout, c’est ce déplacement du regard : du stratégique vers l’anecdotique, du structurel vers l’intime. Là où l’on attendait une lecture des mutations profondes, on se retrouve avec une plongée insistante dans ce que l’auteur semble considérer comme le cœur du sujet : la vie privée des Marocains. Une réduction qui en dit long, non sur le Maroc, mais sur celui qui prétend encore l’analyser.
Et puis, il y a cette cohérence de parcours.
Car cette dérive n’étonne qu’à moitié lorsqu’on la replace dans un environnement éditorial et relationnel où des figures comme Ali Lmrabet ont érigé en méthode la recherche du détail marginal, du bruit périphérique, au détriment de l’analyse structurante. Quand le fond échappe, on s’accroche au superficiel.
La conclusion s’impose d’elle-même.
Quand certains n’arrivent plus à lire un pays dans ses dynamiques de puissance, ils finissent par tenter de le réduire à ses aspects les plus anecdotiques. Non pas parce que c’est pertinent, mais parce que c’est tout ce qu’il leur reste.
Piètre état, au fond, que celui de ces voix qui, incapables de suivre les avancées du Royaume, en viennent à produire des chroniques sur ses intimités pour exister encore dans le débat.
Au final, ce n’est pas le Maroc qui est à deux vitesses.
C’est le regard de ceux qui prétendent encore en parler.
![]()















