Dans une atmosphère culturelle vibrante d’énergie créatrice, le Salon International de l’Édition et du Livre de Rabat a continué d’asseoir sa stature de rendez-vous annuel dédié à la célébration de la parole, de la création et de la pensée. Il a constitué un espace généreux de rencontre entre écrivains, lecteurs et amoureux de la culture venus de tous horizons. C’est dans ce cadre que la romancière marocaine, Dr Hind Labdag, a accueilli son public lors d’une séance de dédicaces, alliant la chaleur de la rencontre humaine à l’envoûtement de l’écriture littéraire.
Cette rencontre culturelle a célébré deux publications qui reflètent l’expérience intellectuelle et affective de l’auteure : « Une mélopée engloutie dans les abîmes de l’apostasie », en langue arabe, et « Les Deuils de ma vie », en français — deux œuvres qui ont ouvert devant le lecteur un horizon contemplatif profond, interrogeant les questions du moi, de la mémoire, du deuil et des métamorphoses humaines. À travers une langue poétique et un style chargé de sensibilité, Hind Labdag a tissé un univers littéraire qui entremêlait l’intime et la vision intellectuelle, faisant de ses textes un espace de méditation et de reconquête de l’expérience humaine dans ses dimensions psychologiques et spirituelles.
La séance de dédicaces s’est tenue dans le cadre des activités du Salon du Livre de Rabat 2026, au pavillon des éditions Dar Al Qalam, le samedi à partir de midi. Le public a été convié à un moment culturel d’exception, qui a offert l’opportunité d’un dialogue direct avec l’auteure et une découverte au plus près de ses univers créatifs. La rencontre a également été l’occasion de célébrer la littérature marocaine contemporaine, écrite en plusieurs langues, témoignant de la richesse et de l’ouverture de l’expérience culturelle marocaine sur les grandes questions de l’existence humaine.
Dr Hind Labdag compte parmi ces voix littéraires qui conjuguent sensibilité créatrice et profondeur intellectuelle, veillant dans chacune de ses œuvres à interroger les questions humaines avec une langue à la fois délicate et substantielle. Aussi cette rencontre culturelle a-t-elle dépassé le cadre des séances de dédicaces ordinaires pour se muer en espace d’échange et d’interaction entre l’auteure et ses lecteurs, en véritable hommage à la valeur du livre et à son rôle dans la construction de la conscience et du beau.
Une écriture de la pensée qui aborde la condition féminine dans une perspective civilisationnelle et humaniste
Le Pr. Atef Saad Mohamed Mahmoud préface le livre « Une mélopée engloutie dans les abîmes de l’apostasie » de Dr Hind Labdag en le présentant comme une réalisation intellectuelle et littéraire marquée par une conscience critique profonde et un engagement humaniste indéfectible. L’œuvre ne s’arrête pas aux frontières de la pratique littéraire habituelle, mais s’élève jusqu’au niveau de la méditation civilisationnelle sur les grandes questions de l’humanité, au premier rang desquelles la condition féminine et la place de la femme dans la construction sociale et culturelle de la société arabe contemporaine.
Le préfacier souligne que l’auteure écrit depuis une position double qui confère à son discours une singularité remarquable : elle écrit en tant que femme de lettres dotée d’une sensibilité esthétique et linguistique affirmée, et en tant que femme percevant de l’intérieur les complexités de l’expérience féminine et les tensions qui la traversent. De cette rencontre entre l’affect et la pensée naît le tissu même des textes, où la chaleur du sentiment s’unit à la rigueur de l’analyse dans un discours à la fois équilibré et mesuré.
Quant à la signification du titre, le préfacier précise que le mot « aghrûda » — mélopée — n’est pas une simple métaphore esthétique, mais le symbole de cette voix humaine fragile et ténue, menacée de s’éteindre et de disparaître sous les multiples formes du despotisme et de la corruption des valeurs. Les textes revêtent ainsi un caractère contemplatif oscillant entre la lecture du réel et la restauration des valeurs qui confèrent à l’existence humaine son sens le plus élevé.
Le préfacier indique également que l’auteure aborde la question féminine comme un miroir révélateur des contradictions et des mutations de la société, évitant tout discours polémique pour pénétrer la profondeur humaine de la question en convoquant ses contextes historiques et culturels. Elle ne représente pas non plus la femme comme une victime passive, mais comme une énergie humaine créatrice, capable de résistance et de reconstruction du sens malgré la dureté des circonstances.
Il attire enfin l’attention sur le caractère réformiste et serein qui caractérise cette œuvre : l’auteure s’appuie sur les références axiologiques et civilisationnelles des sociétés arabes et islamiques, tout en appelant à une révision des pratiques sociales qui ont contribué à dénaturer ces valeurs ou à les vider de leur substance humaine, sans jamais tomber dans un discours crispé ou réducteur.
En guise de conclusion, le Pr. Atef Saad classe cet ouvrage parmi les témoignages culturels d’une étape dans la prise de conscience de la condition féminine, et comme une tentative sérieuse de restaurer le sens humain de la liberté et de la dignité — une contribution précieuse à l’écriture de la pensée qui aborde la question féminine dans une perspective civilisationnelle et humaniste d’envergure.


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