Réforme urgente du financement de la formation continue au Maroc
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à une réforme immédiate du système de formation continue dans le secteur privé au Maroc. Cet appel, émis à travers un avis officiel, se fonde sur la nécessité de soutenir le développement des compétences des travailleurs et d’améliorer la compétitivité des entreprises nationales.
Un cadre institutionnel en mutation
Dans son rapport publié le 25 mars 2026, le CESE a souligné que la formation continue a progressé au fil des années, devenant un vecteur essentiel pour valoriser le capital humain et optimiser la performance des entreprises. Le cadre législatif, en particulier la loi n° 60.17 concernant l’organisation de la formation continue, a élargi les bénéficiaires et introduit de nouvelles mesures, telles que le crédit de temps pour la formation continue et la reconnaissance des acquis de l’expérience professionnelle.
Malgré ces avancées, des dysfonctionnements structurels persistent, limitant l’efficacité du système. Ainsi, en 2022, seulement 1 647 entreprises ont bénéficié de contrats de formation, soit moins de 0,5 % des 315 000 entreprises assujetties à la taxe sur la formation professionnelle. Omission majeure, les travailleurs indépendants et non salariés restent largement exclus, en raison des conditions d’éligibilité liées à l’affiliation à la Caisse nationale de sécurité sociale.
Défis et déséquilibres territoriaux
Le CESE a également pointé du doigt les résultats décevants de la validation des acquis de l’expérience, avec seulement 1 488 attestations délivrées depuis 2008. Cette situation est d’autant plus préoccupante que près de la moitié de la population active ne dispose d’aucun diplôme reconnu.
Le rapport met en lumière les disparités régionales dans l’accès à la formation continue. À ce jour, seules 82 institutions de conseil et de formation et 327 experts sont accrédités, avec une forte concentration à Casablanca. Cela limite les opportunités pour les entreprises situées en dehors des grands pôles économiques.
Une vision carrefour pour un avenir durable
Pour remédier à ces lacunes, le CESE propose une refonte des politiques publiques, affirmant que la formation continue doit être considérée comme un droit pour les travailleurs et une responsabilité partagée entre l’État et les employeurs. Il suggère d’introduire des obligations de formation dans des secteurs stratégiques et de créer une autorité nationale indépendante dédiée à la formation continue.
Parmi les recommandations, il est envisagé d’allouer 30 % des recettes de la taxe sur la formation professionnelle à un fonds spécifique pour financer la formation continue, ainsi que la création d’une plateforme numérique intégrée pour la gestion des programmes de formation.
Le CESE souligne également l’importance de soutenir les très petites et petites entreprises dans l’accès aux financements pour la formation et d’instaurer un système rigoureux d’accréditation des centres de formation afin d’améliorer la qualité et la reconnaissance des offres de formation.
Vers une flexibilité accrue
Enfin, le rapport insiste sur la nécessité d’adapter les méthodes pédagogiques, en intégrant des formations à distance, hybrides et de courte durée. Cette flexibilité est essentielle pour répondre aux exigences du marché du travail moderne et faciliter l’accès à des opportunités de formation et de qualification pour les travailleurs et les entreprises.
En somme, la réforme du système de formation continue au Maroc est non seulement une question de compétitivité économique, mais aussi un enjeu social déterminant pour l’avenir des compétences et l’inclusion professionnelle des travailleurs.
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