Le vieillissement de la population progresse, l’effectif des actifs moins rapidement, et les défis qui pointent à l’horizon 2060 seront énormes pour les systèmes de retraite, de santé et les autres services sociaux. La tendance à la baisse de la croissance démographique au Maroc constitue toutefois également une opportunité.
10,9 millions. C’est le nombre de Marocains âgés de 60 ans et plus en 2060. Ils étaient 5 millions en 2024, soit 14 % de la population. Dans 34 ans, cette proportion atteindra le quart. C’est ce qui ressort d’un récent rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP) relatif aux « Projections de la population du Maroc 2024–2060 ».
Le taux de croissance démographique au Maroc, qui est de 0,7 % (chiffre de 2024), devrait connaître une chute brutale, estimé à un modeste 0,08 % à l’horizon 2060. Cette évolution démographique à la baisse du Royaume s’inscrit dans une tendance mondiale, exception faite de l’Afrique subsaharienne.
Avec un indice de fécondité en recul, qui n’est plus que de 1,97 enfant par femme, même le renouvellement des générations, qui nécessite un indice de 2,1 enfants, n’est plus assuré.
La population marocaine, 36,8 millions selon le recensement de 2024, devrait croître de 17,8 % au cours des trois prochaines décennies pour stagner autour de 43,3 millions.
Comme toute transition démographique, celle du Maroc comporte autant de contraintes sociales que d’opportunités économiques.
Des indicateurs peu rassurants
Un autre rapport publié par le HCP en décembre 2025, consacré aux personnes âgées au Maroc, révèle des disparités et des vulnérabilités qui présagent de graves difficultés, si des mesures palliatives ne sont pas adoptées.
D’abord, la féminisation du vieillissement : 51,2 % des personnes âgées de plus de 60 ans sont des femmes, dont la moitié seulement sont mariées. Les hommes le sont à 90,5 %. 37,6 % des femmes âgées sont veuves, alors que les hommes ne le sont qu’à 4,1 %.
À peine un tiers des hommes âgés touchent une pension de retraite et seules 6,7 % des femmes en bénéficient.
72,6 % des femmes âgées ne savent ni lire ni écrire, ce qui est le cas pour 42,8 % des hommes. Seulement 16,1 % des personnes âgées participent au marché du travail, un taux en baisse constante depuis 2004.
9 % des personnes âgées vivent seules, reflet d’une solidarité familiale et intergénérationnelle qui s’effiloche avec l’évolution des mœurs.
Selon les projections, les Marocains âgés de plus de 60 ans seront 6 millions dans quatre ans, plus de 7,5 millions en 2040, avant d’atteindre les 10 millions au milieu du siècle. Leur nombre, qui va doubler d’ici 2060, progresse plus vite que celui de la population totale.
L’indispensable réforme du système de retraite
La hausse de la population active (15 ans et plus) sera moins rapide, passant de 22,08 millions à 24,96 millions, soit une hausse de 13,1 %. La pression de la frange âgée grandissante de la population sur les actifs en termes de financement du système de retraite, basé sur la solidarité intergénérationnelle, est une évolution inévitable qui devrait motiver l’accélération de la réforme tant attendue.
Le coût politique de cette réforme est si élevé que son adoption risque de traîner, pendant que le problème ne fera que s’aggraver.
Il en va de même du système de santé, où la gérontologie est appelée à devenir une spécialité très sollicitée. Tous les services sociaux sont à adapter à la réalité d’une population âgée de plus en plus nombreuse.
Le dividende démographique
L’aspect positif de la baisse de l’indice de fécondité est le nombre moindre d’enfants entrant à l’école, ce qui pourrait permettre de réussir une autre réforme déjà entamée, celle du système éducatif.
Comme l’indique le rapport du HCP : « la population préscolaire devrait diminuer de 23,8 %, passant de 1,25 million en 2024 à 0,96 million en 2060, tandis que les enfants en âge d’être scolarisés au primaire diminueraient de 27 %, passant de 4,16 millions à 3,04 millions. De même, le nombre d’enfants correspondant au premier cycle du fondamental connaîtrait une baisse de 22,9 %, passant de 2,08 millions à 1,61 million. »
Même le marché du travail devrait enregistrer une demande moindre : « les jeunes âgés de 18 à 24 ans, futurs entrants sur le marché du travail, connaîtraient une légère baisse de leur effectif, passant de 3,89 millions à 3,77 millions, soit une diminution de 3,1 % entre 2024 et 2060 ».
Les économistes désignent cette phase de transition démographique comme une « fenêtre d’opportunité », du fait de la décélération de la croissance de la population. Une opportunité qu’il faudrait, cependant, exploiter au mieux, à travers l’amélioration des qualifications et des services sociaux, avec, au bout du processus, celle du niveau de vie.
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