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lundi 7 septembre 2026 - 18:44

Élections : le Mouvement populaire mise sur le « bouclier social » et la souveraineté économique

Élections : le Mouvement populaire mise sur le « bouclier social » et la souveraineté économique
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N.J /

Allocation de 1.000 dirhams pour les diplômés sans emploi, effacement des dettes des petits agriculteurs, exonération fiscale des petites entreprises et encadrement des exportations : Mohamed Ouzzine dévoile un programme qui cherche à reconnecter le Mouvement populaire à ses bases rurales et aux classes fragilisées.

Après le PAM et le PPS, le Mouvement populaire entre à son tour dans la bataille des programmes. À travers les mesures présentées par son secrétaire général, Mohamed Ouzzine, le parti de l’Épi tente de construire une offre électorale articulée autour de trois urgences : l’emploi des jeunes, la protection du monde rural et la souveraineté économique.

Le MP ne cherche pas seulement à additionner des promesses sociales. Il veut dessiner l’image d’un parti protecteur, capable d’intervenir directement lorsque le marché, la fiscalité ou les crises économiques menacent les catégories les plus vulnérables. Une orientation qui lui permet également de revenir sur son terrain historique : les campagnes, les petits agriculteurs et les territoires éloignés des grands centres urbains.

1.000 dirhams pour accompagner les diplômés sans emploi

La mesure la plus immédiatement perceptible concerne les jeunes diplômés. Le Mouvement populaire propose de leur accorder une allocation mensuelle de 1.000 dirhams pendant une année lorsqu’ils ne parviennent pas à trouver un emploi.

Cette aide est présentée comme un mécanisme temporaire d’accompagnement, destiné à soutenir les jeunes durant la période qui sépare la fin de leurs études de leur insertion sur le marché du travail. À travers cette proposition, le MP s’attaque à l’un des foyers majeurs de l’inquiétude sociale : le décalage persistant entre les diplômes obtenus et les débouchés réellement disponibles.

Politiquement, la mesure permet au parti de porter un message simple et facilement identifiable. Mais elle l’obligera également à préciser son coût global, le nombre de bénéficiaires potentiels, les critères d’éligibilité ainsi que les mécanismes permettant d’éviter que cette allocation ne devienne une aide permanente déconnectée de toute politique d’insertion professionnelle.

Un geste fort envers les petits agriculteurs

Dans le monde rural, Mohamed Ouzzine propose l’annulation des dettes des petits agriculteurs et des petits éleveurs. Le parti présente cette mesure comme un moyen de soulager les exploitations les plus fragiles et de préserver leur capacité à poursuivre leur activité.

Cette proposition constitue sans doute le marqueur politique le plus naturel du programme du MP. Elle renvoie directement à son ancrage rural, au moment où les petits exploitants subissent les effets cumulés de la sécheresse, de la hausse des coûts de production, de l’endettement et des perturbations des circuits d’approvisionnement.

En plaçant les agriculteurs vulnérables au centre de son offre électorale, le Mouvement populaire cherche à reconquérir un espace politique où la concurrence est devenue particulièrement forte. L’enjeu dépasse la seule question de la dette : il concerne la survie de milliers de petites exploitations, la stabilité des territoires ruraux et, plus largement, la sécurité alimentaire du pays.

Une trêve de l’exportation pour protéger le marché intérieur

Le programme prévoit également l’instauration d’un mécanisme institutionnel, souple et temporaire, permettant de suspendre ou de limiter l’exportation de certains produits agricoles essentiels lorsque l’offre devient insuffisante sur le marché national ou lorsque les prix connaissent une hausse jugée injustifiée.

Cette « trêve de l’exportation » ne serait pas automatique. Elle devrait être déclenchée sur la base d’indicateurs objectifs et transparents, avec une définition précise de sa durée, de son champ d’application et des produits concernés.

Le MP entend ainsi établir une hiérarchie claire : l’approvisionnement du marché marocain et la protection du pouvoir d’achat doivent passer avant l’exportation des excédents. Le parti affirme néanmoins vouloir préserver la visibilité des exportateurs et la crédibilité de leurs engagements commerciaux sur les marchés internationaux.

La proposition tente donc de trouver un équilibre délicat entre deux impératifs : protéger le consommateur marocain sans affaiblir la compétitivité des filières exportatrices. Sa réussite dépendrait surtout de la transparence des décisions et de la capacité du gouvernement à intervenir avant que les pénuries ou les flambées de prix ne s’installent.

Des mesures d’urgence en temps de crise

Dans le même esprit, le Mouvement populaire promet un dispositif d’intervention rapide en période de crise. Celui-ci comprendrait des mesures fiscales et douanières exceptionnelles, activées lorsque la situation l’exige.

L’objectif affiché est de garantir l’approvisionnement des marchés, maîtriser les prix et assurer un équilibre entre la sécurité alimentaire nationale et la continuité de l’activité économique. Le parti propose aussi d’évaluer régulièrement les accords de libre-échange et de les adapter lorsque les intérêts économiques du Royaume l’imposent, tout en respectant les engagements internationaux du Maroc.

À travers ce volet, le MP introduit dans son programme une conception plus interventionniste de l’État. Celui-ci ne devrait plus se contenter d’observer les déséquilibres du marché, mais disposer d’instruments rapides pour agir sur les importations, les exportations, la fiscalité et les droits de douane.

Un stock stratégique national

Mohamed Ouzzine défend par ailleurs la constitution d’un stock stratégique national de produits alimentaires, énergétiques et sanitaires, avec une déclinaison régionale.

Pour le secrétaire général du MP, un tel dispositif n’est plus une simple option. Il doit renforcer la capacité du Maroc à faire face aux crises, stabiliser les marchés et protéger le pouvoir d’achat. Le parti estime que la succession des crises internationales, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la hausse des prix ont rendu ce chantier incontournable.

Le programme appelle également à l’adoption d’une loi moderne sur les marchés de gros, afin de réduire les coûts de distribution, mieux maîtriser les prix et renforcer la transparence des circuits d’approvisionnement.

Un avantage fiscal pour les petites entreprises

Sur le terrain économique, le MP propose d’exonérer d’impôts les entreprises dont le capital ne dépasse pas 500.000 dirhams. Cette mesure vise à alléger la pression fiscale sur les petites structures, encourager l’entrepreneuriat et stimuler l’investissement.

Le parti établit un lien direct entre la fragilité des très petites entreprises et les difficultés d’emploi. Selon cette logique, améliorer leur environnement fiscal permettrait de créer davantage d’opportunités professionnelles, notamment pour les jeunes.

Là encore, la proposition devra être précisée : la taille d’une entreprise ne se mesure pas uniquement à son capital. Le chiffre d’affaires, les bénéfices réalisés, le nombre d’emplois créés et la durée de l’exonération seront déterminants pour évaluer l’efficacité et l’équité du dispositif.

Le MP veut redevenir audible

À travers ce programme, Mohamed Ouzzine cherche surtout à redonner au Mouvement populaire une identité politique lisible. Face au duel qui tend à monopoliser l’attention entre le RNI et le PAM, le MP choisit de se positionner sur la protection sociale, le monde rural et la souveraineté économique.

Son offre combine ainsi aides directes, allégements fiscaux, intervention publique et protection du marché national. Elle s’adresse prioritairement aux diplômés sans emploi, aux petits agriculteurs, aux éleveurs et aux très petites entreprises : autant de catégories qui se sentent souvent éloignées des bénéfices de la croissance.

Le parti de l’Épi pose néanmoins une question décisive qui accompagnera toute la campagne électorale : comment financer durablement ces engagements et selon quel calendrier les mettre en œuvre ?

Car, dans cette campagne dominée par la surenchère des chiffres et des promesses, la différence ne se fera plus seulement sur l’annonce. Elle se fera sur la capacité de chaque parti à démontrer que ses mesures sont chiffrées, ciblées, finançables et applicables. Pour le Mouvement populaire, le programme est désormais présenté. Reste à transformer ce bouclier social en contrat politique crédible.

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Tags: marocpolitique

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