Bakali M/
En moins de deux décennies, le Maroc s’est imposé comme l’un des laboratoires énergétiques les plus avancés de la région.
Porté par le programme solaire Noor, dont le complexe d’Ouarzazate, l’un des plus grands parcs solaires à concentration au monde avec près de 580 mégawatts installés, reste la vitrine, le Royaume a vu la part des énergies renouvelables dans son mix électrique passer de 28,9 % en 2016 à près de 40 % aujourd’hui, avec un objectif officiel de 52 % à l’horizon 2030. Cette montée en puissance s’appuie aussi sur l’éolien, avec plus de 1 500 mégawatts cumulés à travers des parcs comme Tarfaya ou Jbel Khalladi, ainsi que sur une convention signée le 4 novembre 2025 entre l’État et les organismes publics du secteur (ONEE, Masen, ANRE) prévoyant l’ajout de 5 gigawatts de capacité supplémentaire d’ici 2030. C’est dans ce contexte de transformation rapide que Rabat cherche désormais à consolider sa position de pont énergétique entre l’Afrique et l’Europe.
Rabat et Lisbonne ont officiellement relancé, le 20 juillet 2026, leur projet d’interconnexion électrique directe, à l’arrêt depuis 2022. La décision a été actée à l’issue d’entretiens tenus à Lisbonne entre la ministre marocaine de la Transition énergétique et du Développement durable, Leïla Benali, et son homologue portugaise de l’Environnement et de l’Énergie, Maria da Graça Carvalho, en présence de l’ambassadeur du Maroc au Portugal, Othmane Bahnini.

Lancé pour la première fois en 2018, ce projet vise à doter le Portugal d’une seconde voie d’accès au réseau électrique européen, alors qu’il ne dépend actuellement que d’une unique connexion, celle passant par l’Espagne. Cette fragilité a été mise en lumière par la panne électrique massive qui a frappé la péninsule Ibérique en avril 2025. Le taux d’interconnexion de la région avec le reste du réseau européen ne dépasse pas 3 % aujourd’hui, très loin de l’objectif de 15 % fixé par l’Union européenne à l’horizon 2030.
Selon les autorités marocaines, la future liaison pourrait offrir une capacité de transport de 1 000 mégawatts. La solution technique reste toutefois à arbitrer : câble sous-marin direct entre les deux pays, ou connexion s’appuyant sur les infrastructures existantes via l’Espagne, déjà reliée au réseau marocain. Les deux gouvernements ont convenu de solliciter un financement européen, d’ouvrir la porte aux investisseurs privés et de demander le classement du projet parmi les « projets d’intérêt commun » de l’UE, afin d’en faciliter le financement.
Ce projet s’inscrit dans un contexte de forte tension sur le réseau électrique marocain. En 2025, la demande nationale a atteint environ 49 térawattheures, en hausse de 7,4 %, avec un pic de consommation de 7 990 mégawatts, record dépassé dès juillet 2026 avec 8 400 mégawatts. La puissance installée s’élève à 12 314 mégawatts, dont 46,1 % d’origine renouvelable, le charbon représentant néanmoins encore environ 61,5 % de la production effective en 2025.
Les deux ministres ont indiqué vouloir, à travers cette interconnexion, réduire les coûts et garantir une énergie plus abordable pour les populations et les secteurs économiques des deux pays. Le calendrier de réalisation, comme le tracé définitif du câble, restent pour l’heure à préciser.
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