Bargach Larbi/
S’il y a un domaine où l’Algérie a fait preuve d’un leadership incontestable c’est bien au niveau de sa diplomatie avec, des personnalités tel que Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Taleb Ibrahimi, Sid Ahmed Ghozali, Lakhdar Ibrahimi ou Mohamed Bejdaoui.
Ce dernier est même intervenu au niveau de la Cour Internationale de Justice, lorsqu’elle a reconnu des liens d’allégeances entre les sultans du Maroc et les tribus du Sahara. Il a pu faire rajouter, au texte de la décision finale, que ces liens n’étaient pas suffisants pour justifier une souveraineté marocaine incontestable.
Un exploit pour un juriste. Au moment de l’entrée de l’Espagne au Sahara, l’allégeance était quasiment la seule forme de souveraineté existante y compris dans les pays européens. Cette prédominance diplomatique n’a toutefois pas permis à Alger d’ériger, dans la durée, la question du Sahara au rang d’enjeu géopolitique de premier ordre. Certes le dossier est évoqué à chaque visite officielle d’une délégation étrangère, à Alger comme à Rabat, mais il n’arrive pas à occuper la place centrale que la diplomatie algérienne souhaite lui donner. Les arguments, qui naguère faisaient mouche, ont beaucoup perdu de leur crédibilité. Le premier d’entre eux a été de dire que si le Maroc a accepté de céder le tiers du territoire à la Mauritanie, lors des accords du 14 novembre 1975, il peut bien faire de même avec le Polisario. Ils oublient que le Polisario a accepté, en 1991 de négocier un référendum sur l’ensemble du territoire c’est-à-dire Sakia El Hamra et Oued Eddahab et a, par conséquent, rectifié la découpe initiale.
Deux autres arguments, utilisés jusqu’à saturation sont en train de se retourner en faveur du Maroc :
• Celui de Tindouf, où sont installées des populations en souffrance, logées depuis cinquante ans dans des campements de fortune. Elles n’ont jamais bénéficié du statut de réfugiés. L’Algérie refuse d’organiser un recensement sous l’égide de l’ONU, objet de plusieurs résolutions, qui leurs permettraient de l’obtenir. Ce recensement permettrait de définir qui est Sahraoui et qui ne l’est pas, et le statut comporte le danger, pour le Polisario, de voir les habitants des camps en sortir.
• Celui des principes, avec en tête de file celui de l’autodétermination du peuple sahraoui à travers l’organisation d’un référendum. Les Algériens se disent inspirés par leur propre histoire, qu’ils déforment, toute honte bue.
En effet, il n’y a pas eu un référendum d’autodétermination en Algérie mais plusieurs. Avant de voter pour leur indépendance les Algériens ont attendu la consultation des Français, qui se sont prononcés deux fois. La première pour accepter le principe de consultation des Algériens. Ce vote a eu lieu le 8 janvier 1961. À cette occasion les Français ont approuvé à 74,99% le principe de l’autodétermination pour les populations algériennes. À la suite de quoi des négociations ont permis la signature des accords d’Évian le 18 mars 1962. Ces accords, qui portaient sur le cessez le feu et l’organisation d’un référendum sur l’avenir de l’Algérie, ont également été soumises à un référendum le 8 avril 1962. Ce n’est qu’à l’issue de ce deuxième référendum que la voie, vers le référendum d’autodétermination du 1er juillet 1962, s’est ouverte. Les « Pieds noirs ou Français d’Algérie » et les « Harkis ou Algériens souhaitant rester Français » pouvaient participer à cette consultation. Ils ont préféré partir et quitter massivement l’Algérie avant son organisation.
La mémoire algérienne n’a retenu que le référendum du 1er juillet 1962 qu’elle veut imposer au Maroc comme dispositif de règlement. Reproduit à l’identique ce dispositif rencontrera plusieurs obstacles. Les Marocains vont refuser le principe et si, par surprise le Maroc accepte cette disposition, la deuxième consultation sera contrée par tous ceux qui se sont installés au Sahara depuis 1975. Ce sont pour la plupart des Sahraouis qui ont quitté le Sahara des suites de l’opération Écouvillon de 1958, de sinistre mémoire. La seule solution qui semble viable est celle de l’autonomie proposée par le Maroc. Une autonomie ou les vainqueurs principaux seront le « peuple » Sahraoui, celui qui se trouve à Tindouf, les peuples Algériens et Marocains, enfin débarrassés d’un piège creusé par les rivalités Est-Ouest des années 1970, et les perdants seront ceux qui ont entretenus ce conflit, de basse intensité, mais aux conséquences tragiques pour les peuples de la région.
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