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vendredi 23 octobre 2026 - 14:25

Pauvreté multidimensionnelle : une baisse réelle, des fragilités persistantes

Pauvreté multidimensionnelle
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Ahmed Naji

La pauvreté multidimensionnelle a baissé de plus de moitié au Maroc au cours des quinze dernières années. Elle n’en continue pas moins d’affecter 2,4 millions de Marocains. La récente déclaration gouvernementale accorde un volet important à l’État social. C’est toutefois l’éducation, qui cumule les réformes inabouties, le principal contributeur à la pauvreté.

Le rapport 2026 sur la pauvreté multidimensionnelle, récemment publié par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en collaboration avec l’Initiative d’Oxford sur la pauvreté et le développement humain, estime à 2,42 millions le nombre de personnes touchées au Maroc.

Cela représente 6,4 % de la population. En 2011, ce taux était de 17,3 %. En 2014, il s’élevait à 11,9 %. La baisse est de plus de moitié en une quinzaine d’années. Le Maroc compte parmi les 33 pays du monde qui sont parvenus, en ce laps de temps, à un tel succès. Il affiche l’un des rythmes les plus rapides constatés dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), selon les données du Haut-Commissariat au Plan, du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et de la Banque mondiale.

Mesurer la pauvreté au-delà du revenu

Sur le plan méthodologique, le calcul de la pauvreté multidimensionnelle se distingue de celui de la pauvreté monétaire par l’élargissement des critères pris en considération : l’éducation, la santé et les conditions de vie. Entre dans cette catégorie toute personne cumulant un tiers des dix critères de privation additionnés dans les trois domaines susmentionnés.

Selon le rapport du PNUD, qui porte sur 6,3 milliards d’individus dans 108 pays, 1,2 milliard d’entre eux — soit 18,9 % de la population étudiée — vivent en situation de pauvreté multidimensionnelle. Alors que ce nombre recule au Maroc, il a augmenté dans le monde de 51,5 millions de personnes.

Autre précision : le taux publié par le PNUD concernant le Maroc s’appuie sur une enquête effectuée en 2017-2018. Une fois projetée sur le volume de la population de 2024, cette enquête a donné le chiffre de 2,42 millions de Marocains touchés. Il s’agit donc bien davantage d’une estimation statistique que d’un chiffre issu d’une étude de terrain récemment réalisée. Car, entretemps, il y a eu l’épidémie du Covid, l’inflation et les années de sécheresse avec toutes leurs conséquences sur le niveau de vie de la population.

Selon ce même rapport, la proportion de la population vivant dans la pauvreté sévère est de 1,4 %. En termes purement monétaires, la pauvreté absolue a été estimée au Maroc par le HCP à 3,9 % de la population. L’extrême pauvreté a toutefois été quasiment éradiquée : elle ne concerne plus que 0,3 % des Marocains.

La moins visible est cependant la population vulnérable à la pauvreté multidimensionnelle. Elle compterait 4,14 millions d’individus, soit 10,9 % des Marocains. En termes simples, ce sont les personnes situées au seuil de la pauvreté, qui y seraient immédiatement plongées en cas de crise économique ou de forte inflation.

Le volet social de la déclaration gouvernementale

La déclaration gouvernementale prononcée le 19 octobre par la cheffe du gouvernement nouvellement nommée, Fatima-Zahra Mansouri, devant les deux chambres du Parlement, insiste à cet égard sur le pouvoir d’achat des citoyens et la protection sociale. Ces thèmes figurent parmi les sept priorités du programme de l’exécutif pour les cinq prochaines années.

L’aide sociale serait ainsi portée de 500 à 1 000 dirhams sur cinq ans. La pension de retraite minimale devrait atteindre 3 000 dirhams par mois. Les veuves pourront désormais percevoir l’intégralité de la pension de leurs conjoints décédés. Il est également prévu la mise en place d’une compensation sociale des factures mensuelles d’électricité inférieures ou égales à 100 dirhams, ainsi que du logement principal des familles modestes — et ce, sans démarche administrative préalable pour les personnes éligibles.

L’impôt sur le revenu serait par ailleurs révisé à la baisse, de manière à rehausser le salaire net des employés et à améliorer le pouvoir d’achat des ménages. En outre, le seuil annuel d’exonération du revenu net imposable passerait de 40 000 à 60 000 dirhams.

Les conditions d’accès aux indemnités pour perte d’emploi seront aussi assouplies. D’autres mesures de la réforme sociale à laquelle s’est engagée la nouvelle équipe gouvernementale ont également été annoncées par la cheffe du gouvernement dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Sans instruction ni formation, pas de sortie de la pauvreté

Le présent article met l’accent sur le domaine de l’éducation, identifié par le rapport du PNUD comme le principal facteur de privation. Si les conditions de vie contribuent à hauteur de 28,8 % à la pauvreté multidimensionnelle et la santé à hauteur de 24,4 %, l’éducation trône en tête avec un taux de 46,8 %.

Quelles opportunités, sur le marché du travail comme dans la vie, pour les quelque 2,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans (chiffre du HCP) qui n’ont fait ni études ni formation professionnelle et qui n’ont pas d’emploi — appelés par euphémisme les NEET ?

Quelles chances ont les élèves marocains de pousser loin leurs études dans les domaines clés de l’avenir (IA, robotique, biotechnologies, nanotechnologies…), alors qu’ils sont classés 82e sur 91 pays en apprentissage des mathématiques et des sciences, selon l’enquête PISA 2025 ?

Conscient de ces faiblesses, le nouvel exécutif aspire à élever la proportion des élèves maîtrisant les compétences de base à 80 % à l’horizon 2031. Il compte aussi lutter contre l’abandon scolaire par la mise en place d’un mécanisme de détection précoce des élèves à risque. Ces derniers seront orientés vers l’apprentissage et la formation professionnelle, s’ils s’avèrent inaptes à poursuivre leur instruction.

Le gouvernement Mansouri s’est engagé à qualifier 100 000 jeunes par an, à partir de 2027, sur la base des besoins déclarés des entreprises. Les centres d’apprentissage verront ainsi leurs capacités d’accueil portées de 150 000 à 200 000 bénéficiaires par an.

Une première opportunité professionnelle serait par ailleurs accordée à 100 000 jeunes chaque année. 60 000 TPE et PME seront par ailleurs soutenus à travers des dispositifs d’incubation, de garanties et de financement.

Il reste à savoir si le nouveau gouvernement parviendrait à mobiliser les ressources pécuniaires des ambitions affichées.

Comme le dit l’adage : « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour ; si tu lui apprends à pêcher, il mangera toute sa vie. »

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Tags: développementéducation

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