Bargach Larbi
Tous ceux qui suivent assidûment les médias français sont choqués par le niveau des prestations des différents chroniqueurs et par les interventions des journalistes. Il n’y a plus de personnalités médiatiques à la hauteur de Bernard Pivot, d’Apostrophes et Bouillon de culture, ou de François-Henri de Virieu, de L’Heure de vérité.
La médiocrité est en compétition avec le populisme pour un ou deux points d’audience.
La couverture de l’actualité s’en ressent et le niveau de crédibilité des médias français, qui était considéré comme une référence pour nous, Marocains, est proche de celui des torchons populaires des journaux à scandale.
Le professionnalisme et la médiocrité sont probablement contagieux ; c’est le ressenti que j’ai eu ce matin en parcourant l’édition du 19 mars du journal L’Équipe.
Ce journal, autoproclamé référence du sport, a cru bon de consacrer trois pages et la « Une » à la décision de la CAF d’appliquer les règlements, qui stipulent qu’une équipe qui quitte le terrain est considérée comme forfait, et qui a décidé de retirer le trophée au Sénégal. Cette solidarité hypocrite avec un pays africain n’est pas innocente.
Personne ne peut imaginer, une minute, que le développement du football africain constitue une préoccupation pour les auteurs de ce dossier à charge contre le Maroc, le président de sa fédération, contre la FIFA et son président Infantino.
C’est une attaque frontale et dédaigneuse contre une institution, la CAF, certes loin d’être irréprochable, mais qui s’est alliée avec la FIFA pour en finir avec le pillage que le continent subit depuis plus de soixante ans sur ses ressources humaines.
La plupart des sélections européennes sont constituées, en majorité, de joueurs originaires du continent africain. Ils ont certes été formés par l’Europe, mais juste parce que leurs papas ont trimé dans les usines et leurs mamans ont fait des ménages pour survivre.
Il n’y a qu’à examiner de près la rhétorique utilisée pour les nommer : ils sont franco- (+ leur pays d’origine) lorsqu’ils commettent un crime, et français lorsqu’ils marquent un but pour l’équipe de France.
Cette injustice, le Maroc a décidé d’y mettre fin en investissant dans :
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ses ressources humaines : l’Académie Mohammed VI va rivaliser avec les meilleures écoles de formation dans le monde et produit déjà des ressources précieuses pour ses équipes nationales ;
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ses infrastructures : les stades marocains sont au niveau des meilleurs standards du football mondial ; même les pluies diluviennes, et bienfaitrices, qui se sont abattues sur le Royaume n’ont pas influé sur la qualité des pelouses ni sur le programme des compétitions.
Ce n’est pas le cas de beaucoup de stades en Europe, qui ferment lorsque la pluie est trop forte.
Ce sont ces infrastructures que des voyous ont vandalisées le jour de la finale, pour des dégâts évalués à 370 000 euros.
Les médias français nous ont habitués à plus de rigueur lorsqu’il s’agit de rendre compte du vandalisme d’origine étrangère.
Les journalistes de L’Équipe ont perdu leurs compétences sociologiques et psychologiques pour analyser le phénomène à l’origine de ce déploiement impressionnant de violence que les supporters ont montré le jour de la finale.
Pourtant, ils n’étaient pas loin de mettre le doigt sur la plaie, notamment lorsqu’ils ont évoqué un isolement de la fédération marocaine.
Un détail aurait pu interpeller nos Pieds Nickelés du journalisme : c’est la campagne de haine qui a précédé la CAN. Une campagne dans laquelle des moyens énormes ont été déployés ; le chiffre de 860 000 messages a été signalé. Des messages en cours d’analyse à travers des recherches sur les VPN utilisés pour les transmettre.
Parmi ces voyous, un Français, selon L’Équipe, a été identifié. Ils expliquent plus loin qu’il s’agit d’un Franco-Algérien et précisent que c’est le frère d’un membre du staff de l’équipe du Sénégal.
Ils ne sont pas professionnels en termes d’intégrité éditoriale, mais ils connaissent les ficelles de la profession, tout en se limitant à cette description sommaire.
Maintenant que le sujet est abordé, il faut le compléter.
Ce supporter, arrêté parmi les hooligans, est le frère de l’entraîneur adjoint du Sénégal. Un détail qu’oublient de préciser les auteurs de ce dossier.
Ils oublient de préciser aussi que l’entraîneur sénégalais a non seulement incité les joueurs à rejoindre les vestiaires, mais a procédé à un coaching brillant en invitant les supporters à envahir le terrain.
Ils ne sont peut-être pas au courant que l’entraîneur sénégalais a été poursuivi en justice pour coups et blessures par son ancienne épouse franco-marocaine et qu’aujourd’hui il est marié avec une Franco-Algérienne.
Ce sont des détails qui contredisent mon positionnement officiel sur la question de la rivalité existante entre le Maroc et l’Algérie. Je milite, en effet, pour la reconstruction d’une fraternité entre nos deux peuples — j’ai publié un livre sur le sujet — mais, sur le plan de la compréhension de ce dossier, tous les détails comptent.
En réalité, le journal L’Équipe s’est inscrit dans une campagne de dénigrement du football marocain pour des intérêts qui n’ont aucun rapport avec ceux des Sénégalais et ceux qui veulent déstabiliser le président de la Fédération marocaine.
Ils sont motivés par des intérêts européens et utilisent le litige sénégalo-marocain pour jouer une partition de l’UEFA.
La confédération européenne veut garder son leadership sur le football mondial par tous les moyens.
Elle voit d’un mauvais œil l’arrivée de concurrents qui risquent, à terme, de lui faire de l’ombre.
Le projet marocain est un projet structuré et ambitieux.
Il dérange d’autant qu’il ne vise pas qu’à former des joueurs, mais à puiser sur les ressources humaines pillées au continent.
Le Maroc arrive à convaincre, plus qu’aucun autre pays africain, les joueurs d’origine marocaine à rejoindre les Lions de l’Atlas.
S’il parvient à inspirer les autres pays d’Afrique, la domination de l’Europe pourra être conjuguée au passé composé.
Un chiffre donne le tournis : 50 % des joueurs U20 de l’équipe de Hollande sont d’origine marocaine et, pratiquement, tous veulent choisir le Maroc comme destination en équipe A.
D’autres pays, notamment la France et l’Espagne, sont dans le viseur de Lekjaa et l’Europe a peur de voir tous les pays africains choisir la stratégie marocaine.
Ils n’ont eu aucun scrupule à nous piquer les lauréats des grandes écoles, mais refusent qu’on les attaque sur le sport.
Mais la dynamique est enclenchée ; la montée en puissance des forces d’extrême droite est un allié extrêmement utile et performant pour voir les ingénieurs et les professeurs de médecine, majoritaires en France en tout cas, revenir au pays.
L’Algérie est particulièrement concernée, compte tenu de l’importance de sa diaspora chez les Gaulois.
Enfin, en ce qui concerne la CAF et son président Motsepe, il suffit de préciser que, depuis qu’il est président de la CAF, il n’y a pas un centime qui sorte sans traçabilité et jamais cet organisme n’a attiré autant de sponsors et de cash.
Cette réalité est utile pour se convaincre de la vacuité du dossier de L’Équipe.
Ce journal, qui circule toujours à contresens de l’autoroute, nous a habitués à ses sorties de route. On se souvient tous de sa campagne contre Aimé Jacquet avant la Coupe du monde 1998 et de l’humiliation que ses journalistes ont subie lors de la finale remportée par les Français.






