Par Najiba Jalal
Il y avait, mardi soir au Royal Mansour Casablanca, bien plus qu’un simple dîner-débat organisé par Finances News Hebdo.
Il y avait un moment révélateur d’un Maroc institutionnel qui continue d’avancer par la concertation, l’écoute et le débat public structuré.
Autour du thème sensible « Médicaments – Carburants : faut-il repenser les règles du jeu concurrentiel au Maroc ? », la soirée a réuni une assistance dense et qualitative composée de pharmaciens, juristes, avocats, dirigeants d’entreprises et acteurs du secteur des carburants. Une salle attentive, impliquée et surtout venue écouter un responsable institutionnel qui maîtrise parfaitement l’exercice du débat public.
À la tête du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou a, avec son éloquence calme et son équilibre habituel, répondu aux nombreuses interrogations sans esquive ni posture défensive. Et c’est probablement cela qui a marqué une partie de l’assistance.
Car dans beaucoup de pays, les institutions constitutionnelles se ferment derrière des communiqués froids ou des logiques bureaucratiques. Au Maroc, Ahmed Rahhou rappelle au contraire qu’une institution peut exercer son autorité tout en ouvrant le débat.
Le Conseil de la concurrence a d’ailleurs réussi, ces derniers mois, à imposer dans l’espace public des sujets complexes que beaucoup préféraient contourner : la fragilité économique des pharmaciens, les dysfonctionnements du marché des carburants, les tensions autour des mécanismes concurrentiels ou encore les déséquilibres structurels de certains secteurs stratégiques.
Mais ce qui ressort également du discours de Rahhou, c’est une forme de sérénité analytique. Une manière de rappeler que malgré les imperfections du marché, malgré les tensions sociales et les critiques récurrentes, il existe aussi des acquis qu’il faut regarder avec lucidité.
Le président du Conseil de la concurrence a notamment apporté une lecture intéressante sur le fonctionnement des prix des carburants au Maroc. Un système souvent critiqué parce que les prix évoluent généralement sur des cycles relativement proches, donnant parfois au consommateur l’impression d’une forme d’alignement ou d’entente implicite entre opérateurs.
Mais Rahhou a rappelé un élément essentiel : cette relative stabilité des prix sur une période d’environ quinze jours assure aussi une forme de visibilité pour le consommateur. Car un système totalement indexé sur les fluctuations quotidiennes du marché international produirait des variations permanentes à la pompe, avec des hausses et des baisses continues qui finiraient par perturber fortement les ménages comme les professionnels.
Autrement dit, derrière le débat légitime sur la concurrence, il existe également une logique de stabilité économique et psychologique du marché qu’il faut prendre en compte dans l’analyse.
Ahmed Rahhou a également rappelé que le Maroc, malgré les crises internationales successives, n’a pas connu de rupture d’approvisionnement en carburants. De la même manière, des produits stratégiques comme la tomate ou le blé sont restés disponibles sur les marchés nationaux dans un contexte mondial pourtant marqué par de fortes perturbations logistiques et inflationnistes.
Une manière de rappeler que derrière les critiques parfois excessives, il existe aussi une réalité plus complexe : celle d’un pays qui a réussi à maintenir une certaine continuité économique dans un environnement international particulièrement instable.
Et c’est précisément ce type de débat que la presse devrait continuer à produire.
Car cette soirée a aussi rappelé une évidence que certains refusent de voir : non, la presse marocaine n’a pas disparu.
Elle existe encore lorsqu’elle crée des espaces de réflexion sérieux, lorsqu’elle réunit des profils de haut niveau et lorsqu’elle permet à des institutions de dialoguer directement avec les acteurs économiques et la société.
Simplement, chacun finit toujours par suivre ce qui lui ressemble.
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