Dans le vacarme médiatique qui a entouré la récente crise migratoire dans le préside occupée de Ceuta, l’exploitation bassement populiste des événements par certaines figures politiques européennes donne l’image d’un vieux continent en perdition.
« Fermez l’espace Schengen à l’Espagne ! » C’est ainsi que la première ministre italienne, Georgia Meloni, a tenu à exprimer sa « solidarité européenne » envers son voisin ibérique. Meloni a toutefois évité de dire comment elle comptait s’y prendre.
Non seulement il n’existe plus de contrôle aux frontières entre les 29 pays qui composent l’espace Schengen, mais aucune procédure d’exclusion n’est prévue par l’accord, signé en 1985 et entré en vigueur dix ans plus tard.
Un pays membre de l’espace Schengen peut toutefois rétablir, à titre exceptionnel et temporaire, le contrôle douanier à ses frontières en cas de grave menace sécuritaire ou de crise migratoire. Une telle mesure peut s’étendre sur une durée allant de six mois à deux ans.
Il est intéressant de noter que Meloni n’a pas été la seule à tenter de gagner à moindre frais quelques points de sondage auprès de ses électeurs de droite sur le dos des Espagnols.
Le bal des populistes
La ministre finlandaise de l’Intérieur, Mari Rantanen, s’est en effet empressée de lui emboîter le pas. Il est vrai que cette dernière n’est pas vraiment une lumière. Infirmière devenue policière — ayant peut-être estimé que soigner est moins conforme à son tempérament —, Mari Rantanen est passée sans vergogne de la social-démocratie à la droite populiste, confirmant son caractère de girouette.
Le gouvernement danois, qui ferait mieux de sécuriser son Groenland, a également été de la partie.
Vive la solidarité européenne !
Un même son de cloche provient d’Espagne, en l’occurrence Juan Jesús Vivas, membre du Parti populaire et président depuis un quart de siècle du préside occupée de Ceuta, et de María Isabel Peralta, une militante d’extrême droite condamnée à un an de prison pour incitation à la haine et propos discriminatoires envers les Marocains.
Quand Juan Jesús Vivas déclare au quotidien espagnol El País que « le Maroc a montré qu’il n’est pas fiable » et qu’il fallait « exiger du respect de sa part », il faut comprendre que l’efficacité de la lutte contre la contrebande transfrontalière menée par les autorités marocaines a fait très mal à l’économie du préside occupé et que Vivas exige un libre passage des marchandises, mais surtout pas des personnes.
Pour sa part, la Señora de 24 ans María Isabel Peralta devrait se poser la question de savoir si, avec sa tête de brunette qui pourrait facilement passer pour une Marocaine, son salut nazi devant l’ambassade du Maroc à Madrid serait suffisant pour la faire accepter comme membre de la race aryenne.
Les voix de la sagesse
Des prises de position plus sages émanant de Bruxelles sont à souligner. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a adressé le 3 août un message au chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, dans lequel elle a salué la coopération entre les autorités espagnoles et marocaines pour gérer au mieux la crise migratoire qui s’est récemment déroulée à Ceuta.
Von der Leyen a non seulement qualifié le Maroc de « partenaire stratégique majeur de l’Union européenne », en mettant l’accent sur son rôle dans la lutte contre la migration clandestine et les réseaux de traite des êtres humains, mais elle a aussi appelé à renforcer, dans ce cadre l’appui financier et technique au Maroc.
Le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, dont le pays est, avec le Maroc, l’un des deux États concernés par cette crise, a précisé dans un entretien accordé à la chaîne de télévision publique espagnole RTVE que le Maroc s’était empressé, dès le début de la vague migratoire vers Ceuta, de contenir les flux, puis d’accélérer le rapatriement des migrants clandestins marocains.
La crise migratoire du préside occupé de Ceuta a été un choc pour les Marocains, contraints de constater les dégâts causés par la diffusion de rumeurs sur les réseaux sociaux sur une jeunesse assoiffée de mieux-être. Comme l’a indiqué un responsable marocain cité par les médias, le royaume n’a pas à faire le gendarme pour l’Europe, encore moins quand c’est la décision d’un juge qui « a purement et simplement immunisé l’accès illégal par voie maritime ».
Mais cette crise a également agi comme un révélateur de la crise profonde qui ronge l’édifice européen de l’intérieur. À l’exception de la France et du Portugal, qui ont fermement soutenu l’Espagne, certains pays ont honteusement surfé sur la vague anti-immigration pour une poignée de voix racistes aux élections, tandis que les autres ont surtout brillé par leur silence gêné.
Heureusement, entre Rabat et Madrid, la coopération prime sur l’opportunisme des populistes.
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