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lundi 15 juin 2026 - 13:45

La 3ème guerre du Golfe est terminée

guerre du Golfe
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Samy Adam

Les Etats-Unis et l’Iran sont enfin parvenus à une entente pour mettre fin au conflit qui les oppose depuis trois mois et demi. Le protocole d’accord devrait être signé le 19 juin à Genève et sera suivi d’une phase de négociations de deux mois sur le programme nucléaire iranien.

A l’annonce de la prochaine réouverture du détroit d’Ormuz, les marchés pétroliers ont aussitôt réagi par une baisse du cours du baril de pétrole, passant sous la barre des 84 dollars, et les marchés boursiers ont repris une tendance haussière.

Le Pakistan, en tant que médiateur, a joué un rôle clé dans l’aboutissement des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran, avec le soutien plus discret de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie.

La fin du blocus du détroit d’Ormuz, la levée de celui que la marine américaine imposait aux ports iraniens en Mer d’Arabie et la récupération par l’Iran de 12 milliards de dollars de ses avoirs gelés dans des banques étrangères font partie des mesures découlant de ce protocole d’accord conclu entre les Etats-Unis et l’Iran, mettant fin aux affrontements armés aussi bien sur le front iranien que libanais.

Les deux parties ont, par ailleurs, convenu de traiter le dossier nucléaire iranien lors de négociations qui devront durer 60 jours.

C’est la planète entière qui pousse, enfin, un soupir de soulagement, s’étant trouvée, du fait du jusqu’au-boutisme des principaux protagonistes, au bord d’une guerre nucléaire. Ce conflit a, par ailleurs, déjà coûté 25 milliards de dollars et plusieurs points de Pib à l’économie mondiale.

Défaite non avérée et victoire en demi-teinte

Pour le président américain, Donald Trump, c’est la fin d’une crise qui menaçait les résultats électoraux du parti républicain aux élections de mi-mandat du 3 novembre 2026.

Les Etats-Unis n’ont pas atteint leur objectif de changement de régime à Téhéran et ont beaucoup perdu de leur aura de première puissance militaire du globe, mais la cessation des hostilités, qui vient d’être convenue, vaut toujours mieux qu’un embrasement total du Moyen-Orient.

La destruction d’infrastructures pétrolières, qui représentent un quart de la production mondiale, et celle des usines de dessalement de l’eau de mer, cruciales pour l’habitabilité des pays arabes du Golfe, sont autrement plus nocives à l’échelle régionale et mondiale qu’une paix même boiteuse.

Les Mollahs iraniens ont, pour leur part, pu sauver leur régime de la destruction et pourront clamer victoire auprès de leur opinion publique, mais l’Iran n’en a pas moins subi de sévères pertes dans les rangs de ses principaux dirigeants politiques et militaires, de ses ressources humaines les plus qualifiées et de ses infrastructures critiques.

La fatigue des peuples

Le courant le plus radical au sein du régime iranien, composé des Pasdarans (le corps des Gardiens de la révolution) plutôt que par les théologiens, a clairement affiché son opposition à la conclusion d’un accord de cessez-le-feu avec les Etats-Unis qui ne remplit pas toutes les conditions auparavant exigées par le régime iranien.

Sauf qu’il a bien fallu tenir compte de la fatigue du peuple iranien, plus terrassé par des années de sanctions économiques que par les bombardements américains. Les Iraniens ont réagi aux frappes militaires contre leur pays avec un sens du patriotisme qui a bouleversé les calculs des Américains et des Israéliens. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la majorité de la population soutient le régime des Mollahs, bien au contraire.

Le Hezbollah voit également sa position renforcée sur la scène politique libanaise, le cessez-le-feu ayant été obtenu du fait de l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran plutôt qu’à travers les négociations entre les gouvernements israélien et libanais.

Mais il n’en demeure pas moins que son image de proxy de l’Iran a érodé sa popularité au Liban, pour y avoir provoqué de destructrices frappes israéliennes juste pour servir la cause de son parrain iranien. Le ras-le-bol des Libanais sera autrement plus dommageable pour le Hezbollah que les bombardements israéliens et les incursions de Tsahal dans le Sud du Liban.

Le vrai perdant

Il n’est, d’autre part, nullement question d’arrêt des frappes israéliennes dans la bande de Gaza et des exactions quotidiennes des colons israéliens en Cisjordanie, les Palestiniens étant, comme d’habitude, les dindons de la farce.

Le grand perdant est, comme en convient une large frange des médias israéliens, Benjamin Netanyahou, qui a entraîné son pays et les Etats-Unis dans une guerre contre l’Iran que le duo anglo-sioniste ne pouvait pas remporter de manière conventionnelle, à moins de recourir à l’arme nucléaire.

Malgré le fort engagement envers Israël et la puissance du lobby sioniste aux Etats-Unis, aucun président américain, avant Donald Trump, ne s’était laissé embarquer par les dirigeants israéliens dans une guerre contre l’Iran et il est, désormais, certain que ce ne sera plus jamais le cas.

Si les pays occidentaux ne vont pas manquer de passer à la caisse pour compenser les pertes essuyées par Israël pendant la guerre contre l’Iran, il sera plus difficile pour les dirigeants israéliens de convaincre leurs compétences scientifiques et technologiques qui ont fui la guerre à l’étranger de rentrer au bercail.

Encore moins d’empêcher les juifs de la diaspora les moins radicaux de prendre leur distance par rapport aux sionistes enragés de l’acabit du ministre de la sécurité intérieur, Itamar Ben Gvir, et du ministre des finances, Bezalel Smotrich, qui ternissent l’image d’Israël à l’étranger et alimentent, de la sorte, un antisémitisme en progression statistiquement constatée dans plusieurs pays.

La situation de Netanyahou est beaucoup plus simple. Le passage par la case prison pour corruption, qu’il a tenté par tous les moyens d’éviter, pend sur sa tête de manière plus menaçante que jamais. Dans la vieille tradition biblique, il est de coutume de sacrifier un bouc émissaire (l’expression provient d’ailleurs de la Torah) afin d’expier les péchés de toute la communauté.

A Pékin, les dirigeants chinois doivent méditer, avec un sourire de satisfaction, cette citation d’un ingénieur et physicien américain, Robert Goddard : « Les gagnants, dans une guerre, sont ceux qui n’y ont pas participé. »

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