Le marché mondial des engrais a connu de fortes perturbations à la suite du blocage du détroit d’Ormuz. La hausse des coûts des intrants, dont le soufre, a d’abord poussé l’OCP à réduire sa production, avant de décider de la porter à sa pleine capacité à la fin de ce mois.
La fermeture du détroit d’Ormuz pendant plus de trois mois, en raison de la guerre États-Unis/Israël contre l’Iran, a provoqué une crise non seulement sur le marché mondial des hydrocarbures, mais également sur celui des engrais, estimé à quelque 425 milliards de dollars.
Les prix des intrants dans la production d’engrais ont enregistré une hausse spectaculaire de 40 à 60 % depuis le début de la crise géopolitique au Moyen-Orient.
30 à 35 % du commerce maritime mondial des engrais transite par le détroit d’Ormuz, le Moyen-Orient représentant par ailleurs le quart des exportations mondiales d’engrais phosphatés et entre 25 et 30 % de celles des engrais azotés. L’offre mondiale d’engrais a ainsi enregistré une baisse de 15 %, selon un article publié le 13 mars par la Direction générale du Trésor français.
Dans un rapport publié le 7 avril par la banque coopérative internationale d’origine néerlandaise Rabobank, ses auteurs, Bruno Fonseca et Cindy Van Rijswijk, ont écrit : « Les marchés mondiaux des engrais ont clôturé le premier trimestre 2026 sous forte tension. L’escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz ont retiré d’importants volumes d’engrais et d’intrants essentiels du commerce mondial, provoquant une rupture d’approvisionnement brutale et difficilement compensable. Il en résulte une disponibilité réduite, des prix en forte hausse et une volatilité accrue des principaux nutriments. »
Pas de soufre, pas d’engrais phosphatés
4e exportateur mondial d’engrais, derrière la Russie, la Chine et le Canada, le Maroc a également souffert de la fermeture du détroit d’Ormuz, du fait que la production d’engrais phosphatés nécessite des intrants comme l’ammoniac et le soufre, qu’il importe essentiellement des pays du Golfe (Qatar et Émirats arabes unis).
Cette situation avait poussé l’OCP à réduire sa production de 30 % fin février, avant de décider fin mai de la relever jusqu’à 100 %, rapporte Médias24, qui a interrogé des cadres du top management de l’OCP dans son édition du 10 juin.
À 1 400 dollars la tonne, alors qu’il n’en valait que 500 dollars avant le 28 février, le soufre, qui entre dans la production d’engrais après transformation en acide sulfurique, est devenu trop cher. Une conséquence directe de la crise au Moyen-Orient : 50 % du soufre consommé à l’échelle mondiale transite en effet par le détroit d’Ormuz.
Pour rappel, le soufre pèse pour 5,3 milliards de dollars dans le secteur des engrais à l’échelle mondiale.
Le Maroc s’est alors tourné vers d’autres fournisseurs, certes plus chers, mais plus disponibles, à savoir les États-Unis, la Russie et le Kazakhstan. Il faut toutefois souligner qu’en raison des frappes ukrainiennes contre des infrastructures de transport russes, ce sont non seulement les exportations russes de cet intrant qui en ont subi les conséquences, mais aussi celles du Kazakhstan, pays enclavé qui commerce à l’international essentiellement à travers la Russie.
Des contraintes et des opportunités
Déterminé à profiter de la forte progression de la demande en engrais phosphatés de la part du Brésil et de l’Inde, qui comptent parmi les plus grands importateurs à l’échelle internationale, et de la volonté des pays de l’Union européenne de se détourner de la Russie en tournant leur regard vers le sud de la Méditerranée pour approvisionner leurs filières agricoles en fertilisants, l’OCP a décidé d’un plan d’investissement de 13 milliards de dollars pour porter sa capacité de production de 20 à 27 millions de tonnes d’engrais d’ici 2030.
Conscient par ailleurs de sa dépendance à l’importation de soufre et d’ammoniac pour alimenter ses unités industrielles de production d’engrais, l’OCP produit de manière croissante du TSP (Triple Superphosphate), dont la fabrication est moins gourmande en soufre. La part du TSP dans la production d’engrais de l’OCP doit passer à 50 % au terme de l’année en cours, contre 30 % en 2025.
Les ingénieurs marocains travaillent d’autre part sur des procédés industriels de recyclage du phosphogypse, principal résidu de l’industrie phosphatière, pour en extraire le soufre qui y est enfermé.
Une participation plus soutenue de l’OCP – détenteur de 73 % des réserves mondiales de phosphates et investisseur massif dans la production d’engrais – dans la création de valeur ajoutée et d’emplois est de nature à stimuler une croissance économique nationale plutôt modeste ces dernières années.
L’image du Maroc en tant que pays politiquement stable et fournisseur d’engrais indispensables à la production agricole, donc à l’alimentation de milliards d’êtres humains, est à la fois un atout et une opportunité. Le poids géopolitique du Maroc s’en trouve renforcé sur le plan international.
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