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jeudi 2 juillet 2026 - 11:07

Echanges commerciaux Maroc-Chine : comment transformer le déficit en une opportunité

MAROC CHINA
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Ahmed Naji

La Chine est le troisième partenaire commercial du Maroc, mais également le pays avec lequel le déficit commercial est le plus important. La proposition d’un accord de libre-échange suscite autant d’intérêt que d’inquiétudes. Et s’il existait là une opportunité aux multiples dimensions ?

Les chiffres de 2025 sont parlants : le volume des importations marocaines en provenance de Chine s’élève à 114,1 milliards de dirhams (9,88 milliards de dollars), tandis que les exportations marocaines vers la Chine atteignent à peine 3,8 milliards de dirhams (1,08 milliard de dollars).

Le déficit est énorme : 8,8 milliards de dollars, soit 31 % du déficit commercial global du Maroc. Ce dernier s’est élevé à 353,15 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 15,8 % par rapport à l’année précédente.

La Chine est le troisième partenaire commercial du Maroc. Selon l’Office des changes, ses exportations vers le royaume ont connu, de 2015 à 2024, une progression spectaculaire de 194 %.

Le marché marocain absorbe avec avidité des équipements électroniques chinois, des machines industrielles, du matériel de transport, des textiles et du thé.

De son côté, le royaume écoule sur le marché chinois des matières premières, du minerai de cuivre et du cuivre raffiné, ainsi que des circuits électroniques intégrés.

Pour chaque dirham de marchandises exportées vers la Chine, le Maroc en importe pour 30 dirhams.

A qui profite le libre-échange ?

Aussi, lorsque la Chine propose au Maroc la signature d’un accord de libre-échange, les responsables marocains réfléchissent à deux fois avant de s’engager à ouvrir le marché national à la première puissance industrielle mondiale – 29 % des produits manufacturés dans le monde provenant des usines et ateliers chinois.

Jusqu’à présent, les accords de libre-échange signés par le Maroc n’ont que rarement joué en sa faveur, le royaume étant déficitaire avec l’Union européenne, les États-Unis, les pays de l’AELE (Suisse, Norvège, Liechtenstein, Islande) et la Turquie.

Le royaume tire ses quelques excédents commerciaux de ses échanges avec le Royaume-Uni, les pays de l’Accord d’Agadir (Égypte, Tunisie et Jordanie) et certains pays africains.

À première vue, les inquiétudes du Maroc concernant un accord de libre-échange avec la Chine sont amplement justifiées.

Il n’y a, par ailleurs, aucune raison de se précipiter, le royaume bénéficiant depuis le 1er mai d’un accès à taux zéro sur le marché chinois dans le cadre de la coopération sino-africaine, et ce pour une durée de deux ans.

Examinons le sujet sous un autre angle, en prenant pour exemple la question des normes.

Des normes et des perceptions

Les exportateurs marocains ont peiné sur le marché américain en raison de normes sanitaires, techniques et environnementales, très strictes, différentes de celles appliquées par l’Union européenne, que les opérateurs marocains ont fini par maîtriser.

Le même problème se pose d’ailleurs avec le marché chinois.

Il n’y a pas que les opérateurs marocains qui ont longtemps été obnubilés par le marché européen, lequel représente actuellement plus de 60 % des échanges du royaume.

Pour des raisons géographiques et historiques évidentes, les Marocains sont mieux initiés à la culture européenne et à sa conception des relations économiques et commerciales qu’à celles d’un pays aussi lointain que la Chine, situé à quelque 10 000 kilomètres à vol d’oiseau.

Stimuler la demande intérieure

Le Conseil des affaires de l’État chinois a présenté, en mars 2025, un plan d’action pour stimuler la consommation et la demande intérieure.

Ce plan, en huit parties, « vise à encourager une hausse raisonnable des salaires en renforçant le soutien à l’emploi en réponse aux conditions économiques », selon l’agence Chine Nouvelle.

Lors de la quatrième session de la 14e Assemblée populaire nationale de Chine, tenue en mars 2026, une attention particulière a été accordée à la promotion de la demande intérieure.

Cette démarche vise à la fois à contrer les effets de la guerre tarifaire imposée par le président américain Donald Trump et à poursuivre un objectif sociopolitique d’amélioration du niveau de vie.

La tâche est loin d’être aussi simple qu’elle n’y paraît. Les Chinois sont culturellement plutôt portés sur l’épargne, en raison d’un passé pas très éloigné marqué par l’absence de prospérité.

Pour divers motifs, la Chine a besoin de stimuler sa demande intérieure et, en ce qui concerne le Maroc, elle est prête à consommer davantage de produits africains.

Des excédents commerciaux quelque peu gênants

Son excédent commercial avec le continent africain – environ 100 milliards de dollars pour un volume d’échanges de 348 milliards de dollars en 2025 – revêt une dimension géopolitique quelque peu gênante.

Longtemps exploités par les pays occidentaux à travers des relations d’échanges fortement déséquilibrées, les pays africains sont aujourd’hui inquiets du poids grandissant de la Chine sur le continent.

Pékin en est parfaitement conscient et cherche à tout prix à modifier cette perception de ses relations avec l’Afrique. D’où les deux années d’accès à taux zéro sur le marché chinois accordées aux pays africains.

Historiquement, comme le rappelle le géopoliticien français vivant en Chine Arnaud Bertrand, l’Empire du Milieu cherchait à exercer son influence sur son voisinage non pas essentiellement par la force militaire, mais par le commerce.

L’empereur Hongwu (1368-1398), fondateur de la dynastie Ming, avait instauré un système dans lequel les pays voisins devaient toujours trouver un bénéfice à commercer avec la Chine.

Nul besoin de guerroyer contre des partenaires commerciaux intéressés pour soigner son image de marque à l’international.

La Route de la soie…

La semaine dernière, le Maroc était l’invité d’honneur de la « Semaine de la Route de la soie », célébrée chaque année à Hangzhou, dans l’est de la Chine, depuis 2014. Le projet chinois des « Nouvelles routes de la soie », lancé en 2013, vise à relier l’Asie, l’Europe et l’Afrique par un vaste réseau de corridors terrestres et maritimes, pour un coût de 1 000 milliards de dollars étalé sur un siècle.

Le Maroc a intégré ce projet colossal en 2017, avec à la clé la construction de la « Cité Mohammed VI Tanger Tech », une zone industrielle limitrophe du port de Tanger Med, visant à attirer plus de 200 entreprises chinoises et à créer 100 000 emplois.

En raison de l’éloignement géographique du Maroc, aucune extension des infrastructures physiques de transport planifiées ou déjà érigées par la Chine dans le cadre de son projet des « Nouvelles routes de la soie » n’atteint le royaume. Si ce n’est par voie maritime, à travers le port de Tanger Med, troisième hub portuaire mondial.

Et c’est toujours par voie maritime que pointent à l’horizon de nouvelles perspectives de liaison entre le Maroc et la Chine.

… et autres routes maritimes

Le projet chinois d’un nouveau canal au Nicaragua, destiné à contourner celui du Panama, saturé, n’est toujours pas d’actualité en raison de multiples difficultés.

Mais l’idée existe, et sa principale motivation – l’engorgement du canal de Panama – ne fera que s’aggraver en raison de l’expansion du commerce international.

Pour le Maroc, il s’agira de regarder vers la Chine, mais en se tournant vers l’Ouest plutôt que vers l’Est.

Plus au nord, en raison du réchauffement climatique, la route maritime arctique – la « route maritime du Nord » – désormais navigable cinq à six mois par an, permettra de relier, par exemple, Rotterdam (Pays-Bas) à Shanghai (Chine) en 20 à 35 jours, au lieu de 48 jours en passant par le canal de Suez.

Actuellement, un navire marchand a besoin de 30 à 40 jours pour relier le port de Shanghai à ceux de Tanger ou Casablanca.

La route maritime du Nord offre ainsi, pendant 150 à 180 jours par an, une opportunité de réduction du temps et du coût du fret maritime vers le marché chinois, susceptible de renforcer la compétitivité des produits marocains.

D’autant plus que le Maroc entretient de bonnes relations avec la Russie, le long de la côte de laquelle passe cette route maritime du Nord, plus intéressante que celle qui longe le Canada.

Pour une conception renouvelée

Les perspectives et opportunités d’une conception renouvelée des échanges avec la Chine peuvent s’articuler autour de deux axes.

Le premier est le positionnement du royaume en tant que hub d’accès aux marchés des pays avec lesquels il est signataire d’accords de libre-échange.

Cet avantage comparatif, déjà mis en avant par les experts et médias marocains, vise à attirer des investissements directs chinois créateurs de valeur ajoutée et d’emplois.

Le second axe est celui de la fourniture directe de biens et services. Le Maroc exporte déjà des engrais vers la Chine, premier consommateur mondial, et peut accroître ses parts de marché du fait de l’épuisement des réserves chinoises de phosphate de qualité.

Par ailleurs, la classe moyenne chinoise, de plus en plus exigeante, recherche des produits agricoles de qualité – agrumes, primeurs, produits halieutiques – auxquels le cachet de l’exotisme confère un attrait supplémentaire.

Enfin, une meilleure intégration des secteurs automobile et aéronautique marocains dans les chaînes de valeur chinoises ouvre une perspective autrement plus prometteuse : celle d’exporter des produits à plus forte valeur ajoutée.

Une fois débarrassées des œillères qui orientent trop souvent le regard des Marocains vers le seul nord du détroit de Gibraltar, les perspectives paraissent bien vastes.

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Tags: échanges commerciaux

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