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accueil, Décryptage
samedi 15 août 2026 - 13:48

Fouzi Lekjaâ investi d’une nouvelle mission : les clés d’un chantier territorial à 210 milliards de dirhams

Fouzi Lekjaâ
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Depuis le 6 août 2026, Fouzi Lekjaâ a officiellement une nouvelle mission. Le ministre délégué chargé du Budget est désormais l’ordonnateur du «Fonds de développement territorial intégré», un instrument financier appelé à soutenir la nouvelle génération de programmes territoriaux voulue par le Roi Mohammed VI.

La décision ne relève pas d’une simple réorganisation administrative. Elle place Fouzi Lekjaâ au centre de la chaîne financière d’un chantier estimé à près de 210 milliards de dirhams sur huit ans, destiné à réduire les disparités entre les territoires et à améliorer concrètement l’accès des citoyens à l’emploi, à l’éducation, à la santé, à l’eau et aux équipements de proximité.

Ce que prévoit exactement le décret

La source est officielle : le Bulletin officiel n° 7532 du 6 août 2026 publie un décret signé trois jours plus tôt par le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch.

Le texte confie « à titre transitoire » au ministre délégué chargé du Budget la qualité d’ordonnateur du compte spécial intitulé « Fonds de développement territorial intégré ».

Dans le langage des finances publiques, l’ordonnateur est l’autorité qui engage et autorise l’exécution des recettes et des dépenses relevant du fonds. Cette fonction donne donc à Fouzi Lekjaâ un rôle central dans la mobilisation, l’affectation et l’exécution des crédits destinés aux programmes territoriaux.

L’article 2 du décret l’autorise également à désigner les walis, les gouverneurs ainsi que les responsables des services centraux et déconcentrés des secteurs publics comme « agents habilités adjoints et suppléants » pour les opérations inscrites dans ce compte, conformément aux règles de la comptabilité publique. [

Il faut toutefois souligner une nuance : le décret parle d’une mission exercée « à titre transitoire », mais aucune échéance précise n’apparaît dans les informations publiées. Le caractère provisoire est donc affirmé, sans que sa durée soit clairement délimitée.

Pourquoi confier cette mission au ministre du Budget ?

Le choix de Fouzi Lekjaâ peut d’abord s’expliquer par la nature financière et transversale du chantier.

Le développement territorial intégré ne dépend pas d’un seul ministère. Il mobilise l’Intérieur, les Finances, l’Équipement, l’Agriculture, la Santé, l’Éducation, l’Emploi, les collectivités territoriales et différents établissements publics. Il nécessite donc un centre de coordination capable de rassembler des financements dispersés et d’accélérer leur exécution.

En confiant la fonction d’ordonnateur au ministre chargé du Budget, le gouvernement semble vouloir rapprocher la décision financière de l’exécution opérationnelle. Fouzi Lekjaâ dispose d’une connaissance approfondie des équilibres budgétaires, des circuits de la dépense publique et des mécanismes de financement de l’État.

L’objectif apparent est de réduire les délais entre l’identification d’un besoin local, l’inscription budgétaire, l’engagement de la dépense et la réalisation effective du projet.

Mais cette concentration de la chaîne financière autour du ministre du Budget soulève également une exigence : celle d’une gouvernance parfaitement lisible. Plus les responsabilités sont importantes, plus les mécanismes de contrôle, d’évaluation et de reddition des comptes doivent être solides.

L’équité territoriale, une directive royale

Ce nouveau dispositif s’inscrit directement dans une orientation royale plus large : faire du lieu de résidence un facteur de développement et non une source d’inégalité.

La nouvelle génération des programmes de développement territorial intégré repose sur un principe simple : les citoyens doivent accéder aux services essentiels dans des conditions équitables, qu’ils vivent dans une grande métropole, une ville moyenne, une zone montagneuse, une oasis ou un centre rural.

La vision royale ne réduit pas le développement territorial à la construction d’infrastructures. Elle repose sur l’identification précise des besoins, l’écoute des acteurs locaux, la hiérarchisation des priorités et la mesure de l’impact réel des projets sur la vie des citoyens.

Dans un message royal consacré à la gouvernance territoriale, le Roi a rappelé que l’accès aux services de base est un droit du citoyen et non un privilège lié à son lieu de résidence ou à son statut social. La démarche doit associer l’État, les collectivités territoriales, le secteur privé et la société civile, dans un cadre fondé sur la concertation, la contractualisation, le suivi et l’évaluation.

Cette orientation figurait déjà parmi les priorités de la loi de finances 2026. Elle prévoit de valoriser les spécificités locales, de consolider la régionalisation avancée et d’accorder une attention particulière aux régions les plus vulnérables, notamment les zones montagneuses, les oasis et les centres ruraux émergents.

Une enveloppe de 210 milliards de dirhams

Les premières estimations portent sur un budget global de près de 210 milliards de dirhams répartis sur huit ans.

Cette somme ne signifie pas nécessairement que 210 milliards sont immédiatement placés à la disposition d’un seul responsable. Elle correspond à la projection financière globale des différents programmes, investissements et interventions appelés à être mis en œuvre sur plusieurs années.

Le chantier doit notamment cibler :

  • La création d’emplois, particulièrement en faveur des jeunes ;
  • L’amélioration de l’accès à l’éducation et à la santé ;
  • La sécurisation de l’accès à l’eau ;
  • La mise à niveau des infrastructures et des équipements de proximité ;
  • La réduction des disparités entre les territoires ;
  • Le développement des zones montagneuses, des oasis et des territoires vulnérables ;
  • L’accompagnement des centres ruraux émergents ;
  • La valorisation des potentialités économiques propres à chaque province et région.

L’enjeu ne réside donc pas seulement dans le montant mobilisé, mais dans la capacité à transformer ces ressources en résultats visibles : un hôpital opérationnel, une école accessible, une route achevée, une alimentation régulière en eau ou de véritables possibilités d’emploi.

Le rôle déterminant des walis et des gouverneurs

Le décret institue une chaîne d’exécution largement territorialisée. En permettant au ministre ordonnateur de désigner les walis, les gouverneurs et les responsables déconcentrés comme agents habilités, le dispositif cherche à rapprocher l’exécution financière du terrain.

Les walis et gouverneurs disposent d’une vision transversale des besoins de leurs territoires. Ils peuvent coordonner les administrations, suivre l’avancement des projets et identifier les blocages locaux.

Cette architecture peut apporter davantage de rapidité et de cohérence. Elle peut notamment éviter qu’un projet soit paralysé par la multiplicité des intervenants, l’absence de coordination entre ministères ou la lenteur des arbitrages centraux.

Mais elle pose aussi la question de l’articulation avec les collectivités territoriales et leurs représentants élus.

Quelle place pour les élus ?

Le développement territorial ne peut être durablement conçu comme une affaire exclusivement administrative. Les élus locaux et régionaux disposent d’une légitimité démocratique et d’une connaissance directe des attentes de la population.

La Constitution et le chantier de la régionalisation avancée consacrent la participation des collectivités à la conception et à la conduite du développement local. Le renforcement du rôle des walis et gouverneurs ne devrait donc pas conduire à marginaliser les présidents de région, les conseils provinciaux ou les communes.

L’enjeu consiste à construire une complémentarité claire :

  • L’administration territoriale garantit la coordination, la légalité et la rapidité d’exécution ;
  • Les élus expriment les priorités locales et portent la légitimité démocratique ;
  • Les ministères assurent l’expertise sectorielle ;
  • Le Fonds fournit le cadre financier transversal ;
  • Les organes de contrôle vérifient la régularité des dépenses et évaluent les résultats.

Sans cette articulation, le dispositif risquerait de produire une confusion entre déconcentration administrative et décentralisation politique. Or l’esprit de la directive royale repose précisément sur l’implication des territoires, et non sur leur simple administration depuis le centre.

Le passage d’une logique sectorielle à une logique territoriale

La nouveauté la plus importante réside probablement dans la méthode.

Traditionnellement, chaque ministère construit ses programmes selon sa propre logique. L’Éducation planifie ses établissements, la Santé ses infrastructures, l’Équipement ses routes et l’Agriculture ses projets. Mais cette juxtaposition ne produit pas automatiquement un développement cohérent.

Le Fonds doit permettre de partir du territoire lui-même : quels sont ses besoins, ses ressources, ses retards, ses perspectives économiques et les attentes de sa population ?

Une province confrontée au décrochage scolaire, au manque d’eau et au chômage des jeunes n’a pas besoin de trois interventions isolées. Elle a besoin d’un programme intégré réunissant les réponses éducatives, hydriques, économiques et sociales dans une même vision.

C’est ce passage d’une logique de ministères à une logique de résultats territoriaux qui constitue le véritable changement.

Les conditions de la réussite

La nomination de l’ordonnateur et la création du circuit financier ne suffiront pas. La réussite du chantier dépendra de plusieurs conditions.

Il faudra d’abord rendre publics les critères de sélection des territoires et des projets. Les citoyens devront comprendre pourquoi une province bénéficie d’une intervention prioritaire et comment les enveloppes sont réparties.

Il faudra ensuite fixer des objectifs mesurables : nombre d’emplois créés, réduction des distances d’accès aux soins, amélioration de l’approvisionnement en eau ou recul du décrochage scolaire.

La coordination entre l’État et les collectivités devra également être formalisée. Chaque niveau de responsabilité doit savoir ce qu’il finance, ce qu’il exécute et ce dont il doit rendre compte.

Enfin, un dispositif d’évaluation indépendant sera indispensable. Un projet ne peut être considéré comme réussi uniquement parce que les crédits ont été engagés. Il doit être évalué à partir de son impact réel sur les conditions de vie.

Fouzi Lekjaâ face à l’épreuve de l’impact

Cette nouvelle mission place Fouzi Lekjaâ devant un chantier autrement plus complexe qu’une simple gestion budgétaire. Il ne lui est pas seulement demandé d’autoriser des dépenses, mais de contribuer à transformer une directive royale en réalisations concrètes et équitablement réparties.

Son expérience financière constitue un atout. Sa capacité à coordonner plusieurs administrations sera déterminante. Mais l’ampleur de ses autres responsabilités rendra également la question de la gouvernance, de la délégation et du contrôle particulièrement importante.

Au fond, le succès du Fonds ne sera pas mesuré au volume des crédits annoncés ni au nombre de réunions organisées. Il le sera dans les territoires longtemps restés en marge du développement.

C’est là que se situe le véritable aboutissement de cette mission : faire en sorte que l’équité territoriale cesse d’être une ambition générale pour devenir une réalité perceptible dans la vie quotidienne des Marocains.

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Tags: agricultureFinanceGouvernementinvestissementsmarocpolitique

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