Ahmed naji
Le gazoduc Afrique-Atlantique constitue la colonne vertébrale d’un projet beaucoup plus ambitieux dans la vision du Roi du Maroc : une façade afro-atlantique qui dynamise le développement de l’ensemble du continent.
Lungi, Sierra Leone, le 19 juillet. Les 15 pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) signent un accord intergouvernemental consacrant leur adhésion au projet du gazoduc Nigéria-Maroc, rebaptisé « Afrique-Atlantique » en janvier 2025.
Le projet du gazoduc, lancé en décembre 2016 à Abuja par le Roi Mohammed VI et l’ex-président du Nigéria Muhammadu Buhari, change de dimension pour exprimer désormais une ambition collective ouest-africaine.
Dans la vision royale telle que formulée dans le discours du 6 novembre 2023, ce projet structurant vise à ce que « la façade atlantique devienne un haut lieu de communion humaine, un pôle d’intégration économique, un foyer de rayonnement continental et international ».
L’Initiative royale pour l’Afrique atlantique
Tout a commencé en 2009, lors de la tenue de la Conférence ministérielle des États africains riverains de l’Atlantique à Rabat. De la volonté de faire de la façade atlantique de l’Afrique un espace de paix et de sécurité est né le Processus des États africains de l’Atlantique (PEAA), acté en juin 2022 dans la « Déclaration de Rabat I ».
Assumant pleinement son rôle de locomotive du développement continental, le Maroc élargit sa coopération Sud-Sud au travers de l’Initiative royale pour l’Afrique atlantique, qui englobe 23 pays africains.
Il ne s’agit plus seulement de dynamiser les économies des pays africains de la façade atlantique et d’instaurer une sécurité maritime commune. L’objectif s’étend au désenclavement des pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad) en leur offrant un accès direct à l’océan à travers le port de Dakhla. En décembre 2023, le Maroc et les pays du Sahel tiennent une réunion interministérielle à Marrakech sur les dispositions pratiques de leur future connexion routière et portuaire.
Les chiffres dévoilent l’importance de ce collectif afro-atlantique. Les pays de l’Initiative royale comptent une population de 350 millions d’habitants, soit 43 % de celle de l’ensemble du continent. Leur PIB cumulé représente 55 % du total africain. Mieux encore, 90 % des échanges commerciaux de l’Afrique s’effectuent le long de ce corridor.
Le Roi du Maroc voit grand pour l’Afrique atlantique, qui compte 46 ports connectés, et pour l’amélioration de son intégration dans l’économie mondiale. De par sa position stratégique, la façade atlantique africaine peut escompter, à terme, jouer le même rôle que celle de l’Asie de l’Est – la plus dynamique du globe –, de l’Europe du Nord et des deux rives de l’Amérique du Nord.
Le Maroc, interface entre l’Afrique et l’Europe
Entre-temps, le projet du gazoduc Maroc-Nigéria devrait constituer un lien physique entre les pays africains de la façade atlantique et un puissant levier de développement économique.
Treize pays – dont 11 sont membres de la CEDEAO –, un tracé de 6 800 km (dont 2 220 km au Maroc) et 30 milliards de m³ de gaz naturel par an, dont la moitié sera consommée par les pays traversés : ce projet énergétique, pour un coût estimé à 25 milliards de dollars, constitue un véritable cordon ombilical pour le développement économique régional.
L’Europe, privée par la guerre en Ukraine du gaz naturel russe et épuisée par la cherté du gaz liquéfié importé des États-Unis et du Qatar, cherche ardemment un fournisseur bon marché. Grâce à la découverte du gigantesque gisement de gaz naturel offshore « Grand Tortue Ahmeyim », à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie, les livraisons vers l’Europe se feront dès 2031, sans attendre l’achèvement de la totalité du gazoduc le long du tracé Nigéria-Maroc, dont la mise en service est prévue à l’horizon 2045-2050.
Fidèle à la pensée de son défunt père, feu Hassan II, qui avait dit que « le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe », Sa Majesté Mohammed VI est toutefois allé encore plus loin dans son discours de novembre 2023 : « Si, par sa façade méditerranéenne, le Maroc est solidement arrimé à l’Europe, son versant atlantique lui ouvre, quant à lui, un accès complet sur l’Afrique et une fenêtre sur l’espace américain. »
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